Un nouveau trophée pour la Fondation Émergence

Une boule d'émotion

Étienne Dutil
Commentaires
boules roses

À la demande de la Fondation Émergence, l’artiste Danielle Roy a redéfini le trophée remis chaque année au récipiendaire du Prix Laurent McCutcheon pour la Lutte contre l’homophobie et la transphobie. Inspiré des boules roses qui tapissent le ciel du Village chaque été, l’objet créé se révèle une œuvre d’art dépositaire d’une signification symbolique forte.

À l’occasion du 15e anniversaire du prix Lutte contre l’homophobie et la transphobie, nommé depuis Prix Laurent McCutcheon en l’honneur de son fondateur, la Fondation Émergence souhaitait changer la forme d’urne qui caractérisait le trophée remis au récipiendaire. Directrice artistique de Terra Karnaval, (le défilé festif autour de l’expo Jean-Paul Gaultier au MBAM, c’est elle !), l’artiste Danielle Roy, la sœur de la présidente de la Fondation Émergence, Martine Roy, est une passionnée des Arts de la rue. « Je me suis dit que si je devais recevoir un prix, je serais flattée de recevoir une boule rose inspirée par l’installation de Claude Cormier, pour la Société de développement commercial du Village (SDC), et dont j’estime beaucoup l’œuvre », raconte-elle. « Martine et moi avons alors abordé cette idée avec Bernard Plante, de la SDC, et Claude Cormier qui s’est enthousiasmé pour ce projet. Claude et moi avons eu des échanges sur le design et la fabrication de l’objet. C’est là qu’est venue l’idée d’un élément avec du poids versus la légèreté des créations de Claude Cormier. »
 boule rose
« Même si cet objet est inspiré des Boules Roses, l’idée de cette œuvre d’art est de Danielle Roy et elle en a piloté toutes les étapes », insiste Claude Cormier. L’objet a été coulé en bronze dans les mêmes moules que les boules de plastique qui ornent le ciel de la Sainte-Catherine chaque été. « Ces boules roses existent en trois formats. Le modèle retenu est le modèle intermédiaire avec un diamètre de 4 pouces soit environ 12 cm », détaille Danielle. « Une boule en bronze dont on a peint la surface en rose », ajoute l’architecte de paysage. « Il a fallu essayer trois recettes pour parvenir à la bonne accroche et la bonne couleur », complète Danielle Roy. «On s’est attaché à la dimension sémantique de l’objet, reprend Claude Cormier, pour qu’il puisse représenter plusieurs choses et surtout beaucoup d’espoir. » Selon lui, Danielle est parvenue à faire un emprunt d’une création ludique et décorative pour signifier le sérieux d’un trophée honorifique et d’une démarche humaniste.
 
En parallèle avec la planète
« Je voyais un objet lourd, pesant de significations, qui pouvait tenir dans la main, avec toutefois un aplat très discret à sa base pour que la boule se tienne sur elle-même sans rouler, et selon un axe identique à celui de la terre. Ainsi posé, ce trophée fait l’effet d’une bombe rose… Encore une symbolique souriante pour la communauté LGBT qui révolutionne toujours la société… », sourit Danielle Roy.
 
Une attache chromée retient une chaine et des plaques d’identité de style militaire. « Une idée de Claude », précise Danielle. « Sur les plaques sont gravés le nom du prix, l’année, le nom de la Fondation Émergence et le nom du récipiendaire. Elles sont en acier inoxydable et peuvent être, grâce à la chainette, portées en collier comme de vraies plaques militaires. L’idée des plaques militaires rejoint ainsi la culture gaie », comme un clin d’œil, une manière d’honorer des soldats de la lutte contre l’homophobie et la transphobie.
 
Un habillage chargé de sens
« Pendant que Claude me parlait, je voyais l’emballage dans une matière de type suède. Cette texture proche d’un envers de cuir, rappelle ainsi la peau, tout en étant douce au toucher et caressante », décrit Danielle Roy. « Comme un jean, ce petit sac bleu poudre habille le trophée et en épouse la forme. Une fermeture à glissière s’ouvre pour dévoiler, comme une perle, une boule rose. Entre ces deux couleurs et matières, un écrin de toile arc-en-ciel satinée, cousue à la main par une amie, Danielle Fortin. »
 
« Les usages, les valeurs, et la symbolique du rose procèdent de domaines variés qui touchent à l’identité, au rapport aux autres, comme à sa propre existence », rappelle l’artiste. L’écrin, l’objet et ses accessoires forment un tout avec, entre le bleu du masculin et le rose du féminin, un arc-en-ciel d’identités possibles. Ainsi, un objet banal, léger voire fragi-le, devient significatif pour toute la communauté LGBTA sous la forme symbolique imposante d’une œuvre d’art emblématique. « Une première édition de cinq exemplaires ont été fondus pour les années 2015-2019. Pour moi, conclut Danielle Roy, ce trophée pour honorer la lutte contre l’homophobie et la transphobie, c’est avant tout une émotion plus qu’un objet… »
 
Cette création a inspiré à son auteure une série d’œuvres picturales dont l’une illustre la page arrière de ce magazine.