Italie

Dolce & Gabbana, traîtres à la cause LGBT ?

Gagnon Bernard , Associated Press
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Dolce Gabbana

Une interview où les deux vedettes du prêt-à-porter réaffirment leurs réserves vis-à-vis du mariage homosexuel et des familles homoparentales donne présentement lieu à un appel au boycott.

Faut-il brûler ses coûteux t-shirts et lunettes de soleil frappés de la prestigieuse double initiale ? Certains militants LGBT italiens s’y préparent, depuis qu’ils ont lu l’entretien de Domenico Dolce et Stefano Gabbana publié par le magazine «Panorama».  En marge de la Fashion Week de Milan, les deux icônes de la mode, en couple pendant 20 ans (mais aujourd’hui séparés) n’ont pas été tendres avec les familles arc-en-ciel. «Dolce et Gabbana : L’unique famille qui soit est la famille traditionnelle », cite la revue sur sa Une, illustrée d’une photo sépia des deux quinquagénaires.

« Je ne suis pas convaincu par ceux que j’appelle les enfants de la la chimie, des enfants synthétiques. Des utérus à louer, du sperme choisi sur catalogue»... a déclaré Domenico Dolce. Et d’estimer qu’avec ces gamins, les psychiatres vont avoir du pain sur la planche. «La vie a un parcours naturel, il y a des choses qu’il ne faut pas modifier», a ajouté Stefano Gabbana. Qui a toutefois confié qu’il s’il lui était possible d’être père, il le ferait «immédiatement».

La position des deux millionnaires du prêt-à-porter n’est pas nouvelle. Dolce (qui se définit comme catholique pratiquant) et Gabbana ont souvent exprimé leurs réserves par rapport aux unions entre personnes de même sexe et à l’adoption. Malgré cela, ils s’étaient prêtés à des interviews où ils exprimaient leur désir d’enfants («au moins dix pour faire une équipe de foot»!) Ils posaient au milieu de quelques adorables figurants en couches-culottes pour «Vanity Fair», comme le rappelle Gay.it. Gabbana avait ensuite expliqué qu’il envisageait d’élever sa progéniture au côté de la mère de ses enfants. Un projet qu’il n’a jamais réalisé.

Dans une Italie où les réformes élémentaires en faveur des gais et lesbiennes sont toujours bloquées au Parlement, les propos de Dolce et Gabbana sont très mal passés auprès de la communauté LGBT. Un débat enflammé s’est engagé entre tenants de la «liberté d’opinion» et internautes indignés.

Au lendemain de la sortie de l’interview, un boycott de la griffe était lancé. Le site LGBT News Italia, à l’initiative de l’action, estime que «l’attaque» n’est pas moins grave que celle livrée par l’empereur de la pasta, Guido Barilla, en 2013. Dans un appel aux accents dramatiques, le texte fustige les deux stylistes, coupables, selon l’auteur, de reprendre le discours des «croisés antigais» catholiques. «Alors qu’ils doivent à la communauté LGBT la célébrité et le bien-être économique. Cette attaque intestine est d’autant plus insupportable et douloureuse».

Elton John, qui élève deux jeunes enfants nés d'une mère porteuse avec son mari David Furnish, a condamné la "pensée archaïque" de Domenico Dolce. «Comment osez-vous traiter mes magnifiques bébés de 'synthétiques'?», a lancé le chanteur sur le réseau social Instagram. «Honte à vous qui pointez vos petits doigts moralisateurs sur la fécondation in vitro, qui a permis à des légions de personnes pleines d'amour, aussi bien hétéro qu'homosexuelles, de réaliser leur rêve d'avoir des enfants», a continué Elton John.  «Votre pensée archaïque est complètement dépassée, comme vos collections. Je ne porterai plus jamais du Dolce & Gabbana. #BoycottDolceGabbana», a lancé le chanteur.