Nouvelle directrice générale du Conseil québécois LGBT

Le changement dans la continuité

Audrey Gauthier a été choisie par le conseil d’administration du Conseil québécois LGBT parmi une trentaine de candidat-e-s pour succéder à Steve Foster. Une lourde tâche pour le Conseil, compte tenu de l’empreinte légitime que Steve Foster a laissée sur l’organisme. Le bouillonnant et coloré militant a remis sur la carte du communautaire un organisme qui vivotait depuis plusieurs années, lui a redonné une légitimité, un nouveau nom et en a fait un interlocuteur crédible auprès des décideurs publics. Heureuse, Audrey Gauthier n’a pas caché sa surprise d’avoir été choisie.

Pour elle, le fait qu’elle soit une personne trans pouvait être le seul problème. «Non pas que je craignais que le CA ait quelque chose contre les trans, mais la question était de savoir si stratégiquement et politiquement c’était un bon choix face à la perception souvent préjudiciable que la société a envers les trans. J’espère donner une nouvelle perspective à ce sujet» avance-t-elle, heureuse que cela n’ait pas été perçue comme un handicap.
 
Quant à la tâche qui l’attend, elle se sent tout à fait d’attaque, comptant sur son expérience et ses qualités personnelles. Elle ne partage qu’un point avec son prédécesseur : elle n’est pas issue du communautaire LGBT. Cette agente de bord chez Air Transat et technologue en médecine nucléaire dans différents hôpitaux s’est aussi beaucoup investie dans le syndicalisme. Présidente de sa section locale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), elle a par ailleurs été représentante trans au comité GLBT de la Fédération des travailleurs(euses) du Québec (FTQ), représentante trans du comité Triangle Rose du SCFP québécois et national. Les réunions et les négociations, elle connaît bien. Rencontre avec une femme qui, si elle revendique le choix d’un style de vie conformiste – elle est mariée et vit avec son mari en banlieue –, ne professe pas pour autant des idées conformistes.
 
Pourquoi avoir postulé à ce poste ? 

Même si je n’ai, à ce jour, pas été active dans un organisme LGBT à proprement parlé, j’ai toujours eu la fibre de défendre les droits des LGBT à travers mon engagement syndical et comme participante au GRIS-Montréal, entre autres. Et comme je sentais que j’étais rendue au bout de ma carrière syndicale, j’ai trouvé que c’était une bonne opportunité. De plus, je suis arrivée dans ma vie personnelle à une certaine forme d’équilibre qui me permet aussi de relever des défis sur le plan professionnel. Il est clair qu’il y a des parallèles à faire entre ma carrière précédente, entre autres les questions LGBT, ma vie personnelle. J’ai réussi à être ouvertement gai — j’ai même fait la couverture du Fugues avec ma mère dans mon «ancienne vie» — puis à être une personne trans en dehors du placard dans mes différents emplois, ce qui me donne une idée des difficultés et des obstacles qui subsistent pour les minorités sexuelles dans le monde du travail.
 
Depuis ta prise de poste, quel est le mandat que tu t’es donné ?

Dès décembre, donc le mois avant que je ne sois officiellement en poste, j’ai commencé à rencontrer les différents organismes communautaires LGBT, d’une part pour me présenter, et d’autre part pour connaître les différents enjeux, voire les problématiques, que vivaient ces organismes. Il faut que j’aie un portrait clair de la situation, mais aussi que nous puissions travailler ensemble. Je me dois d’écouter tous ceux et celles qui œuvrent dans le communautaire. Et je sais que j’écoute plus que je ne parle ce qui ne veut pas dire que je me tais tout le temps (Rires !). De plus je vais rencontrer l’attachée politique de la ministre de la Justice pour parler du Plan de lutte contre l’homophobie puis directement à la ministre dans le cadre du projet de règlements sur la loi 35, qui est pour la communauté trans le dossier de l’heure.
 
On sait que la politique de lutte contre l’homophobie est interministérielle, mais jusqu’à ce jour, seul le ministère responsable de la politique a réellement œuvré dans ce sens ?

Oui, on m’a fait part de cette question, et j’ai demandé une rencontre, entre autres, avec le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais. Nous ferons nos représentations et les représentants d’organismes que j’ai rencontrés sont solidaires de ma démarche. De plus, je souhaite tisser des liens plus forts avec le mouvement syndical, mouvement auquel je crois et qui, comme alliés, peut nous aider. Nous devons travailler avec lui. Enfin, il reste le dossier de la violence qui comme chacun sait ne s’arrête pas aux frontières du Village, et celui de l’intimidation qui me tient à cœur. De nombreuses initiatives existent et nous nous devons de les soutenir et même de les amplifier.
 
Comme toute communauté, celle des LGBT n’est pas toujours de tout repos. Des frictions, des rivalités, souvent liées à des personnalités aux égos très développés, jalonnent le mouvement LGBT québécois et parfois ralentissent le travail, comment comptes-tu t’y prendre ?

Je suis tout à fait au courant des tensions qui existent. Moi, j’arrive avec une main tendue pas seulement parce que c’est un de mes mandats, mais parce que c’est la seule façon de travailler, la seule façon d’arriver à des résultats en comptant sur la bonne volonté et la collaboration des groupes. Je n’ai pas accepté ce poste pour être belle sur une scène, mais bien pour œuvrer avec les groupes à l’amélioration des conditions des minorités sexuelles en représentant les organismes qui forment le collectif du Conseil québécois-LGBT. Par mon parcours, je pense avoir une sensibilité toute désignée pour tout ce qui touche aussi bien la discrimination que le bien-être des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ou d’expression. D’ailleurs le thème de la campagne de l’été prochain du Conseil sera l’acceptation des personnes «non conformes». Et cela touche toutes les communautés LGBT, les personnes intersexuées comme les personnes trans. Et c’est drôle puisque je me considère dans l’expression de mon genre très conforme. Je suis une femme mariée menant une vie tout à fait banale, et qui me convient bien, mais je suis ouverte aux diversités

 

«J’arrive avec une main tendue pas seulement parce que c’est un de mes mandats, mais parce que c’est la seule façon de travailler, la seule façon d’arriver à des résultats en comptant sur la bonne volonté et la collaboration des groupes. »

Fugues maman et fils 
Le dossier chaud du moment concerne les règlements accompagnant le projet de loi 35 devant faciliter le changement de la mention de sexe à l’État civil. Un projet de règlements a été déposé juste avant les vacances de Noël et il ne fait pas l’unanimité au sein des communautés trans ?

J’ai rencontré le comité trans. Il a fallu préciser quelques petits points, car on me demandait si j’étais hétérosexuelle. Oui, je suis aujourd’hui une femme qui vit comme une femme avec un homme, mais en même temps, j’ai vécu jusqu’à l’âge de 38 ans comme un gai avant d’entreprendre une transition. Je me considère comme une femme transsexuelle et non comme une hétéro. Une fois cette question réglée, nous avons pu aborder avec le comité trans le projet de règlements et les divergences entre les propositions du ministère et les attentes des personnes trans. En vue des consultations qui auront lieu surement en février, plusieurs sont à rédiger des mémoires. Il serait bon qu’il y ait une certaine convergence entre les différents mémoires si l’on veut convaincre. Une trop grande division des positions ne pourrait que nous nuire ou, du moins, profiterait au gouvernement pour imposer sa propre ligne.
 
Pour finir, on sait que l’organisation du gala Arc-en-ciel prenait une bonne partie de la tâche de Steve Foster, penses-tu t’ins-crire dans la continuité ?

De continuer ou non le gala Arc-en-ciel ne dépend pas de moi, mais du conseil d’administration. Cependant, déjà beaucoup de personnes m’ont déjà fait des recommandations. Bref, pour le moment il n’y a rien d’arrêté. Ce sont des décisions qui seront prises au cours de cette année par le conseil d’administration après avoir étudié toutes les options. 
 
 
CONSEIL QUÉBÉCOIS LGBT
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