Au cinéma jusqu'au 19 février

L’amour au temps de la guerre civile

Denis-Daniel Boullé
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Ils se prostituent, ils se droguent. Ils se prostituent pour se droguer… et se droguent pour se prostituer. On le comprend vite, l’enfer est leur quotidien. Rodrigue Jean qui nous avait présenté Hommes à louer, un documentaire choc sur la prostitution masculine à Montréal en 2008. Rodrigue Jean revient à la charge, cette fois, avec L’amour au temps de la guerre, une fiction aux saveurs de documentaire. 

l'amourRodrigue Jean n’a qu’une seule idée. Rendre le plus juste la réalité des toxicos-prostitués jusqu’à vouloir nous faire entrer dans leur tête et sentir – sinon comprendre – leur quotidien. Et bien entendu un quotidien qui en effraiera plus d’un. Ces jeunes ne sont pas seulement dans les rues espérant le client mais ils les arpentent aussi pour se procurer leur dose. Hiver comme été. De toute façon, les saisons, les lieux, les clients ne comptent plus.  Ce ne sont que des distractions, voire des obligations nécessaires pour pouvoir se procurer de l’argent et bien entendu de la drogue. Rien d’autre.
 
Pour recréer cet univers d’enfermement et d’étouffement, Rodrigue Jean a fait appel à cinq jeunes comédiens qui se sont approprié un univers aux antipodes de tout ce qu’ils ont pu connaître dans leur jeune vie professionnelle. Et de rendre dans l’amitié de nécessité des cinq personnages, leur quête quotidienne qui ne connaît comme seul couronnement que le recommencement, la veille semblable au lendemain et aux jours suivants. 
 
Ces jeunes ne voient et n’espèrent plus rien d’autres. Sinon des rêves improbables qui ne seraient pas de ce monde. Et le spectateur immergé dans ces profondeurs jusqu’à parfois manquer d’air, n’en voit pas non plus. Et pourtant, ce monde est si proche du nôtre, mais on ne le voit pas parce que ce serait insupportable. 
 
Comme avec Hommes à louer, Rodrigue Jean, attache le spectateur sur son fauteuil et l’oblige à regarder. Il y a comme une injonction dans la caméra du cinéaste à forcer à regarder l’intolérable. Aucun effet poétique cherchant à transcender le sujet (on n’est pas chez Genet) mais la violence de l’intolérable devant laquelle nous devrions nous prononcer comme individu et comme société. Secouer notre indifférence confortable qui devine, qui sait bien mais qui refuse de bouger. 
 
On ne peut échapper à L’amour au temps de la guerre civile. Certains en sortiront indignés, d’autres révoltés, d’autres enfin désespérés, mais personne ne sortira indemne. À l’image de ces personnages qui ne cessent de se tuer chaque jour, sûrement, inéluctablement, indéfiniment. 
 
L’amour au temps de la guerre civile De Rodrigue Jean.
En salle dès le 6 février 2015

À l'affiche jusqu'au 19 février au Cinéma Excentris & Cinéma Cartier.