Aimez-moi comme je suis

Dans la peau de Vin Los

Patrick Brunette
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Avant et après
Photo prise par © Avant et après
rente photo de vincent
Vincent
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Prenez quelques secondes et googlez « Vin Los ». Regardez les images associées à ce nom. Sexy le gars, non? C’est exactement ce que je me disais en allant à sa rencontre, dans un resto du quartier Angus. En moins de deux heures de discussion, l’image que j’avais de lui a complètement changé. Exit le sexy macho gai tatoué! J’avais devant moi, une femme dans un corps d’homme. Une femme en devenir. Une femme qui a finalement décidé d’aller jusqu’où bout et de s’affirmer telle quelle.

Comme pour chaque entrevue que je fais, j’enregistre la conversation. Ça m’évite de prendre des notes continuellement et je me sens davantage en relation avec mon invité. Plus près, plus présent. Ensuite, chez moi, je réécoute notre entretien. Et je me rappelais de LA phrase qui m’avait marqué. Cette phrase qui résume si bien ma rencontre avec Vincent Langlois a été prononcée à exactement 1h10 sur mon vincentenregistreur. La voix est douce, vaguement féminine. « J’ai l’impression qu’il y a juste dans mes yeux qu’on peut voir mon âme. » Bang! Il a visé juste. Tout est là! Après soixante-dix minutes à discuter avec lui, je ne voyais même plus ses tatous. Je sais, c’est dur à croire. Mais c’est pourtant bien réel. Ce qui a attiré mon attention, c’est son regard. Il y a quelque chose de naïf, d’attachant dans les yeux de ce jeune de 25 ans. Un regard honnête. Le regard lucide d’un jeune homme qui a décidé de faire face à la musique et de s’accepter. « Je ne suis pas un gars féminin. Je suis une femme. » N’en déplaise à ses followers sur les réseaux sociaux, Vincent a décidé, cette fois-ci, d’aller au bout de sa démarche. (Petite précision : j’utilise le masculin pour parler de Vincent dans cet article, c’est ce qu’il souhaite pour le moment.)
 
Fame 
Faut l’avouer, il a une tête qui se démarque, qui ne laisse personne indifférent.  À l’ère des réseaux sociaux où l’image règne, Vincent a su attirer l’attention sur lui avec des mots tatoués sur son visage comme fame, sex, hot, iconic face et most talked about. Oh que oui : il veut faire parler de lui! Son ambition : être aussi connu que Marylin Monroe et Elvis Presley. C’est dans son plan de carrière. « J’ai des rêves de grandeur. Moi, plus tard, j’aurai une carrière internationale, j’aurai des boutiques partout dans le monde.» Il énumère les entreprises qui l’inspirent, de Prada à Starbucks en passant Zara et McDonald’s. « Moi, je vise tout ce qui est au sommet. Je vise le top! ». Pour le moment, il travaille comme commis dans une épicerie sur le Plateau Mont-Royal. « Avec mes tatous dans la face, c’est peut-être une des dernières jobs où ils vont m’accepter. »
 
Il y a, dans sa détermination à vouloir atteindre le sommet, ce syndrome de la vedette instantanée si caractéristique au monde de la télé-réalité. Vincent est le pur produit de son époque. Il l’a prouvé l’an dernier en faisant parler de lui à travers le globe. Un buzz planétaire dont il est très fier. Tout a commencé en juin 2014, par une photo de lui prise aux côtés de la statue de cire de Zombie Boy, le Québécois tatoué vu dans le vidéoclip Born this way de Lady Gaga. La photo parue dans le Journal de Montréal a rapidement attiré l’attention à l’extérieur de nos frontières. « Après, Vice m’a interviewé. Mes photos ont fait le tour de la planète. Même Sharon Osbourne a parlé de moi à la télé. Ensuite, Jeffree Star m’a contacté pour que j’aille à Los Angeles faire un shooting pour lui. » Pendant un mois, il a créé le buzz. Encore aujourd’hui, il demeure convaincu que ce n’est pas la dernière fois. «Toute ma vie va être médiatisée. Je suis capable de refaire parler de moi une fois que je serai une fille.»
 
vincentProvocateur
« Je veux être un nouveau genre de gars ou un nouveau genre de fille.» Je l’écoute me parler de sa récente perte de poids, de ses muscles qui fondent, de cette veine qu’il veut faire disparaitre, du poids normal de fille qu’il aimerait atteindre. La serveuse du restaurant nous interrompt pour prendre la commande. En plus des cafés, elle nous offre le dessert. Il refuse gentiment. « Je fais une diète liquide. Je veux perdre encore dix livres. »
 
Il en ajoute en me parlant de son cache-cernes, de ses cils teints. Moi, au-delà de l’apparence, je lui pose des questions sur son enfance. Je ressens le besoin de savoir d’où il vient pour mieux cerner le personnage. Spontanément, il s’emballe au moment de me raconter ces moments magiques quand il était enfant, à Granby,  et que sa tante « qui était full poupoune » lui faisait des faux ongles à l’Halloween.
 
« J’ai vécu une enfance normale à fond. J’étais bon à l’école. À 15 ans, j’ai fait mon coming out et j’ai dit à mes parents que j’étais gai. Au secondaire, je m’affichais comme gai. J’étais full intense et même provocateur. Je me rappelle d’un gars que je trouvais de mon goût. Un jour, je suis arrivé à l’école avec, sur mon chandail, un cœur dessiné et son nom! (rires). »
 
VincentIl s’inscrit ensuite dans un programme de marketing au cégep de Jonquière. C’est là, pour la toute première fois, qu’il tente une transition. « Je m’habillais en fille. J’avais les yeux maquillés.» Il a 17 ans et il prend des hormones pour faire émerger l’être qu’il est. Mais ça ne dure pas. Il abandonne les cours. Comme c’est difficile de se trouver du boulot avec son look androgyne, il cesse la prise d’hormones. Il retourne chez ses parents à Granby, la chicane éclate. Je ressens un malaise, il se fait hésitant devant moi. Vincent ne veut pas trop parler de la relation qu’il n’a plus avec ses parents. Je comprends que les ponts sont coupés avec son père depuis les premiers tatous. Il contacte de façon occasionnelle sa mère qui a hâte qu’il se branche. « Un jour, elle a trouvé du maquillage chez moi. Elle n’était pas contente. Je lui ai dit : « t’es pas capable de m’aimer comme je suis? ». Je scanne rapidement les tatous sur son visage. Il en manque un : « Aimez-moi comme je suis ».
 
My man is STR8
« Mon tatou préféré, c’est celui-ci : My man is STR8. » C’est autour de 17 ans qu’il s’est fait tatouer ça sur le bras. Il savait que son amoureux, l’homme de sa vie, ne sera pas un homme gai. « Je suis une femme hétéro attirée par les gars. » Aujourd’hui, il est capable d’en parler franchement. Mais ça a été un processus. À Jonquière, lors de ses études collégiales, il avait consulté un psychologue : « Je lui ai tout raconté. Il trouvait que tout avait du sens. Il comprenait que j’étais différent. »Il y a deux ans, Vincent a entrepris pour une seconde fois une transition. Avant de le rencontrer, j’avais vu cette photo de lui sur sa page Facebook, alors âgé de 23 ans. Si ce n’était que des tatous, je ne l’aurais pas reconnu. Sinon, par son regard.
 
Encore une fois, Vincent ne se rend pas jusqu’au bout du processus. 
«Je passe d’un extrême à l’autre : j’ai pris des hormones pour ensuite m’entrainer pour avoir un corps musclé. » C’est d’ailleurs ce corps qui en a fait baver plus d’un sur Instagram et Facebook.  Vincent est fier lorsqu’il me parle des 18 000 personnes qui le suivent sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, chaque nouvelle photo qu’il ajoutait créait une vague de commentaires positifs. On ne compte plus les gars de partout à travers le monde qui rêvaient de l’avoir dans leur lit. Son rêve de popularité se vivait directement de son appartement montréalais. Pourquoi des fans? Pour faire parler de lui et aussi pour tenter une percée dans l’entreprenariat, son rêve. Il a créé un porte-monnaie, mais il a réalisé rapidement que la mise en marché est un travail ardu. Il peint aussi des toiles depuis un an, qui, selon lui, se vendent plutôt bien.D’ailleurs, ce sont ces peintures qui tapissent dorénavant ses pages Facebook et Instagram. Exit les images sensuelles du Vincent musclé. 
facebook de vincent 
Le 24 août dernier, il crée un certain remous parmi ses adhérents en annonçant qu’il décidait de changer son apparence pour ressembler à ce qu’il est vraiment : « Je me sens davantage androgyne que femme. Disons 90% femme et 10% garçon. lol »
 
Il fallait une bonne dose de courage pour faire ce qu’il a fait. « Sur Instagram, j’ai perdu 500 followers. Les gars ne me cruisent plus. De toute façon, je ne veux pas qu’on me follow pour ce je ne suis pas. Je veux me rapprocher de ce que je suis. C’est juste mon physique qui va changer. Moi, je reste la même personne à l’intérieur. »
 
Mais à l’extérieur, le changement est amorcé. Vincent se laisse pousser les cheveux, perd de sa masse musculaire. Il est suivi depuis peu par une sexologue et va recommencer ce mois-ci la prise d’hormones. Il me parle d’une bonne amie à lui qui a fait une transition complète, d’homme à femme. « On se le cachera pas, plus que les hormones, c’est la chirurgie qui va faire en sorte que mes traits seront plus féminins. » 
 
Et pas question pour lui de faire effacer ses tatous, sa marque de commerce, ce qui le distingue des autres. Sauf peut-être les faux poils qu’il s’était fait tatouer sur la poitrine. « Dans 2 à 3 ans, tu vas me revoir et tu vas voir une fille devant toi », ajoute-t-il, tout souriant.
 
Vincent regarde l’avenir avec enthousiasme. Il va pouvoir enfin être ce qu’il a toujours été, celui qu’il appelle Vin Los. « Non, c’est pas Los comme dans Lost, perdu! Tout le monde me dit ça! C’est comme dans Los Angeles! » Parce que Vin continue d’avoir des idées de grandeur! «D’ici 20 ans, je me vois faire de la déco intérieure, faire mes propres designs d’accessoires, comme Prada. Moi, c’est Los Home. J’ai mille idées en tête! Je sais ce que les filles veulent et aiment. J’ai aussi des concepts de cafés, d’hôtels… »
 
On ne pourra pas l’accuser de ne pas avoir d’ambition! Une chose est sûre, il entend bien faire parler de lui encore et encore, même si pour le moment, il avoue mettre de l’avant davantage ses peintures que sa personne. « Moi, vouloir passer inaperçu dans le futur? Oh non! (Rires) Je me vois comme Kim Kardashian, poursuivie par les photographes! »
 
 Vin Los sur Instagram et Facebook