Entrevue avec Sebastien Voortjes

C’est comment être gai... aux Pays-Bas?

Samuel Larochelle
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sebastien

Fugues continue d’accorder la parole aux gais du monde entier afin qu’ils témoignent de leur vécu et de leur culture. Après des détours à Hong Kong et au Mexique, arrêtons-nous aux Pays-Bas, le premier pays à avoir légalisé le mariage et l’adoption pour les personnes de même sexe, où demeure Sebastien Voortjes depuis 30 ans.  

Le 1er avril 2001, à 00h01, lorsque le mariage gai est devenu légal, le maire d’Amsterdam s’est empressé de marier plusieurs couples de même sexe, en présence des caméras du monde entier, faisant de la capitale des Pays-Bas la ville « la plus tolérante du monde ». Reconnue comme une cité libérale et libertine, où la marijuana se fume dans certains coffee shops et où les prostituées offrent leurs services dans les vitrines du Red Light District, Amsterdam est devenu le porte étendard de l’ouverture d’esprit. Mais la population néerlandaise est-elle aussi tolérante qu’on le croit? «Absolument! répond Sebastien Voortjes, un menuisier gai ayant passé sa vie aux Pays-Bas. Certaines régions rurales comme Zeeland, Overijssel et Drenthe sont plutôt conservatrices, mais la majorité des gens vivent à l’ouest du pays, dans les grandes villes comme Amsterdam, Rotterdam, Utrecht et La Haye, où près de 75 % de la population est ouverte. »
 
Féru d’histoire, le trentenaire rappelle que les bars Empire et Mandje, ouverts res-pectivement en 1911 et 1927, étaient les premiers établissements où l’on pouvait s’afficher en tant que gai. Il ajoute que le Shakespeare Club, créé en 1946, était engagé dans l’éducation à propos de l’homosexualité et que l’organisation Homofielenpartij (Parti gai), fondée en 1969 par Harry André Thomas, défendait les différents types de relations. 
 
Téléréalités LGBT
Quelques décennies plus tard, le pays abritant la boîte de production Endemol, conceptrice des mégasuccès planétaires Big Brother, Star Academy et Fear Factor, a vu passer plus d’une émission réalité consacrée à la communauté LGBT. «On a eu des concepts sur la sortie du placard, sur la vie d’une transgenre et un autre sur le fait d’être chrétien et gai. Toutes ces émissions étaient diffusées à la télévision publique. Plusieurs célébrités gaies et lesbiennes sont visibles à la télé. Ce n’est pas un problème.» 
 
Normal pour un pays où l’homosexualité a été dépénalisée en 1811. Une nation ayant approuvé en 2008 une motion visant à inclure l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans la Déclaration universelle des droits de l’homme à l’Assemblée générale des Nations unies. Un état où la droite politique homophobe n’existe plus. Un territoire où la police s’enquiert de l’origine des violences verbales ou physiques, puisque les violences motivées par l’homophobie donnent lieu à des condamnations deux fois plus sévères. «Les Pays-Bas s’assurent de demeurer un territoire où tout le monde peut vivre librement», souligne Sebastian. 
 
Sebastien VoortjesParfaitement tolérante?
Les Néerlandais peuvent donner des leçons d’ouverture à plusieurs citoyens du monde. Y compris les plus âgés de leurs concitoyens. «Quand mes grands-parents ont appris que ma relation était terminée avec mon premier copain, ils étaient désolés pour moi, se souvient le jeune homme. Ils n’ont jamais fait de commentaires négatifs. Toute ma famille vit bien avec mon homosexualité. Probablement parce que j’ai une allure plutôt straight et non typiquement gaie.»
 
En réalité, les seuls remous causés par ses préférences pour la gent masculine se sont produits après sa sortie du placard, à 19 ans. «Mes parents ont eu besoin de temps pour digérer la nouvelle. Pas tant par intolérance, mais par surprise, puisque j’étais en couple avec une fille quelques mois avant que je leur annonce que j’avais un garçon dans ma vie. Avec le temps, ils se sont ajustés.»
 
Bien qu’il n’ait jamais été victime d’homophobie durant ses études, Sebastien Voortjes affirme que tout n’est pas rose dans les écoles de son pays. «Je pense que l’intimidation existe encore à cet âge, tant pour les gais que les hétéros. Mais les jeunes générations sont élevées dans un climat de grande acceptation et côtoient des adultes qui s’affichent en tant qu’homosexuels. Depuis les années 60 et 70, leurs parents sont habitués de voir plusieurs personnalités gaies à la télévision. Le pays en entier n’a cessé de tendre vers le progressisme depuis la fin de la Deuxième Guerre mon-diale. Les gens sont pour la plupart à l’aise avec la communauté LGBT. »
 
Bars et quartiers gais
Reconnue plus ou moins officiellement comme une des capitales gaies du monde, Amsterdam possède un petit quartier gai, Wallen-Zeedijk, ainsi qu’une rue, Reguliersdwarsstraat, où l’on retrouve plusieurs bars gais. Ailleurs au pays, d’autres municipalités invitent la communauté LGBT à faire la fête. «Comme Rotterdam, la deuxième ville en importance, et Utrecht, la quatrième, comptent plusieurs étudiants, on y retrouve plusieurs clubs, dont une bonne quantité d’établissements très accueillants pour les gais. Plusieurs bars “hétéros” organisent même des soirées gaies. Dans une plus petite ville comme Amersfoort, à 40 km au sud-est d’Amsterdam, où je demeure, il y a aussi un bar gai. Il n’y a pas de quartier gai dans chaque grosse ville, mais je ne crois pas que ce soit nécessaire. »
 
Incontournable « Pride »
Néanmoins, chaque ville de plus de 100 000 personnes a sa propre pride. La plus grande étant sans contredit celle d’Amsterdam. « Depuis 1996, chaque premier week-end du mois d’août, il y a la Canal Pride : il s’agit d’une parade durant laquelle des dizaines de bateaux décorés naviguent sur les canaux au cœur de la ville. C’est un des événements les plus courus au pays. Plus de 350 000 visiteurs y ont assisté l’an dernier. C’est une grande fête colorée avec beaucoup de musique. Après la parade, les places publiques sont occupées par des DJ qui font danser les foules. La Pride paraly-se complètement le centre d’Amsterdam et c’est absolument génial! Il faut vivre l’expérience au moins une fois dans sa vie ».
 
L’édition 2016 s’annonce encore plus mémorable puisque la ville d’Amsterdam accueillera au même moment l’Europride, pour la première fois depuis 1994.