VU DE L'EX-TÉRIEUR _ Questions de société

Liberté de quoi au juste?

Steve Foster
Commentaires
Steve Foster

Au début février, l’Imam Hamza Chaoui devait ouvrir un centre communautaire pour les jeunes musulmans dans l’arrondissement Mercier Hochelaga-Maisonneuve (MHM) à Montréal. Si ce n'avait été de certaines déclarations controversées qu’il avait faites quelque temps auparavant, il aurait aujourd’hui les clés de son local. Maintenant que l’arrondissement lui a retiré son permis, les gens sont bien contents. Le «mon-sieur» ne pourra pas prêcher son «islam radical». Il ne pourra plus enseigner aux jeunes que les homosexuel(le)s ne devraient pas être élus au parlement, que les femmes ont besoin d’un tuteur, que l’on devrait couper la main d’un voleur, que la démocratie est contraire à l’islam et qu’il est favorable à la Charia. «Big deal!» Pourquoi lui plus qu’un autre?

En 2011, j’avais dénoncé la venue des conférenciers islamistes Tzortzis et Green auprès du gouvernement canadien et par la même occasion j’avais demandé qu’ils soient interdits de séjour tout comme ils l’étaient en Allemagne et aux États-Unis. Mais malheureusement, outre la motion votée à l’Assemblée nationale dénonçant leur venue et les pressions qui ont amené le Centre des congrès à annuler leur réservation, ils ont pu se trouver un centre communautaire/lieu de prière pour passer leur message en toute quiétude. 
 
Pourtant leurs propos étaient bien plus explicites et violents que ceux de Chaoui. Tzortzis a déjà déclaré, entre autres, qu'en tant que musulman, il «rejetait la notion de liberté d'expression» et croyait qu'on «devrait criminaliser l'homosexualité au même titre que la pédophilie et le canniba-lisme ». Pour sa part, Green affirmait dans une vidéo que les chefs de famille «devraient avoir le droit de battre leur femme lorsque celle-ci transgresse un interdit islamique». 
 
Est-ce que le traitement différencié entre les deux situations est dû au fait qu’entre temps, il y a eu un attentat à Saint-Jean-sur-Richelieu, un au parlement canadien et un à Charlie Hebdo? Est-ce que le fait que Chaoui demeure ici, donc plus susceptible d’influencer les jeunes et par la même occasion de « recruter » d’éventuels « terroristes », rendrait plus dangereux et menaçant son discours dit « radical » que ceux de Green et Tzortzis?
 
Est-ce pour cela que même le chef de la Coalition Avenir Québec souhaite que la Charte des droits et libertés de la personne soit amendée? Il propose à cet effet d’y « inclure une interdiction de tout enseignement répétitif qui encouragerait le dénigrement de nos valeurs les plus fondamentales. » Pour lui, « l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de vivre sans discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’orientation sexuelle, et la liberté d’expression font partie de l’ADN de notre société. » 
 
Bon ici il faudrait préciser à Monsieur Legault que la Charte comprend déjà la notion de non-discrimi- nation pour les motifs qu’il mentionne et que le principe d’égalité homme-femme a été introduit dans le préambule de la Charte, il y a quel-ques années à peine avec la Loi 63. Il reste donc le bout sur l’enseignement répétitif dénigrant nos valeurs et la liberté d’expression. Malheureusement pour notre compréhension, le chef de la CAQ, tout aussi bien intentionné soit-il, ne précise pas quelles sont ces valeurs et ce que signifie pour lui la liberté d’expression. Et autre question des plus importantes, est-ce que les modifications, qu’il souhaite apporter afin de mieux «vivre ensemble» au Québec, nous permettrons de nous défaire de ces «fous de Dieu » ou encore de contrecarrer le lavage de cerveau de leurs adeptes?
 
Avant de mettre au pilori un groupe d’individus, quel qu’il soit, en introduisant de nouveaux concepts dans notre Charte, ne serait-il pas plus judicieux de commencer par définir plus clairement ce qu’il y a déjà dedans? Ne serait-il pas temps que l’on définisse ce que veulent dire la liberté de religion et la liberté de parole dans une perspective où l’on se dit une société laïque et où l’on valorise l’égalité et le respect de tous et toutes? Ne serait-il pas temps de rappeler qu’avec nos droits viennent aussi des devoirs et des responsabi-lités.
 
Et étant donné que la liberté n’est pas un concept absolu, il me semble que le premier article de notre Charte pourrait déjà servir de guide afin de déterminer les limites de nos libertés hors de notre salon. «Tout être humain a droit à la vie, ainsi qu'à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté de sa personne.»
 
Si nous parvenions à mettre cela en application, cela serait déjà un début. Cela pourrait même nous débarrasser des propos de « prêcheursfondamentalistes » de tout acabit et de certains chroniqueur(e)s et animateurs radio par la même occasion. Mais là encore, faudra-t-il nous entendre sur ce que veut dire le premier article de notre Charte.
 
En attendant que nous puissions vraiment «vivre ensemble» dans la liberté, je suggère aussi à M. Legault de demander une modification à la Constitution canadienne, car le préambule dit : «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ».