Entrevue avec Long Wang

C’est comment être gai... ...À Hong Kong?

Samuel Larochelle
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SDC

D’un pays à l’autre, les gais peuvent être accueillis à bras ouverts, perçus comme des criminels, menacés de mort ou sur le point de trouver leur place dans la société. Le magazine Fugues entreprend une série d’articles dans lesquels des homosexuels de partout sur la planète témoignent de leur vécu. Premier arrêt : Hong Kong, une région administrative appartenant depuis 1997 à la République populaire de Chine, et où a grandi Long Wang, un jeune gai de 28 ans.  

En août 2014, la Chine annonçait que les candidats au poste de chef de l’exécutif à Hong Kong, en vue des élections de 2017, devraient être sélectionnés par le pays de Mao, entraînant dans son sillage la «révolution des parapluies». Il s’agissait-là d’une preuve de plus démontrant que la démocratie et les droits de l’homme ne faisaient pas partie des priorités du gouvernement chinois. Dans un tel contexte, à quoi ressemble la situation des gais à Hong Kong aujourd’hui ?
 
D’entrée de jeu, Long Wang s’insurge en précisant que la Chine ne décide pas tout sur son île d’origine. « Même si nous devons écouter le gouvernement central, il y a plusieurs domai-nes, incluant les droits humains, où le gouvernement régional de Hong Kong profite d’un niveau d’indépendance qui lui permet d’être en avance sur les pratiques en Chine, affirme-t-il. Nous avons notre propre monnaie, nos lois et notre gouvernement. En ce qui concerne les droits LGBT, le mariage gai et l’adoption par des parents gais ne sont pas légaux, mais la situation est différente de ce qui se passe en Chine. »
 
Selon l’avocat originaire de Hong Kong, Jason Y. Ng, la route menant à l’égalité est déprimante. « Bien des citoyens n’ont jamais entendu parler d’union civile. Le mariage entre personnes de même sexe est encore très loin de la conscience collective », écrivait-il dans un texte publié dans le Hong Kong Free Press, le 29 juin dernier. 
 
De son côté, Long Wang sent un fossé entre sa génération et celle de ses parents ou de ses grands-parents. «Chez les jeunes, l’homosexualité est de plus en plus acceptée, ou à tout le moins tolérée. Je ne crois plus que ce soit un problème aujourd’hui. Par contre, les plus vieux ont de la difficulté à comprendre l’homosexualité, comme si le concept venait d’une autre planète. Plusieurs de mes amis et moi-même avons vécu des sorties du placard très désagréables. Avec le temps, nos parents s’en sont remis, mais sans réellement accepter l’idée. Ils évitent d’en parler.» 
 
Historique trouble
Jusqu’en 1991, les relations homosexuelles étaient illégales à Hong Kong. Pendant longtemps, l’âge du consentement pour avoir une relation sexuelle était de 16 ans pour les hétéros et de 21 ans pour les gais. Jusqu’à ce que la cour corrige cette anomalie en 2006 et qu’elle adopte l’amendement officiellement… huit ans plus tard. En 2014, un riche homme d’affaires de Hong Kong a même fait les manchettes partout sur la planète en offrant plus de 130 millions de dollars pour marier sa fille lesbienne. 
 
Pourtant, l’homosexualité n’est pas invisible dans la société. « Il existe des bars gais où on peut aller en toute sécurité, en plus de la Fierté annuelle, où de plus en plus de familles amènent leurs enfants », souligne Long Wang. Depuis 2008 (à l’exception de 2010 pour des raisons financières), la Hong Kong Pride Parade s’est tenue à l’automne dans les rues de l’île.
 
Les participants des droits LGBT se battent entre autres pour modifier certaines lois sur la discrimination, qui préviennent les injustices en lien avec le genre, l’âge, la race, les handicaps et «tout autre statut», sans que l’orientation sexuelle ne soit clairement mentionnée. «La justice locale a déjà interprété “tout autre statut” en incluant l’orientation sexuelle, mais il y a un autre problème : cette loi contre la discrimination s’applique uniquement dans le cas d’actions gouvernementales (comme l’embauche et le renvoi dans la fonction publique), et non dans la sphère privée, explique l’avocat Jason Y. Ng. Il y a d’autres lois qui protègent les autres groupes minoritaires, mais il n’existe encore rien contre la discrimination sexuelle.»
 
Démocratie et Fierté gaie
En novembre 2014, en pleine «manifestation des parapluies» à propos des futures élections, des milliers de participants ont profité de la parade gaie pour marcher sous la pluie, afin de demander une loi pour empêcher la discrimination sur les bases de l’orientation sexuelle. Alors que certains trouvaient inapproprié d’associer les actions en faveur de la démocratie et le mouvement pour les droits LGBT, le secrétaire général de la Fédération des étudiants, Alex Chow Yong-Kang, a déclaré ceci à la foule : «Il importe peu que vous soyez gais, bisexuels ou transgenres. Nous avons tous la responsabilité morale de nous faire entendre et de nous tenir debout pour changer le monde.»
 
Peu à peu, des personnalités politiques et artistiques participent au défilé. Certaines vedettes s’affichent même ouvertement gais et lesbien-nes. «Dans le monde de la musique et du cinéma, il y a quelques personnalités homosexuelles connues, dit Long Wang. Il y a encore bien des gens qui se moquent d’eux, certains qui les adorent et d’autres qui sont totalement indifférents au fait qu’ils soient sortis du pla-card.»
 
Quand on le questionne sur son degré «d’affichage», le jeune homme répond tout en nuances. «Je n’ai jamais participé au défilé de la fierté gaie, dit-il. Je suis fier de qui je suis, mais être homosexuel ne définit pas ma personne. J’irais à l’événement si j’en avais envie, mais pas pour prouver quelque chose. Je ne suis pas non plus du genre à exprimer mon affection en public. C’est quelque chose de très rare à Hong Kong, même chez les couples hétérosexuels. On voit des gens se tenir par la main, mais pas les gais. S’ils le faisaient, ils attire-raient assurément l’attention de tous.»