La série de Richard Blaimert

L’homosexualité décomplexée de Nouvelle Adresse

Samuel Larochelle
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Richard Blaimert

Depuis les débuts de la télévision québécoise, aucune émission n’a fait autant de place aux personnages homosexuels que Nouvelle Adresse. La série de Richard Blaimert met en scène cinq personnages gais, dont Olivier (Patrick Hivon), le frère de Nathalie Lapointe (Macha Grenon). 

La série de Richard Blaimert En deuil de son amoureux et exilé en Californie depuis douze ans, lorsqu’il apprend que sa sœur est en rechute d’un cancer, Olivier rentre au bercail pour la soutenir. D’abord discret sur ses amours et sa propre maladie (il vit avec le VIH), il se révèle avec parcimonie. «Richard et Sophie Lorain (la réalisatrice) ont été clairs dès le début : si Olivier avait eu à choisir, il n’aurait pas été gai, souligne Patrick Hivon. Il ne s’assumait pas. Je l’ai donc joué en étant le plus naturel possible. Oliver est un doux qui pense aux autres avant lui-même. Comme j’ai un côté “féminin” très développé et que j’ai une sensibilité à fleur de peau depuis que je suis petit, je n’ai pas eu à construire ça. J’ai seulement enlevé de mon attitude ce qu’on apprend aux gars pour cadrer avec leur genre socialement, comme être loud ou s’assoir en bûcheron, parce que ça ne raisonnait pas en lui. De toute façon, quand un texte est bien écrit, on n’a pas besoin de jouer l’homosexualité.» 
 
Selon Richard Blaimert, Olivier s’est davantage attiré la sympathie du public que Martin, le médecin gai dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin, dont il est aussi l’auteur. « Olivier est en peine d’amour et en deuil, mais il essaie quand même de protéger sa sœur. Les téléspectateurs ont rapidement été témoins de sa grandeur d’âme. Ils comprennent qu’il cherche l’amour et qu’il aspire au bonheur comme tout le monde. En 2006, dans Sophie Paquin, lorsque Martin a embrassé Jean-Sébastien, des gens ont dit « moi je ne regarde pas ça, des gars qui s’embrassent ». Neuf ans plus tard, on voit Olivier embrasser Thiéry dans les toilettes, des flash-back d’intimité avec Tom et des rapprochements avec Max, sans que ça pose problème. »
 
La série de Richard Blaimert Gais, mais pas maniérés
Olivier le peintre, Tom l’ex-amoureux, Thiéry le neuropsychologue, Max le policier : quatre personnages incarnés sans le moindre maniérisme. Une direction tout à fait cons-ciente des responsables de la distribution, dont fait partie le scénariste. « Les choix physiques sont cohérents avec nos besoins dramatiques. Olivier est un gars intérieur et peu expansif. Avec Max, je trouvais ça drôle de créer un policier gai, parce que ça existe. Pour Thiéry, on ne voulait pas que son homosexualité soit évidente d’emblée, parce qu’on la découvre via Romy, qui sent une vibration entre lui et Olivier. Il n’y a qu’avec Patrice, le propriétaire de la galerie, où l’on voulait une 
énergie plus féminine. »
 
Autre choix assumé, celui de représenter la sexualité de tous personnages avec discrétion. « Olivier est aussi sexuel que les autres, affirme Richard Blaimert. Quand Laurent et Johanne sont au lit, on aperçoit seulement leurs pieds dépasser. Si j’écrivais une série pour le câble avec des personnages qui sont tous gais, comme Looking ou Queer as folk, je n’aurais pas eu de problème à en montrer davantage. Mais dans Nouvelle Adresse, ce n’est pas essentiel de voir les fesses des acteurs pour comprendre qu’ils font l’amour. N’empêche, quand Olivier et Max se réveillent le matin, ils sont en boxers au lit, comme tout le monde. »
 
Intimité homosexuelle
Malgré le caractère prude de la réalisation, Patrick Hivon a eu du mal à jouer les scènes de rapprochements. « Quand on a tourné la scène dans la ruelle, j’étais terrorisé! Je savais que je ne pouvais pas l’échapper, sinon personne n’aurait cru à mon personnage. Il fallait qu’on sente du désir jusque dans mon âme, pas juste de la mécanique. Lorsque j’ai regardé les premières images de tournage, j’ai vu que j’essayais de faire croire que j’étais gai et attiré par un homme. À ce moment-là, je me suis dit que je n’embrassais pas un sexe, mais un humain, et je me suis abandonné. Heureusement, mes partenaires de jeu (Sébastien Delorme, Frédérick Bouffard) étaient extraordinaires. On ne faisait jamais de blagues plates là-dessus. On traitait nos personnages avec respect. »
 
La série de Richard Blaimert Il affirme d’ailleurs que son personnage lui a donné une leçon à ce sujet. « J’ai réalisé à quel point plusieurs commentaires des gens pouvaient être ordinaires et insidieux, sans que les gais ciblés n’osent répliquer. Souvent, les gens ne veulent pas être méchants, mais c’est comme rendu normal de faire des blagues de mauvais goût. Quand je joue Olivier, je suis sensible à tout ce qu’il peut vivre. J’ose à peine imaginer comment ça peut être pesant. »
 
Relation père-fils
La télésérie a également marqué de nombreux téléspectateurs avec les scènes touchantes de la relation père-fils. Au fil des épisodes, on voit Gérard (Pierre Curzi) s’intéresser aux amours de son fils, après des années de fermeture, et réagir avec désinvolture lorsqu’il aperçoit une invitation pour une baise sur le cellulaire d’Olivier. «La transition s’est faite doucement, précise l’auteur. Si j’avais mi le texto au quatrième épisode, ça n’aurait pas été crédible. Mais on suit le cheminement des parents : Jeannine qui quitte la chorale pour signifier son opinion face aux positions de l’Église sur les gais et qui dit à Gérard que ça l’arrange qu’Olivier ne veuille pas parler de ses amours. Plus tard, quand Gérard apprend que sa fille allait mourir, il ne veut surtout pas perdre sa famille de vue et il fait l’effort pour rejoindre son fils dans ce qu’il est. »
 
Troisième saison
L’automne prochain, Nouvelle Adresse sera l’une des rares émissions de fiction à représenter l’homoparentalité. Olivier sera alors le tuteur des trois enfants de Nathalie. « Il devra vivre son deuil de sa sœur, tout en s’occupant des trois enfants endeuillés, explique Blaimert. Son enjeu premier sera d’être à la hauteur des attentes de Nathalie et de s’affranchir de son rôle. Il essaiera également de se réaliser comme artiste et d’éclaircir la sphère amoureuse avec Max, Thiéry, ou ni un ni l’autre… »