Sans faux-semblant

Joss Stone, en toute authenticité

Julie Vaillancourt
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joss stone

Après plus de 14 millions d’albums vendus, un Grammy, des collaborations avec les Melissa Etheridge, Blondie, Ringo Starr, Jeff Beck et Mick Jagger de ce monde, Joss Stone a gardé cette authenticité dans l’âme qui caractérisait ses débuts, à l’âge de 16 ans, avec The Soul Sessions (2003). De passage dans la métropole, à l’occasion du Festival international de Jazz de Montréal, j’ai eu l’occasion de rencontrer la chanteuse britannique de 28 ans, qui s’apprête à lancer son 7e album Water for your soul. En toute authenticité, elle s’est confiée à propos de sa carrière, l’industrie musicale, ses implications dans la communauté LGBT, et j’oubliais… ce baiser lesbien au cinéma!

«Water for your soul» : retour à la source
Avant même de débuter la prise de photos et l’entrevue, celle qui a la particularité de toujours chanter pieds nus sur scène, se déchausse. On a souvent décrit Joss Stone comme la fille spirituelle d’Aretha Franklin et de Janis Joplin, palpable dans sa voix puissante, comme son allure peace & love, sans faux-semblants. À l’image de l’artiste, il y a de multiples influences sur son nouvel opus, allant du soul, au reggae, son prédominant de Water for your soul, explique Joss: «J’ai toujours aimé écouter du reggae, cela fait partie de mes racines. Il y a plusieurs années, j’ai commencé à écrire des chansons avec Jonathan Shorten, dont certaines sont sur cet album. À 15 ans, j’ai écrit avec lui Less is more [sur l’album Mind, Body and Soul], avec quelques influences reggae, alors je voulais explorer davantage la veine reggae. Ce n’est pas du reggae pur, mais chaque chanson en contient des éléments, afin de lier le contenu ensemble». 
 
Si Joss Stone s’entoure de compo-siteurs pour la musique, elle est l’auteure des paroles, «de l’importance de chanter ses pensées et histoires», et croit au pouvoir de la musique pour changer les mentali-tés. La chanson Star, est un hymne à l’importance d’être soi- même, alors que Wake Up, revendique la bonté : «La musique, c’est la nourriture de la vie. Entendue par les masses, elle influence, forme les opinions. Spécialement lorsque nous sommes plus jeunes», précise Joss qui se rappelle avoir beaucoup réfléchi aux paroles de Lauren Hill: «Ça ouvre les esprits», ajoute-t-elle. 
 
«The right to be wrong»: le droit d’être libre
Dès son 2e album, Mind, Body & Soul, Joss Stone revendiquait «the right to be wrong», dans la chanson du même nom, et sur l’album Color me Free, elle chantait «don’t tell me that I won’t, I can». Sans suivra la création de sa propre maison de disques Stone’d Records, et la parution de son 5e album, LP1, sous cette étiquette. «Tu sais, je crois que je ne pourrais jamais plus signer avec une autre maison de disque. C’était horrible! Je n’aime pas qu’on me dise qui je dois être. C’est comme se faire dire que toi, ton âme n’est pas correcte. C’est tellement pas cool, pratiquement abusif de dire ça à un artiste! C’est comme dire "tout ce que tu es et aime, tout ce qui est toi, n’est pas assez bon, alors change". C’était un environnement destructeur pour une personne émotive comme moi. Certains artistes n’ont aucun problème avec ça, c’est correct, on a tous des goûts différents. Je comprends et respecte les gens de l’industrie du disque, car leur but est de faire de l’argent, c’est leur passion. Mais ce n’est pas la mienne, je ne peux y prendre part, car ça me dérange! J’ai choisi d’être heureuse.» 
 
Joss Stone est ainsi «libre et bien dans sa peau», avec son propre label; chante ses chansons, s’habille et change sa couleur de cheveux, comme elle le désire. D’ailleurs, Joss se rappelle l’hommage à Janis Joplin, présenté aux Grammy en 2005, où elle a performé avec Melissa Etheridge et les conseils que l’artiste lui donna: «Je l’adore. Une des femmes les plus inspirantes que j’ai rencontrées, elle a changé ma perspective sur les choses. Je me préparais à présenter l’album Introducing Joss Stone, et j’avais des conflits avec ma maison de disques. Elle m’a dit "go where it’s warm". En une phrase, elle a résumé l’essentiel : si tu sens que c’est bien, fais-le, sinon ne le fais pas! Voilà maintenant, comment je vis ma vie!»
 
Le droit d’aimer 
Cette liberté d’esprit, mènera Joss Stone à performer lors de plusieurs Fiertés gaies à travers le monde, ainsi que pour le GLAAD Media Award en 2008, puisque les problématiques LGBT sont importantes aux yeux de l’artiste, au même titre que les «problématiques affectant les gens, en général. Je ne considère pas les personnes gaies et lesbiennes comme étant moins importantes, car à la fin de la journée, nous sommes tous des êtres humains et méritons tous d’aimer. Dire à des gens qu’ils n’ont pas le droit d’aimer, c’est malade, pour moi! Comment des gens peuvent-ils ressentir de la négativité envers des personnes qui désirent simplement aimer? Dans cette vie, nous sommes tous des gens qui aiment, peu importe qui nous aimons. Lorsque l’amour est positif, où est le problème? » s’interroge Joss, qui se dit très contente à l’idée de voir que tout cela se dissipe en faveur de droits et mentalités plus ouvertes à l’égard des gais et des lesbiennes. «It’s becoming warmer», comme disait Melissa Etheridge, enchaîne Joss : «Plusieurs gens qui autrefois étaient très homophobes, sont maintenant plutôt embarrassés de l’être, alors je crois que c’est positif». 
 
Après plus d’une décennie dans l’industrie de la musique, de par son expérience, Joss Stone (qui est hétérosexuelle) ne croit pas que l’industrie de la musique soit homophobe, mais plutôt gay friendly: «avec ce flair flamboyant qui vient avec l’art», conclut-elle. «Et le drapeau arc-en-ciel est là pour une raison, soyons honnêtes! Les gens créatifs de ce monde, sont attirés par cet esprit de l’amour libre, pour ne faire qu’un. J’ai constaté plus d’homophobie, de l’endroit d’où je viens, parmi les fermiers à la campagne…» D’ailleurs, pour rester dans la thématique, Joss Stone a campé son premier rôle au cinéma, en 2008, dans la comédie romantique britannique Snappers, se rappelle-t-elle: «Oh ce film! Oui, je jouais le rôle d’une lesbienne!» Notez, mesdames, que malheureusement, le film a très peu de chances d’être vu «car le gars qui réalisait était un peu épineux», explique-elle, «alors je doute beaucoup que ce soit distribué un jour…C’est dommage, car c’était très drôle!» Dommage, dites-vous?! À mon humble avis, le french kiss donné par Joss Stone à sa co-vedette dans Snappers, aurait pu passer à l’histoire…Peut-être autant que Marlène Dietrich dans Morocco…
 
Le 7e album de Joss Stone, Water for your Soul, 
en magasin dès le 31 juillet.