Agora de la danse

La fluidité du genre - Situations de George Stamos

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
L'agora de la danse et Danse-Cité La fluidité du genre
Photo prise par © Nans Bortuzzo

Le chorégraphe George Stamos confronte, avec Situations, l’arbitraire du genre tel que défini dans nos sociétés, pour que chacun au gré des ses humeurs puisse glisser de la masculinité à la féminité et réciproquement. 

Mêlant les disciplines, George Stamos croit que ces rencontres se rapprochent plus de la vie quotidienne et plus en phase avec le monde dans lequel nous vivons. Le sexe et l’humour sont aussi à l’honneur. Se distraire intelligemment en réfléchissant sur notre propre perception de nous-mêmes.

Nans BortuzzoQu'est-ce qui vous étonne ou vous questionne dans l'homme «métrosexuel» ou «lumbersexuel» pour vouloir explorer en mouvement cette thématique ?
 
La référence au phénomène « métrosexuel » et « lumbersexuel » dans cette création est une illustration de l’absurdité de la façon dont nous enfermons la question du genre par la construction de stéréotypes. À travers mon travail, je déconstruis les stéréotypes jusqu’à l‘absurdité pour les dissoudre et montrer comment ils sont le plus souvent inadéquats dans notre société actuelle. Il y a aussi dans ma pièce quelque chose d’amusant à propos de ces nouvelles idées sur la masculinité qui m’ont inspiré pour inventer des propositions hybrides d’images de la masculinité.
 
Déconstruire les genres en théorie ou dans la création artistique, c'est aussi susciter le doute, et donc une inquiétude face à la perte de repères ? 
Ce n’est pas rassurant pour le spectateur?
 
Je pense que déconstruire le genre peut aider à trouver sa vérité personnelle. Je sens que les gens n’adhèrent pas complètement à ces règles qu’aujourd’hui la science réfute. J’essaie de mesurer ces règles inatteignables de ce que c’est d’être un homme ou une femme « normal(e) »  qui provoquent des sentiments de stress et d’inadéquation pour beaucoup de personnes, tout spécialement dans la communauté LGBT. Alors, je suis tout à fait à l’aise à casser ces règles de ce qui est normal pour tenter d’atteindre ce qui est vraiment normal, c’est-à-dire la diversité. Je veux créer un espace dans lequel n’importe qui dans le public se sente libre dans le genre et la sexualité qu’il souhaite en  se situant à l'intérieur ou en dehors de ces règles. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi non seulement des hommes très sexy dans des costumes révélateurs, mais aussi des artistes fémini-nes invitées qui pourraient être considérées comme étant «masculines»  ou qui ont quelque chose à dire à propos du genre.
 
Pourquoi avoir pris la décision de mélanger la danse et la 
performance, de jouer sur le mélange des genres ?
 
Les éléments de la performance comme la voix, les costumes et le décor m’aident à créer un univers esthétique qui porte le mouvement et aide à construire le thème de la pièce. En mélangeant des éléments d’une performance d’une chorégraphie, cela me permet d’apporter un contexte et un commentaire social. Le mélange des disciplines me permet, également, de créer des ambiances où le corps peut avoir du pouvoir ou devenir vulnérable comme c’est le cas dans des situations de la vie de tous les jours. J’aime dans le mouvement que tout le corps soit engagé, qu’il soit en vie et ouvre l’espace. Avec Situations, je vais plus loin dans la complexité de la chorégraphie qui est plus explicite et vibrante et parfois plus sexuelle. Les danseurs ont été très généreux avec moi dans cette création et je les en remercie. Il y a aussi des scènes hilarantes dans cette pièce sur l’égo du mâle. 
 
Situations de George Stamos, les 30 septembre, 1er et 2 octobre, 20 h.
Parole de chorégraphe : 1er octobre