Touche-à-tout

Le visage de la multidisciplinarité

Samuel Larochelle
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Guillaume Lambert

Rares sont les Québécois qui n’ont pas été en contact avec le travail de Guillaume Lambert. Danseur dans Cycle de la boucherie du chorégraphe Dave St-Pierre en 2011. Scénariste sur l’émission Les Parent. Auteur de la websérie Tout le monde frenche diffusée sur Lib TV. Au cinéma, il a tourné pour Bruce LaBruce et Chloé Robichaud. Créateur et acteur principal de Toutes des connes, maintenant disponible sur Tou.tv, après avoir été en compétition officielle à Sundance et Telluride, et avoir remporté le Jutra du meilleur court métrage en 2015. Il joue présentement dans la télésérie Nouvelle Adresse, il fait partie de la distribution du prochain projet du créateur du Cœur a ses raisons et il vient de lancer son premier roman!

lapin sang
 
Ces jours-ci, le cœur de Guillaume Lambert palpite plus fort qu’à l’habitude, puisqu’il tourne les épisodes de Like moi, la nouvelle création de Marc Brunet qui sera diffusée à Télé-Québec cet hiver, avec Katherine Levac, Marie-Soleil Dion et Adib Alkhalidey. « C’est une émission à sketchs sur la mi-vingtaine et la jeune trentaine. On adopte parfois le ton de l’infopub, du blogue ou du sketch classique. J’ai l’impression de faire un sketch du Bye Bye chaque semaine. C’est un rêve de travailler avec Marc, qui est mon idole depuis La Fin du monde! »
 
tous des connesHabitué à la scène, au web et au travail en coulisses, il goûte depuis quelques mois au succès grand public de Nouvelle Adresse. Il y joue Patrice Lacroix, le propriétaire d’une galerie employant Olivier (Patrick Hivon). «C’est un premier rôle récurent à la télé pour moi et j’ai la chance de travailler sur un plateau exceptionnel où j’apprends énormément dans mon rôle d’interprète. C’est une série qui touche beaucoup de gens et je trouve ça l’fun qu’elle prenne le point de vue de la famille homoparentale, maintenant qu’Olivier a la garde des enfants de Nathalie.»
 
Développant actuellement la série jeunesse Têtes d’affiche, dont le pilote est accessible sur le site web de VRAK, le créateur fait aussi ses premiers pas comme écrivain cet automne, avec la publication de Satyriasis (mes années romantiques). Un court roman où le narrateur relate ses amours passées, ses premières expériences sexuelles et émotives, ainsi que la découverte de son homosexualité. «Je voulais que l’homosexualité du personnage soit un contexte plus qu’un point de vue. J’avais envie de pousser la réflexion sur l’illusion amoureuse, jouer avec le vrai et le faux, m’amuser avec les codes du journal intime et apostropher le lecteur, qui est voyeur de cette sexualité. »
 
Une œuvre qu’il ose présenter comme une réponse à certaines grandes plumes. « Je voulais répondre à Marguerite Duras et me positionner après Nelly Arcan, en mettant une brique dans ce mur. » Pour ce faire, il met en scène un homme gai, en s’amusant avec le flou entourant la réalité et la fiction. « Comme acteur et auteur, j’ai besoin de la fiction pour prendre un point de vue sur une problématique de société. Mais les émotions vécues pendant la peine d’amour sont réelles. J’ai déformé les faits pour que ça devienne romanesque. Duras a beaucoup parlé de l’obsession du souvenir. C’est un processus littéraire qui m’inspire : nommer les choses, les renommer, voir jusqu’où on peut en parler et vérifier si ça dépasse la mince ligne de la perversité. » 
 
satyriasisUne réalité enveloppée de faux, tel un lent exorcisme porté par l’écriture. « Je suis parti d’un jet brut très intime qui est devenu une fiction. Je ne sais pas si c’est thérapeutique pour moi, mais je l’assume. C’est très particulier, mon rapport à l’image publique. Je suis habitué de faire de la comédie, mais le roman est la chose la plus personnelle que j’ai faite. »
 
Personnelle et sans la moindre censure. Les lecteurs auront accès à tout du faux/vrai narrateur : son passé, ses déchirures, ses putasseries, le goût du sperme qu’il a avalé, les manœuvres manuelles qu’il a peaufinées, les histoires de cœur qui l’ont renversé. « Je n’avais pas le choix. J’étais très inspiré par le courage de Nelly Arcan, qui était aussi très impudique dans ses œuvres. De son côté, Duras a écrit L’Amant où il est question du viol d’un enfant et elle a gagné un prix Goncourt avec ça. Je devais faire l’exercice de la non-censure pour tester ma limite. Je n’ai pas réfléchi aux conséquences de mon écriture. Je l’ai d’abord fait par honnêteté envers moi. Ça faisait partie de ma démarche d’être simplement qui je suis : avec une zone de lumière en comédie et une part d’ombre en littérature. »
 
 
 
Satyriasis (mes années romantiques)
Aux éditions Leméac