Au-delà du cliché — Questions d’identité

Tout ce qu’on ne dit pas assez aux parents d’homosexuels

Samuel Larochelle
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Samuel Larochelle

Depuis des années, plusieurs parents émeuvent les réseaux sociaux en partageant des marques d’ouverture à l’égard de leur progéniture homosexuelle. Cet amour inconditionnel exprimé sur les tribunes du monde entier me remplit de joie, mais j’ai quand même l’impression que plusieurs choses ne tournent pas rond quand il est question de parentalité d’enfants gais. Trop souvent, on ne leur donne pas le droit à l’erreur, on ne leur laisse pas le temps d’apprivoiser une réalité peu familière et on manque d’empathie face aux épreuves qu’ils traversent eux aussi.

Avez-vous déjà pensé qu’en sortant du placard, la majorité des gais ont réfléchi à leur différence depuis des années? Personnellement, la puberté m’a fait comprendre dans quelle direction pointaient mes préférences à la fin de mon primaire. Des signes que j’ai d’abord ignorés, avant de les comprendre, de les apprivoiser et de les accepter. Entre le premier son de cloche et le dévoilement, six ans ont passé. Plus de 2000 journées durant lesquelles j’ai pu m’informer, intégrer une réalité dissonante et apprendre à vivre avec. 
 
Vu sous cet angle, est-ce qu’on peut donner un break aux parents qui ne réagissent pas à la perfection, lorsque fillette ou fiston les surprend en leur apprenant qu’ils sont gais? 
 
Bien sûr, les parents idéaux sont cons-cients que leur enfant pourrait se révéler homosexuel. Ils mettent en place un environnement d’ouverture et de tolérance, qui permettra à leurs héritiers de parler de leurs différences en sécurité. Ils réagissent avec calme lors d’un coming out, ils ne font pas de commentaires douteux et ils ont hâte de rencontrer le premier amou-reux. Malheureusement, les humains ne sont pas toujours des parents idéaux…
 
Qu’on me comprenne bien : je ne cautionne pas ceux qui rejettent leur enfant ou qui les obligent à rencontrer des psychologues pour les « guérir ». Ceux-là méritent d’être enfermés dans une grotte de Sibérie, où personne ne côtoiera leurs bêtises. Je m’attarde plutôt sur les parents débordants d’amour et de maladresses. Ceux qui vivent dans une société où les blagues sur les homosexuels sont monnaie courante, dans une région où les couples gais affichés sont inexistants et une époque où l’avenir amoureux est automatiquement hétérosexuel. 
 
Aux enfants de ces parents, je dis « soyez patients ». Donnez-leur le temps de digérer votre sortie du placard parfois inattendue. N’acceptez pas l’humour chargé d’homophobie (souvent inconsciente), mais informez vos proches que ces paroles supposément anodines vous blessent. Essayez de parler de votre homosexualité avec naturel et légèreté, pour éviter qu’une lourdeur inutile imprègne cet aspect de votre vie. 
 
Si votre mère et votre père n’ont presque jamais vu de gais dans la réalité, allez-y une étape à la fois. Faites-leur comprendre que votre mode de vie n’est pas aussi dépravé que les stéréotypes l’affirment. 
Présentez-leur votre amoureux(se) et laissez le possible malaise se dissiper avec le temps : c’est frustrant, rushant et injuste, mais on ne peut pas toujours attendre 
l’aisance spontanée. Si vous avez des ambitions familiales qui semblent farfelues aux yeux de vos parents, dites-vous qu’après des années à vous voir épanoui dans un couple, ils ne pourront faire autrement que d’imaginer votre duo capable d’accueillir un poupon.  
 
Toutes ces étapes sont souvent nécessaires parce que vos parents ont imaginé un futur trop défini pour vous. Les paradigmes de la société ont contaminé leur esprit avec tellement d’efficacité qu’ils se rassurent en vous visualisant dans un boulot stable, une jolie maison et une relation hétérosexuelle durable. Même si la profession ne vous ressemble pas, même si vous préféreriez dormir dans un parc plutôt que de passer les 15 prochaines années dans un bungalow et même si vous êtes gai. Ils ne réalisent pas que leurs vœux de bonheur sont déconnectés d’un élément primordial:  vous. 
 
Parfois, la vie VOUS oblige à poursuivre l’éducation de vos parents et à les guider dans le désapprentissage de leurs conceptions du monde. Même si, en tant que gai, vous êtes directement concernés par les préjugés, les regards/commentaires désobligeants et tant d’autres désagréments, sachez que vos parents traversent peut-être une période difficile, eux aussi. 
 
Certains sentent leur instinct de protection constamment en alerte, parce qu’ils s’inquiètent des difficultés dont vous êtes peut-être victimes. D’autres sont eux-mêmes confrontés au jugement et aux insultes, en raison de votre marginalité. 
 
Et quelques-uns doivent faire le deuil de l’image clichée qu’ils projetaient sur vous. Dans tous les cas, n’oubliez pas que derrière leurs maladresses et leur ouverture en formation, se cache généralement une dose incommensurable d’amour.