Samuel Larochelle

Parce que tout me ramène à toi

Denis-Daniel Boullé
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Samuel Larochelle

Il n'a pas trente ans et peut s'enorgueillir de tout un parcours. Et puis, il écrit plus vite que son ombre. Samuel Larochelle publie des articles dans une quinzaine de médias et certains lecteurs sont déjà accros à sa chronique dans Fugues, Au delà du cliché. Mais le journaliste se double aussi d'un écrivain puisqu'après un premier roman, À cause des garçons, il nous revient avec la suite des aventures de son narrateur Émile dans Parce que tout me ramène à toi. Émile qui enfin rencontre l'amour et confronte ses attentes à celles de l'Autre, à l'être aimé, à l'insécurité qu'elles produisent sur l'un comme sur l'autre. Parce que tout me ramène à toi est un roman initiatique dans la même veine que le premier. Pour le jeune auteur, le choix de l'écriture s'est imposée, même si il a pris des chemins de traverse, pendant quelques années, et tenté d'y échapper. Mais le désir d'écrire et de raconter des histoires, lui, ne l'a jamais quitté. Et c'est tant mieux pour nous. Un écrivain à découvrir de toute urgence. Retour sur le début de carrière en règlant toute de suite une question: le personnage principal de ses deux romans, Émile, n'est pas le double de Samuel Larochelle.

Ce désir d'écrire remonte à quand?
Réellement au collège en quatrième secondaire. J'ai commencé à écrire dans le journal étudiant, et l'année suivante, j'étais devenu responsable du journal étudiant. Je faisais tout du début jusqu'à la distribution de celui-ci. Je courrais même après les autres collaborateurs pour avoir leurs textes (Rires). Cette même année, le premier devoir en français était d'écrire le journal intime d'un personnage fictif avec un minimum de 250 mots et j'en ai écrit 1 300. Je me suis rendu compte qu'il y avait quelque chose dans la fiction qui me transportait, et je me suis essayé à mon premier roman. J'ai écrit environ 125 pages. Mais comme les études me prenaient beaucoup de temps, que j'écrivais alors beaucoup et que mon style évoluait, j'ai laissé ce roman de côté. J'essayais pendant les vacances de le mettre à jour surtout que mon sytle ne cessait d'évoluer mais je n'arrivais pas au bout de l'histoire, donc je l'ai laissé de côté.
 
Et tu es parti à Jonquière étudier en journalisme ?
Oui, je voulais quitter l'Abitibi le plus rapidement possible, même si j'adore cette région. Je voulais voir autre chose. Je voulais être loin de ma famille, de mes amis, repartir à neuf en somme. Je suis arrivé à Jonquière trois semaines après avoir fait mon coming out. Et surtout, je m'étais dit que dorénavant les gens devraient me prendre comme j'étais, décidé à ne plus me cacher. J'ai donc suivi ce programme-là, et puis je me suis installé à Montréal où l'on pourrait dire que j'ai vivoté. J'ai voulu faire ma place dans des écoles de théâtre en préparant les auditions de l'École nationale de théâtre, du Conservatoire, et j'ai été refusé. Il est vrai qu'il est rare d'être accepté à la première tentative. Je me suis dit alors que ce n'était pas mon futur professionnel même si le métier de comédien était un moyen intence et efficace pour mieux se connaître. J'ai travaillé quelques temps à la Bourse de Montréal, comme mon personnage Émile dans le premier roman, et je suis allé étudié en enseignement du français à l'université. J'ai adoré les cours mais lorsque je suis allé pour la première fois dans des classes en observation, je me suis rendu compte que là encore ce n'était pas fait pour moi. J'ai eu plusieurs petites jobs comme cela avant d'être engagé comme relationniste pour une fédération sportive pour laquelle j'ai travaillé pendant presque trois ans. Je rédigeais des communiqués de presse et je faisais aussi des portraits des membres de la fédération pour le bulletin. J'ai aussi commencé un blogue où je publiais des articles sur les spectacles que j'avais vus, surtout le théâtre, mais aussi les films et d'autres événements. Je rédigeais pour le blogue de trois à cinq textes par semaine, en plus de mon travail. Et c'est peut-être à cette époque que je me suis rendu compte qu'il fallait que je retourne à mes premières amours, le journalisme, l'écriture. Et plutôt que de chercher un travail m'assurant la stabilité, de me lancer dans le vide comme pigiste. Je me souviens de la date précise où j'ai quitté mon emploi, le 15 août 2012.
 
Mais en parallèle de tes emplois, il y a la gestation du premier roman ?
Oui, quand je suis arrivé à Montréal, et lorsque j'ai découvert les librairies, j'ai été pris de vertige devant tous les livres, et je me suis dit qu'un jour mes propres livres se retrouveraient-là. Je suis rentré chez moi et j'a rédigé un plan de 13 pages qui allait donner naissance à À cause des garçcons. Durant tout le processus qui a duré quatre ans, tout au long des différentes versions, je me suis rendu compte que ce que j'aimais le plus, c'étaient d'écrire les portions fictives. On peut dire que plus ou moins 30 % d'À cause des garçons se fondent sur des événements qui me sont arrivés, alors que les éléments autobiographiques constituent à peine 10% de Parce que tout me ramène à toi.
 
Émile n'est donc pas Samuel, les deux romans ne sont pas des autofictions ?
Non, cela ne m'intéresse pas de raconter mon réel. Des fois, cela peut être un point de départ mais pour aller ailleurs même si des gens qui me connaissent, les amis entre autres, vont me reconnaître, mais ce sera plus par la façon de raconter une histoire, par mon style. Étant influencé par le cinéma, le théâtre et les télé-séries, je privilégie un style concis, divertissant, drôle parfois, touchant aussi. Je veux absolument capter l'attention du lecteur le surprendre. À la manière de certains films, je pense que je cherche à écrire des comédies-dramatiques. Je ne veux pas que mon style soit trop lourd ou encore trop pédant. Je souhaite raconter des histoires et séduire un lectorat. Ma plume n'est pas tant influencée par des lectures des grands auteurs. Elle s'inspire plus de l'écriture cinématographique ou télévisiuelle. Quelque chose par exemple qui aurait plus à voir avec les Hauts et les bas de Sophie Paquin, un équilibre entre la légèreté et l'émotion, l'imaginaire d'un monde plus éclaté mais aussi ancré dans la réalité. Et je me battrai pour défendre mon style, tout comme je veux être très “agace” avec le lecteur, jouer avec lui pour qu'il soit pris par un certain suspens, qu'il ait envie de continuer l'histoire. C'est un peu un thriller amoureux que mon dernier roman. Je veux en somme que ce que j'écris sonne vrai.
 
Tu as un grand sens du dialogue, et il est vrai que l'on pense rapidement à une possible adaptation à la télévision, voire au cinéma. Aimerais-tu écrire pour ce médium?
Bien sûr, je rêve d'écrire des scénarios de films ou de télé-séries, et cela fait partie de mes projets. Mais une chose à la fois, j'ai déjà un horaire surchargé mais cela fait partie de mes projets.
 
Tes personnages gais n'ont aucun problème avec leur orientation sexuelle ?
Oui, et c'est un reproche que l'on m'a fait à la sortie du premier roman. Émile n'était pas victime d'homophobie, sa famille et ses amis l'acceptaient tel qu'il était. Mais c'est aussi la réalité de nombreux jeunes gais aujourd'hui. Ils ont cependant les mêmes obstacles à surmonter que les autres jeunes. Dans À cause des garçons, Émile est dans une quête amoureuse désespérée, il vit le deuil de son père, se cherche professionnellement, est-ce qu'il a besoin d'avoir des problèmes dans toutes les sphères de sa vie. Mais si on lit bien, on se rend compte que je parle aussi d'homophobie, de la façon dont parfois on réduit un ami gai qu'à cet aspect de lui-même, ou encore les blagues soit-disant anodines sur les gais mais qui sont porteuses d'homophobie. Pour mon personnage d'Émile, l'homosexualité n'est pas un problème, ni même une revendication, mais un contexte. Il est ausi intéressant de montrer un jeune qui vit très bien son orientation sexuelle, ouvertement, positivement et sans rupture avec sa famille et je voulais développer le roman dans cette veine-là. Mais je ne veux pas dévoiler tous les punchs et les rebondissements du livre.
 
PARCE QUE TOUT ME RAMÈNE À TOIÉmile est assez conventionnel, il recherche une histoire d'amour avec fidélité sexuelle. Est-ce le reflet des jeunes gais d'aujourd'hui?
Je ne sais pas si tous les jeunes gais rêvent de ce type de couple. Mais est-ce une vision traditionnelle du couple dans le roman ? Oui et non. D'une part, les autres couples autour d'Émile ne sont pas conventionnels. Mais ce désir d'Émile de vivre une grande histoire d'amour est liée à l'exemple de ses parents qui ont vécu comme un couple traditionnel mais sans que la flamme ne s'éteigne, sans que l'ennui ne les gagne. Et puis, il vit sa première relation de couple, il expérimente aussi et ce n'est pas toujours facile. Il faut peut-être rappeler que le personnage n'a que 22 ans et n'a pas encore une grande expérience. Et moi-même, je ne cherche pas à révolutionner le couple dans ce livre.
 
Est-ce qu'il y a aura un troisième volet des aventures d'Émile ?
Je ne crois pas. J'ai d'autres idées pour une autre fiction, mais pour l'instant je me concentre sur le lancement de Parce que tout me ramène à toi, et les articles à écrire mais je ne tarderai pas à me mettre à mon prochain roman. J'ai une imagination débordante. 
 
PARCE QUE TOUT ME RAMÈNE À TOI de Samuel Larochelle
Éditions Druide, 2015