La divine illusion jusqu'au 10 décembre

La divine illusion de Michel-Marc Bouchard : le théâtre complet ?

Denis-Daniel Boullé
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La dernière pièce de Michel Marc Bouchard, La divine illusion, est d’ores et déjà un grand succès. Le rideau était à peine tombé sur la scène du Théâtre nouveau monde (TNM) que toute la salle était debout pour une ovation nourrie et répétée.

Un succès qui n’a rien de surprenant. La mise en scène du texte par Serge Denoncourt nous plonge dans une production où tous les genres théâtraux et les artifices sont mis à contribution. Tous les ingrédients sont réunis pour la réalisation d’un produit culturel gagnant que tous les fils soient bien attachés pour que l’illusion gagne le spectateur. 

Au-delà du drame sur fond historique, le passage remarqué de la grande tragédienne Sarah Bernhardt dans la ville de Québec au début du siècle dernier, Michel Marc Bouchard revient sur les thèmes qui le hantent, le rôle et l’impact du théâtre sur la société, et plus précisément dans son dernier opus, des liens entre la religion et l’argent. Des questions en somme, le dramaturge n’ayant aucunement la prétention d’apporter des réponses, et ne sombre donc pas dans la pièce à thèse. Le spectateur moins intéressé par cette problématique ne sera aucunement gêné par les quelques moments de bravoure où l’un des personnages expose les points de vue de l’auteur plus réflexif par des insertions humoristiques d’autres personnages suscitant le rire des spectateurs. Quant au fil conducteur, très vite, les pièces du casse-tête du drame se mettent en place, font leur effet, même si tout cela est prévisible.

Théâtre complet, puisque le jeu des acteurs oscille entre réalisme et distanciation, le drame et la comédie, alternant le Vaudeville, Sarah Bernhardt et son entourage, des accents brechtiens, la scène dans l’usine et des relations entre le patron et les ouvrières, sans oublier la mise en abyme entre le séminariste qui écrit une pièce pour la grande Sarah Bernhardt, ou encore les adresses au public comme si nous étions ces spectateurs du début du siècle à Québec. Émotions et rires se succèdent à un rythme régulier surtout dès que La divine est en scène.

Il serait difficile de ne pas souligner le jeu d’Anne-Marie Cadieux qui incarne une Sarah Bernhardt plus grande que nature : touchante, injuste, généreuse, capricieuse. De plus Michel Marc Bouchard reprend pour son personnage, des citations de la Divine restées célèbres et connues par tous ceux qui s’intéressent au théâtre. Anne-Marie Cadieux est LA divine. Mentionnons aussi Annick Bergeron, très juste dans le rôle de la mère ouvrière, et Lévi Doré, jouant Léo, un adolescent exploité dans une usine de chaussures, qui œuvre un peu comme le bouffon du roi, celui qui ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

La divine illusion devient alors une grande messe théâtrale bien orchestrée, rassurante et agréablement divertissante.

LA DIVINE ILLUSION Jusqu’au 10 décembre, Théâtre du Nouveau Monde  

www.tnm.qc.ca