Une âme et sa quincaillerie d’Alain Labonté

Les outils d’une vie

Étienne Dutil
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Alain Labonté

Dans son premier livre, Une âme et sa quincaillerie, un récit littéraire publié chez Del Busso, Alain Labonté se révèle sans fausse pudeur, tout en abordant les grands thèmes de l’amour filial, du respect de la différence et de la fraternité humaine. Un livre simple et stylé à l’image de son auteur. Rencontre avec un homme remarquable.

Une AmeNé dans le village de L’Avenir au Centre-du-Québec, Alain Labonté a passé son enfance sur une ferme laitière. À l’âge de 16 ans, il quitte la maison familiale pour poursuivre ses études en lettres, tourisme et animation. Outre ces formations, il travaillera en restauration et en communication. Bien connu dans le milieu culturel québécois, il a, entre autres, écrit des chansons pour des artistes comme Bruno Pelletier, Marc Hervieux ou Annie Villeneuve, en plus de diriger sa propre boîte de communication.
 
Mais Alain Labonté est avant tout un homme de projets pour défendre corps et âme des causes qui lui tiennent à cœur : LesImpatients, dont les dessins participent à ce livre, Le Centre Philou, sans oublier le Party pyjama littéraire au profit de différents organismes. «J’ai grandi dans la différence», explique-t-il. Plusieurs de ses projets-bénéfice ont même été récompensés en 2009 et 2013 par deux Félix et trois disques d'or. Cette année, il fera partie de la programmation de la 17e édition du Festival littéraire Métropolis Bleu du 20 au 26 avril. De plus, Alain Labonté agit à titre de co-porte-parole (avec le cinéaste Claude Demers) de la 4e édition de l’exposition Parle-moi d’Amour des Impatients au Centre Wellington, du 8 avril au 13 mai.
 
L’origine d’un livre
«Je suis resté près de mon père jusqu’à la fin. Quand il est décédé, je me tenais au pied de son lit à me dire que j'étais la prochaine génération qui fera face à cette finalité. Je me suis alors posé la question "qu'est-ce qu'il me reste à faire sur ma liste de vie ? J’y avais écrit, entre autres, aimer, voyager, mais aussi faire un livre...», déclare Alain Labonté comme on dirait «faire un enfant». «J’ai retrouvé des milliers de mots brefs, des phrases, des flashs, des quatrains, des pensées, etc., que je déposais dans une boite depuis plus de 20 ans. Beaucoup de ces billets parlaient de ma mère.»
 
Dans ce livre, par des phrases courtes et pesées, avec des pauses à l'image de celles qui, en musique, font respirer la mélodie, Alain parle de sa mère qui souffre depuis plusieurs décennies de dépression profonde. Il aborde les électrochocs qu’elle a subis, comment ils affectent sa mémoire immédiate, mais, jamais découragé, il affirme aussi que la dépression est une maladie qui, donc comme toute maladie, se soigne. C’est peut-être ce qui a inspiré le titre de son livre, Une âme et sa quincaillerie. « Ma mère m’a dit un jour "on ne sait jamais de quel côté les chiens seront lâchés". Comme elle le formulait, je pense qu'on n’est jamais à l'abri d'un quelcon-que revers de fortune, or j’ai toujours eu l'impression de faire de l’overtime sur le bonheur», pense Alain Labonté. «Quand un individu est là où il est rendu, avec ses connaissances, quels outils utilisera-t-il pour poursuivre son chemin de vie ?»
 
La part du silence
«Plus on avance, plus on regarde son enfance. En regardant la géographie de ma vie à l’âge de la quarantaine, je me dis que si j'avais à mourir, je pourrais partir en paix, je n'aurais pas de regrets. Et je réalise avec ce livre, Une âme et sa quincaillerie, que j’en suis à la seconde étape de vie, comme une seconde quarantaine qui commencerait aujourd'hui.» Des amis l’ont invité à pro-fiter de leur maison sur l'île Maurice. «Je me suis dit que c'était une belle occasion pour prendre du temps pour commencer ce livre. Je suis parti ainsi pendant 21 jours pendant lesquels je n'ai pas dû parler à quelqu'un plus de 10 minutes !»
 
«Le silence permet de se recentrer. Le silence est devenu important d’ailleurs dans ma vie, parce qu’on n’a jamaisle temps de "se déposer". Le silence sera d’ailleurs l'approche d'un éventuel second livre», confie Alain. «Une amie me disait "tu es un homme de communication, donc de paroles, et tout autant son opposé à la fois"...» Il lui arrive parfois de se retirer, de se couper du monde sans paroles, ni musique, à l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. «Pour moi, c'est une démarche spirituelle qui n'a rien à voir avec la religion. Au bout de 48 à 72 heures de silence, il y a des choses profondes qui remontent à la surface. C’est dans le silence que tu apprends à te reconnaître, à te regarder, à comprendre les choses... J’ai compris ainsi pourquoi j'avais toujours travaillé autant : je suis parti de chez nous à l'âge de 16 ans parce que je ne voulais pas être un poids pour qui que ce soit.»
 
Écrire entre les lignes
« Écrire un livre demande beaucoup de présence d’esprit et demande donc une grande disponibilité à l’ouvrage. Il faut rester concentré sur le fil de l’écriture pour éviter les écueils, les redites, les redondances, etc., et garder cet esprit particulier, le style, la rythmique qu’on a voulu lui donner dès les premières lignes. Je me souviens d’ailleurs que j’ai toujours voulu écrire un journal litté-raire; mon livre en est l’approche. Oui, bien sûr, l'éditeur m'a demandé de faire un travail d'épuration, car on n'en dit plus que moins, mais j'écris aussi des chansons depuis plus de 20 ans et je connais les enjeux de la concision. Au bout de ce travail d’édition, la "quincaillerie" fait 25 pages de moins que je pensais», sourit Alain. « Écrire plus fait partie des projets de ma seconde partie de vie», avance-t-il. «En tout cas, il y aura plus de création, c'est sûr...»
 
Une âme et sa quincaillerie  par Alain Labonté, publié chez Del Busso Éditeur et distribué par Gallimard, paraîtra en librairie le 10 avril. 
 
Un double lancement aura lieu le jeudi 16 avril de 17h à 20h à la Galerie des Impatients au 100, Sherbrooke Est (4e étage) à Montréal, puis le vendredi 17 avril de 17h à 20h chez Renaud-Bray, 755, René Lévesque, à Drummondville.