12 mai - 7 juin / Couples Imaginaires + Tomber dans l’œil

Deux expositions contre l’homophobie

Étienne Dutil
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Couples imaginaires
Photo prise par © Olivier Ciappa /Dany Turcotte et Guy A. Lepage
Couples imaginaires
Photo prise par © Olivier Ciappa / Kim Thúy et Véronique Cloutier
 Pénélope McQuade et Anne-Marie Cadieux présentant une des photos d’Olivier Ciappa
Photo prise par © Olivier Ciappa
 Marie-Thérèse Fortin et Guylaine Tremblay après le shooting
Photo prise par © Olivier Ciappa
  • Couples imaginaires
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  •  Pénélope McQuade et Anne-Marie Cadieux présentant une des photos d’Olivier Ciappa
  •  Marie-Thérèse Fortin et Guylaine Tremblay après le shooting

Du 12 mai au 7 juin, le projet «Les alliés s’exposent» se déroulera en deux volets dans le cadre de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Le premier présentera l’édition québécoise des «Couples imaginaires» du photographe Olivier Ciappa. Le second volet, «Tomber dans l’œil», proposera des portraits issus de la collection du Musée des Beaux Arts de Montréal (MBAM) en divers couples, aussi surprenants qu’atypiques selon un scénario imaginés par l’auteur Sébastien Harrisson.

La version québécoise de l’exposition des Couples imaginaires réalisée par le photographe français Olivier Ciappa, dont la version française avait beaucoup défrayé la chronique lors des débats sur le mariage pour tous en 2013, sera présentée au Complexe Desjardins du 12 mai au 7 juin dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie.
 
 
Pour des raisons autant techniques et calendaires, qu’artistiques et logistiques, cette fameuse présentation – très attendue - avait été reportée à cette année 2015. «L’exposition française a connu beaucoup de controverses voire du vandalisme lors des débats sur le mariage pour tous en France», a rappelé Jean-Luc Murray, directeur du département de l'éducation et de l'action culturelle au Musée des Beaux-Arts de Montréal , l’un des partenaires de cette double exposition. «On en a beaucoup parlé, mais pas pour les bonnes raisons.»
 
Jean-Michel Anctil et André Robitaille
 

 Mme F. Converse  © Percyval Tudor-Hart, 1897

Des personnalités québécoises forment des «Couples imaginaires»
 
«Hétérosexuelles pour la plupart — mais pas toutes — ces personnalités québécoises appréciées du public ont accepté de jouer le jeu des couples de même sexe dans un contexte intime. La démarche s’appuie sur les contraires qui s’attirent démontrant que l’amour n’a pas de limites, qu’elles soient politiques ou sociales», explique Martine Roy, présidente de la Fondation Émergence qui coordonne ce double événement.
 
«Ces couples imaginaires d’ici seront composés de, entre autres, Dan Bigras, Micheline Lanctôt, Chloé Sainte-Marie, Guy A Lepage, Véronique Cloutier, Mitsou, Claude Legault, Kim Thuy, Pénélope McQuade, Gilbert Rozon, Guylaine Tremblay, Florence K, Philippe Fehmiu, Évelyne de La Chenelière, Andrée Lachapelle, Jean-Paul Daoust et bien d’autres encore.»
  Servante Chauffe-plats  © E.G. Fosbery, 1910
«Il y aura aussi de vrais couples de même sexe, plus anonymes parce que nous ne voulons pas juste une exposition people, mais une interaction plus songée entre les photos et le public», ajoute Marine Roy. Parmi eux, on reconnaîtra par exemple Laurent McCutcheon ou Martine Roy, de la Fondation Émergence; Robert Asselin, de Gai Écoute, voire David Platt du GRIS Montréal.
 
«Ici au Québec, ce n'est plus la même dynamique. Le contexte du mariage gai nous a amené à réfléchir sur l’approche à proposer aux visiteurs», explique Jean-Luc Murray. «Le MBAM veut se définir plus comme un acteur qu’un "divertisseur". Comme le débat sur le mariage des conjoints de même sexe est clos depuis plusieurs années, nous voulons donner à cette exposition plus de profondeur et démontrer le rôle de l’art dans une dynamique de lutte contre l'homophobie.»
 
«Tomber dans l’œil»
 
Dans ce sens, le MBAM proposera donc dans ses locaux et aux mêmes dates Tomber dans l’œil, une exposition parallèle issue de la collection du musée et composée de portraits en divers couples, aussi surprenants qu’atypiques. Le musée a invité l’auteur de théâtre Sébastien Harrisson à mettre en scène et en récits des personnages de sa collection d’art québécois et canadien. «J’ai eu un vrai plaisir à fouiller dans les réserves du musée pour dénicher les 15 tableaux de Tomber dans l’œil».
 
«Moins connues, la plupart de ces œuvres ne sont pas exposées fréquemment. Le choix des œuvres couvrent une longue période du début du 19e siècle aux années ’60. Ainsi ces personnages se parleront à travers le temps », explique Sébastien Harrisson, qui est également le directeur artistique de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes.
 
Par un exercice d’associations atypiques, Sébastien Harrisson a donc imaginé des couples d’orientations sexuelles diverses que l’histoire a souvent gardé invisibles. Ainsi dans l’œil de l’auteur, quinze portraits se lancent des regards par de là les cloisons des réserves du Musée et évoquent des désirs insoupçonnés. Selon le metteur en scène, un musée est par essence un lieu où l’œil est sollicité. L’expression Tomber dans l’œil prend alors ici plusieurs sens entre la séduction ou la fascination, la chute ou la mise en abîme… 
 
Milles regards

 David Handyside  © Anonyme 1835«Défiant un accrochage hétéro-normatif qui présumerait de l’hétérosexualité des figures représentées, je veux proposer un parcours d’une grande liberté en marge des stéréotypes du couple et de l’homosexualité», explique Sébastien Harrisson. «Certains portraits jouent sur l’inconnu et invitent le spectateur à créer d’autres paires. Cette exposition est un jeu. Ce qui se développe, c’est cette réflexion ludique, une création pure sur le thème du regard qui désire, mais aussi du regard qu’on pose, qui jauge, qui se détourne, qui juge ou qui admire, qui présume aussi...»
 
«Il faut la voir comme un jeu d’esprit et se laisser porter par ce que la mise en relation de ces tableaux dans un espace intime, crée, questionne et exprime en nous», résume l’auteur. «Tomber dans l’œil invite à jouer avec nos propres perceptions. Quel regard pose-t-on sur celui ou celle qu’on aime ? Quel regard pose-t-on sur ceux et celles qui s’aiment différemment ?»
 
Mais cette expo improbable, et pourtant bien réelle, ne propose pas que des couples «de même sexe» puisque, selon Sébastien, on y trouvera aussi un trio et un solo... Ces  Harmonie Brun-Gris © A.-S. Scott, 1936«acteurs» particuliers seront donc mis en voix selon des textes et une mise en scène de Sébastien Harrisson. Des comédiens dont, entre autres, Eric Paulhus, Mani Soleymanlou, Violette Chauveau ou Évelyne de la Chenelière, prêteront leurs voix à ces per-sonnages de tableaux dans des dialogues retransmis par audio-guide.
Laurier Rajotte signe la musique et la conception sonore de Tomber dans l’œil
 
LES ALLIÉS S’EXPOSENT
du 12 mai au 7 juin.
« Tomber dans l’œil » au Musée des Beaux-Arts de Montréal 
« Couples imaginaires» au Complexe Desjardins

Pour lire le reportage que nous avions fait, en 2014, sur le projet québécois des Couples imaginaires