Culture

Maxime Robin met en scène La chatte sur un toit brûlant

Olivier Poulin
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Maxime Robin

Pour sa première mise en scène dans un théâtre institutionnel de la capitale, Maxime Robin s'attaque à un monument de la dramaturgie américaine : Tennessee Williams, décédé en 1983. Créée à Broadway en 1955 puis immortalisée au cinéma en 1958 avec Élizabeth Taylor dans le rôle de Maggie, la pièce La chatte sur un toit brûlant sera présentée à la Bordée du 14 avril au 9 mai, à 19 h 30. Rencontre avec un artiste qui veut faire œuvre utile en exploitant les thèmes de l'homosexualité et de l'intolérance présents dans ce classique.

Âgé de 30 ans, Maxime Robin a grandi à Cap-Rouge. À 9 ans, sans véritable passe-temps et peu intéressé par les sports, il a été inscrit par ses parents à des cours de théâtre, ce qui l'a mené à son premier rôle dans un spectacle : Prof, le chef dans Blanche-Neige et les sept nains. Il répétera l'expérience à l'école primaire dans deux projets de théâtre éducatif avec des pièces visant à promouvoir le respect de la différence. Au secondaire, au Séminaire Saint-François (une école pourtant reconnue pour son excellence dans les sports), Maxime continue de préférer la scène au gymnase. Frustré d'avoir raté les inscriptions pour le théâtre, il répond « Just watch me! » et se lance dans l'organisation, de A à Z, mais avec de l'aide, d'une comédie musicale. Sous le titre « Les bains de mer », l'histoire, celle d'un meurtre sordide imaginé par Maxime, se déroulait à Monaco et intégrait des chansons populaires d'alors et d'avant dont les paroles avaient été adaptées. « J'ai toujours aimé le mariage entre le chant et le théâtre. C'est probablement parce que j'aimerais pouvoir bien chanter » rigole celui qui a tenu le rôle d'un homme gai dans le spectacle choral Chante avec moi  au Trident en septembre 2014. La production de la La chatte sur un toit brûlant  intégrera d'ailleurs quelques morceaux de jazz et du chant, dont la pertinente Same Love  de Macklemore.
 
Avant d'entrer au Conservatoire de Québec en interprétation théâtrale en 2007, Maxime Robin a étudié le cinéma, d'abord au Cégep Garneau, puis à l'Université Concordia à Montréal, dont il est sorti avec une maîtrise. « Je ne m'imaginais pas vraiment faire du théâtre comme métier. Je voulais surtout ne pas devenir un vieux qui regrette de ne pas avoir essayé d'entrer au conservatoire. Alors, j'ai tenté ma chance et ça a marché! » se souvient-il. Depuis sa sortie de l'école de théâtre, Maxime a réalisé plus d'une dizaine de mises en scène, surtout à l'Université Laval, au Cégep de Sainte-Foy et au sein de sa compagnie, joliment appelée « La vierge folle », qu'il gère avec sa complice comédien-ne Noémie O'Farrell. Il a également prêté sa plume à des productions de sa compagnie et à d'autres du collectif Nous sommes ici, dont le très original NoShow qui sera présenté en avril au Périscope (voir autre texte). Il a aussi collaboré à un autre projet de Nous sommes ici en incarnant un personnage gai dans la pièce « La date » mise en scène par Alexandre Fecteau à Premier Acte en 2012. Il se considère chanceux de travailler autant, mais il avoue ne pas savoir ce qui l'occupera et lui permettra de payer ses factures dans quelques mois...
 
Maxime Robin a eu du mal à vivre avec les premières critiques journalistiques mitigées sur son travail. S'il a depuis fait une croix sur son grand idéal irréaliste d'offrir le « meilleur spectacle de la Terre » à chaque production, il a décidé de se fixer chaque fois un objectif tangible. « Je veux que chacun de mes spectacles soit utile. Avec La chatte sur un toit brûlant, j'ai l'occasion de monter une pièce qui représente un film fétiche pour mon père et moi en plus de sensibiliser le public à la relation entre le fils et son meilleur ami. Je veux que le public sorte du théâtre non pas en se disant qu'être gai, ça ne devait pas être facile dans les années 50, mais en réfléchissant à l'homophobie aujourd'hui. » Pour ce faire, le metteur en scène a choisi, entre autres, de prendre la direction artistique de l'exposition qui sera présentée dans le hall de la Bordée durant les représentations. Il a surtout choisi de ne pas passer sous silence l'homosexualité refoulée du fils à l'inverse du film de 1958, qui avait tu cette réalité. Toute la dramaturgie de Williams, qui était lui-même gai, est pourtant traversée d'une charge sexuelle et d'un désir de donner la parole aux marginaux.
 
L'intrigue de La chatte sur un toit brûlant  se situe dans une riche villa du Mississippi, où une famille célèbre l’anniversaire du père, propriétaire d’une vaste plantation de coton. Le plus jeune des fils a sombré dans l’alcool après le suicide de son meilleur ami. Mais sa femme Maggie, la chatte, veut le reconquérir. Les tensions familiales vont inévitablement éclater alors que les hypocrisies vont être dénoncées et que bien des illusions vont tomber.
 
Les billets sont disponibles au 418 694-9721 poste 1 et sur le réseau Billetech au coût de 35 $ pour le tarif régulier, de 30 $ pour les 60 ans et plus et de 25 $ pour les 30 ans et moins