En clôlure du festival imagenation

ON NE DÉCIDE PAS DE SON DESTIN

Michel Joanny-Furtin
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« Pendant 60 ans, j’ai travaillé comme une folle », déclare Jean Guida. Le documentaire revient ainsi par le biais des amis et de l’émotion, où la chronologie est secondaire, sur 54 ans de carrière entre 1946 et 2000.

Des témoignages de Monsieur Michel, Gilles Latulippe, Vic Vogel, Michel Dorais, Marie-Marcelle Godbout, Michou, Richard Abel, Michel Girouard, et même, dans le cadre d’un extrait d’une entrevue télévisée, Denise Bombardier. Mais aussi Yvan Dufresne, son ancien gérant; Édith Février, créatrice de plumes à Paris; Christiane Arnaud, sa sœur, et Gaye Guida-Dennis, sa fille. 


« On a fait des spectacles dans des endroits où le public ne savait même pas que j’étais un homme ». Doublure de Mistinguett, Guilda fera ses premiers pas chez Madame Arthur à Paris. « Dans le milieu des trans- formistes, Guilda reste un modèle, la reine des transformistes », affirme un témoin. « Joli petit boy de Mistinguett, j’avais pensé à tout, mais jamais que je ferais une carrière, habillé en femme ! », dira Jean Guida. Il aura ainsi imité, pardon, personnifié les vedettes les plus emblématiques, de Lucille Ball à Édith Piaf et Brigitte Bardot en passant par Bette Davis, Marlène Dietrich, ou Rita Hayworth et Marilyn Monroe. « Pendant la Grande noirceur, il représentait l’antithèse de l’homme, et il devint pourtant une des plus grandes stars de son époque », explique Michel Dorais. « Il jouait sans cesse sur la ligne de l’interdit sans jamais la franchir. »

« Jean était au service de Guilda qui prenait toute la place ». Au point de souffrir presque d’un dédoublement de la personnalité : Jean jettera au feu sa garde-robe pour tenter un moment de vivre et travailler comme Jean Guida. Né à Paris en 1924, fils d’un aristo- crate italien ruiné par le krach de 1929, l’ex- istence de son double, Guilda, a longtemps été cachée à sa famille qui l’a appris alors qu’elle était déjà connue et respectée. « On le croyait peintre », révélera sa sœur. Ivan, son fils qui partagea un temps sa carrière, meurt du sida en 1989. Jean Guida ne se remettra jamais vraiment de sa disparition.

Jean Guida parle de sa foi et ajoute : «Je n’ai pas peur de mourir. J’ai eu une vie pourrie et j’attends la mort avec délivrance. Je n’ai ja- mais vraiment été malheureux, mais je ne me rappelle pas avoir été heureux.» Les retrouvailles avec sa fille Gaye, alors qu’ils se croyaient l’un et l’autre décédés, viendra égayer ses dernières années. Des retrouvailles bouleversantes évoquées dans le documentaire. Un film qui prend le temps des regards et des silences et dont le montage en douceur, complété de quelques prises scénarisées, ajoute à l’émotion. On remarquera par ailleurs la qualité visuelle, même dans les extraits de films et de TV, de la direction photo de Rénald Bellemare.

«On ne décide pas de son destin. C’est écrit dans le ciel», dira-t-il. Des propos illustrés à l’écran par des feux d’artifice à l’image de la vie de Guilda : «Tout simplement phénoménal !»

GUILDA. ELLE EST BIEN DANS MA PEAU sera présenté lors du festival IMAGE+NATION, au cinéma IMPÉRIAL, le dimanche 30 novembre 2014, à 20h.