Bilan 2014

Entre mariage et répression, ici et ailleurs | Global Gay

L’année 2014 aura été riche en rebondissements dans le monde. Les minorités sexuelles font parler d’elles partout sur la planète et encore trop souvent à la faveur de faits divers annonçant des actes homophobes comme en Afrique. Si la France a encore retenu l’attention avec les opposants contre le mariage gai, c’est la Russie à qui revient la palme d’or avec sa loi anti propagande gaie qui a soulevé tout le temps des Jeux Olympiques l’indignation des défen-seurs des droits humains à quelques mois des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Par ailleurs, l’Église catholique et le monde du sport restent deux forteresses qui opposent une résistance face aux minorités sexuelles. Cependant des percées importantes ont été faites en 2014. Les réactions des organismes LGBT et des droits de la personne aux lois antigaies russes avant et pendant les Jeux olympiques de Sotchi, ont amené des discussions au Comité international olympique pour une meilleure protection et promotion des athlètes olympiques LGBT. Le Comité olympique canadien, lui, fait œuvre de pionnier modifiant sa charte pour inclure les personnes LGBT. Enfin, l’Église catholique par la voix de son plus haut représentant souhaite une plus grande reconnaissance des minorités sexuelles. Ce qui soulève de nombreux débats houleux parmi les évêques, progressistes contre traditionnalistes.

 
Mariage   
En 2014, le mariage des conjoints de même sexe a été légalisé par quelques pays seulement. Comme en Grande-Bretagne pour l’Angleterre et le Pays de Galles. L’Écosse devrait suivre sous peu. Le Luxembourg a aussi légalisé ce type d’union. Au Mexique, Coahuila devient le cinquième État à reconnaître les unions de même sexe sur les 32 États Mexicains. Et la Finlande vient d’adopter un projet de loi allant dans le même sexns. Mais c’est aux États-Unis que le mouvement a été le plus significatif puisque 14 États (Alaska, Arizona, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Colorado, Idaho, Indiana, Kansas, Wyoming, Virginie, Utah, Oklahoma, Nevada, Montana, Oregon), ont décidé en 2014 de légiférer en ce sens. Aujourd’hui, les États-Unis comptent 35 États reconnaissant le mariage gai sur 51 états. Ces changements ne font pas que des heureux. 
 
En France le mariage adopté en 2013 fait toujours l’objet d’une vaste contestation de groupes politiques de droite et de religieux. Au point qu’il pourrait être un enjeu pour tous les partis lors de la campagne présidentielle de 2017. Déjà l’ex-président français Nicolas Sarkozy, qui se voit déjà candidat dans deux ans a affirmé qu’il abolirait la loi sur le mariage. De grandes manifestations défendant la famille et le droit des enfants d’avoir un père et une mère ont marqué l’année 2014 et démontrent que les opposants ne veulent pas tourner la page. Alors que la France peine à se relever de la crise de 2008 (taux de chômage en hausse, délocalisation des entreprises, etc.), la droite conservatrice et religieuse ne cessent de revenir sur le sujet du mariage gai. 
 
Aujourd’hui certains organismes religieux demandent aux familles de ne pas envoyer leurs enfants à l’école lorsque les enseignants abordent la question du genre en classe. Le gouvernement socialise qui n’était pas opposé à la procréation assistée pour les couples de même sexe vient de reculer ne souhaitant pas donner un argument de plus aux détracteurs du mariage gai. Paradoxalement, alors que la plupart des pays qui bordent la France ont de-puis plusieurs années fait montre d’ouverture (sauf l’Italie, l’Allemagne et la Suisse), la France semble faire cavalier seul en restant sourde et aveugle face aux exemples des autres démocraties occidentales. 
 
RÉPRESSION HOMOPHOBE
Si dans les démocraties occidentales les minorités sexuelles commencent à occuper l’espace social et à faire reconnaître leur droit, cette visibilité croissante inquiète les pays marqués par des conceptions sociales conservatrices. D’autant que grâce à internet et à l’essor des réseaux sociaux, les minorités sexuelles de ces pays sont de plus en plus informées et de moins en moins isolées. Devant ce que beaucoup considère comme une importation des pays occidentaux, la tendance est à la fermeture et à la répression au nom de valeurs religieuses et culturelles. 
 
Bien sûr on pense à la Russie avec la loi anti-propagande homosexuelle. Mais dans quelques pays, des lois condamnant l’homosexualité qui n’étaient plus appliquées depuis bien des années sont de nouveau utilisées pour traîner des gais et des lesbiennes devant les tribunaux puis vers des prisons. Chaque année nous apporte son lot de victimes emprisonnées et parfois exécutées. 
 
L’Ouganda, la Gambie et le Nigeria et le Liberia ont vu en 2014 les peines contre l’homosexualité renforcées pour tenter de contrer ce que les autorités considèrent comme un fléau venu de l’Occident. Au Nigeria, la peine maximale de prison est de 14 ans pour ceux qui simuleraient un mariage homosexuel et de 10 ans pour ceux qui afficheraient leur relation homosexuelle. De plus, les médias locaux se font le relais des campagnes antigaies décidées par les gouvernements n’hésitant pas à publier des photos ou à relater toute arrestation. 
 
Au Sénégal, des militants luttant contre le VIH/Sida ont été arrêtés sous prétexte de faire la promotion de l’homosexualité. Bien sûr, chaque recul en termes de droits des personnes LGBT à travers le monde reçoit une condamnation des pays occidentaux. Mais rares sont parmi ces pays ceux qui décident de prendre des mesures comme l’a fait le gouvernement anglais en refusant toute subvention à l’Ouganda. En revanche, le débat est lancé dans ces pays qui ne peuvent plus nier l’existence des minorités sexuelles au sein de leur communauté, tout comme ils sont sous la loupe des organismes internationaux des droits de la personne qui n’omettent jamais de porter à l’attention du grand public les exactions de ces gouvernements envers leur minorité sexuelle. Pour de nombreux pays où l’homosexualité reste illégale, il est difficile pour les minorités sexuelles de se rassembler ou même de mettre sur pied une Gay pride même si elle n’est pas toujours interdite par les autorités. Enfin, même dans les pays où la décriminalisation est effective, le manque d’accompagnement des changements par l’éducation et la sensibilisation ne change pas les comportements homophobes et transphobes de la population, comme en Afrique du Sud, par exemple.
 
Ainsi au Brésil, comme dans de nombreux pays à travers le monde, les personnes trans sont celles qui sont souvent le plus visées par des crimes de haine.  
 
Francois papePlus  d’ouverture dans l’église ?
Si le souverain pontife maintient le discours officiel de l’Église catholique sur l’homosexualité, il demande à ses fidèles d’être plus accueillants envers les personnes homosexuelles, de les regarder avec leur cœur. Cependant lors du synode sur la famille en octobre dernier, certains passages du texte final ont été rejetés par une majorité d’évêques dont celui qui prônait une plus grande ouverture de l’Église face à l’homosexualité. Ce synode a été marqué d’une part, par des positions divisées des évêques sur la place de l’homosexualité dans l’Église ou encore sur la possibilité pour des divorcés de se remarier selon le rite catholique, et d’autre part par la transparence et la liberté de paroles des évêques, une liberté d’expression souhaitée par le pape lui-même. Même si le pape François  démontre une volonté de faire entrer l’Église catholique dans le XXIe siècle en étant moins fermées aux nouvelles réalités, il doit faire face à une résistance des évêques conservateurs et traditionnalistes. Le texte sera envoyé dans tous les diocèses pour être commentés avant d’être de nouveau présenté au prochain synode sur la famille en octobre 2015. 
 
Droits des LGBT et compétitions sportives internationales
Bonne nouvelle, le Comité olympique canadien  (COC) s’est associé avec You Can Play pour protéger les athlètes olympiques LGBTQ. Le COC et son Conseil d’administration ont modifié le Règlement général de l’organisation. Le message sur la diversité et l’inclusion sera inclus dans le Programme scolaire olympique canadien. Une lueur d’espoir compte tenu de la résistance qu’il existe dans le sport encore de nos jours malgré de nombreuses initiatives locales. Autre bonne nouvelle, le Comité olympique international (COI) serait prêt à inclure dans sa charte l’orientation sexuelle comme protégée contre toute forme de discrimination selon son Président, Thomas Bach. All Out et Athlete Ally, les deux organismes LGBTQ qui ont fait leur représentation auprès du CIO souhaitent que l’identité de genre soit ajoutée.
 
rogeEn fait, les derniers Jeux olympiques d’hiver présentés à Sotchi, et les lois anti-gaies promulguées en Russie quelques mois avant les Jeux ont braqué les projecteurs sur les contradictions éthiques des fédérations internationales sportives. Pour manifester leur mécontentement, plusieurs villes à travers le monde ont décidé d’ouvrir 
des «Maisons de la Fierté» pour attirer l’attention des médias sur la situation des personnes LGBT en Russie. À Montréal, à l’initiative du Conseil québécois LGBT et d’Équipe Montréal, une «Maison de la Fierté» s’est improvisée au bar Lounge L’un et L’autre, ouvrant chaque soir les portes à des organismes communautaires montréalais. Cette maison a reçu la visite d’élus municipaux et provinciaux. Parallèlement à cette initiative, plusieurs hôtels de ville du Québec et au Canada ont hissé des drapeaux arc-en-ciel montrant leur solidarité avec les communautés LGBTQ russes et dénonçant de fait la législation discriminatoire de Moscou.
 
Bien sûr, cette mobilisation n’a pas fait reculer les autorités russes. Mais elle a eu le mérite d’ébranler les comités et fédérations de grands événements sportifs internationaux. Ils doivent maintenant tenir compte de cette pression. Pas encore de décisions, entre autres de tenir compte des droits de la personne, et plus spécifiquement des droits des personnes LGBT avant d’attribuer les compétitions à un pays, mais la graine est semée. Les comités organisateurs sportifs savent qu’ils devront rendre des comptes. D’autant que de plus en plus d’athlètes LGBT sortent du placard. Ils n’attendent plus la fin de leur carrière sportive, et la plupart reçoivent le soutien de leurs coéquipiers, équipes, entraineurs, etc. La pression n’est plus seulement à l’extérieur des stades et des installations sportives mais à l’intérieur. D’autant que la Coupe du monde de soccer aura lieu en 2018 en Russie et en 2022 au Qatar. D’une part, le soccer est l’un des sports, sinon le sport le plus populaire et le plus homophobe actuellement, d’autre part, les deux pays hôtes ne tiennent pas les personnes LGBT en haute estime, bien au contraire. Au Qatar, les visiteurs qui souhaitent rester plusieurs jours au moins doivent passer un test du dépistage de VIH et les autorités souhaiteraient trouver un moyen pour s’assurer qu’aucun gai ne mette le pied sur son territoire.
 
Sotchi marque peut-être un tournant – encore timide mais peut-être décisif – dans la lutte contre l’homophobie dans le monde du sport mais aussi à l’échelle de la planète. 
 
truvadaPrévention et santé
Des modèles mathématiques suggèrent que la mise en place d’un dépistage universel et répété (pour identifier les personnes infectées le plus vite possible) accompagné d’une mise sous traitement immédiate des personnes infectées par le VIH (traitement comme prévention), pourrait vaincre l’épidémie en 30 à 40 ans dans des pays comme l’Afrique du Sud et encore plus vite au sein de populations à risque dans les pays riches. La (nouvelle) stratégie de prévention qui a fait le plus fait parler d’elle cette année est sans nulle doute le traitement pre-exposition (PrEP) qui consiste à fournir un traitement de manière continue ou ponctuelle (comme l’étudie Ipergay) à des personnes séronégatives. Il devient clair,  plus que jamais, que prévention et traitement sont indissociables. Encore faut-il que les individus connaissent leur statut VIH. L’information du public, l’accès aux diverses méthodes de prévention, au dépistage et aux traitements sont les meilleurs moyens d’enrayer l’épidémie. À quand une campagne de prévention combinée mise en place par l’ensemble des joueurs en place ? 2015 sera peut-être l’année avec le projet de mobilisation qui se met en branle et qui regroupe un grand nombre d’intervenants liés à la prévention et les services directs en santé ou en prévention.
 
ONU 
Le 26 septembre 2014, le Conseil des droits e l’homme de l’Onu adoptait une résolution incluant la question de la protection des personnes LGBT contre les violences et les discriminations parmi les sujets dont le Conseil était saisi. Le texte était porté par le Chili, l’Uruguay et la Colombie. 27 états ont voté pour, sept se sont abstenus et 14 ont voté contre. Les résolutions adoptées à l’ONU ne sont pas contrai-gnantes même pour les États qui les ont adoptées. Cependant, il est bon que des organismes internationaux se dotent d’articles et de déclarations rappelant leur engagement dans la protection des minorités sexuelles. Et de continuer à signaler les pays et les états qui ne les respectent pas.