Maroc

4 mois de prison pour les deux homosexuels qui se sont embrassés publiquement à Rabat

Nicole Lemay
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Les deux hommes accusés de s'être embrassés en public début juin sur un site historique de Rabat ont été condamné  vendredi à quatre mois de prison ferme.

Lahcen, 38 ans, et Mohsine, 25 ans, qui étaient poursuivis pour « outrage public à la pudeur » et « acte contre nature avec un individu du même sexe », ont également écopé d'une amende de 500 dirhams chacun à l'issue des trois audiences de leur procès.

Les prévenus, qui sont revenus sur leurs aveux en garde à vue, n’étaient pas présents au moment de l’énoncé du jugement. Hassan Ettass, un des avocats de la défense, a annoncé son intention d’interjeter appel. Il a également réclamé que des accusations de mauvais traitements à l’encontre de ses clients - relayées par « Aswat » (« Voix »), une ONG locale - soient étudiés devant la cour d’appel.

Arrêtés le 5 juin, les deux hommes étaient accusés de s’être embrassés devant la Tour Hassan, un des principaux monuments de la capitale, au lendemain d’une action menée par deux militantes des Femen sur ce même site pour dénoncer la pénalisation de l’homosexualité au Maroc. Ces deux Françaises, qui avaient posé seins nus et s’étaient embrassées sous l’oeil de caméras, avaient été interpellées et expulsées le soir-même, les autorités marocaines dénonçant « une offense inacceptable pour l’ensemble de la société ».

Lancée vendredi par l’association Aswat - dont les membres préfèrent garder l’anonymat - en collaboration avec l’ONG All Out, une pétition visant à réclamer la libération de Lahcen et Mohsine a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures.

Au Maroc, l’homosexualité est passible d’une peine de trois ans de prison, selon l’article 489 du code pénal. Des condamnations pour des « actes homosexuels » sont périodiquement rapportées par la presse marocaine. En mai, trois hommes ont écopé de trois années d’emprisonnement à Taourirt (nord-est).

Alors que l'ONG internationale Human Rights Watch (HRW) a appelé en mars le Maroc à dépénaliser l'homosexualité, le débat a gagné en intensité avec les dernières controverses, dans ce pays touristique tiraillé entre conservatisme et ouverture sur l'Occident.

Au lendemain de l'action des deux militantes Femen, quelque 1.500 personnes ont manifesté devant l'ambassade de France, arborant des pancartes « Pas de ça chez nous ».

De nombreux médias ont aussi dénoncé une provocation, en rappelant que l'islam est religion d'État au Maroc. Mais le journal Maroc Hebdo, qui avait titré « Faut-il brûler les homos? », a été contraint de modifier cette Une et de présenter ses excuses à la suite du tollé provoqué sur les réseaux sociaux.

Un autre hebdomadaire, Tel Quel, a en revanche exprimé un avis remarqué en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité. « Les homosexuels ne sont ni des déviants ni des malades », et « la loi ne peut pas s'immiscer dans les sentiments des gens », a-t-il souligné.

Après l'action des Femen, le groupe britannique Placebo a apporté lui aussi un soutien à la cause homosexuelle au Maroc, lors du Festival Mawazine à Rabat, un des principaux événements musicaux du pays. Durant un concert, son bassiste et guitariste, Stefan Olsdal, a fait sensation en arborant une guitare arc-en-ciel puis en apparaissant, au moment du rappel, avec le chiffre « 489 » barré sur la poitrine, en référence à l'article du code pénal criminalisant l'homosexualité.

Selon l'ONG « Aswat », vingt homosexuels et transsexuels ont encore été arrêtés cette semaine dans la ville côtière d'Agadir et présentés à la justice pour « outrage public à la pudeur ».