Russie

Un présentateur télé russe annonce en direct sa séropositivité

Jérôme Bastien
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Un célèbre présentateur russe a annoncé sa séropositivité en direct à la télévision, un geste visant à faire évoluer les mentalités en Russie où le sida reste un sujet tabou alors que les contaminations sont en forte hausse.

Pavel Lobkov, 48 ans, a révélé qu'il était porteur du virus depuis 2003 sur l'antenne de la chaîne de télévision indépendante Dojd. «Aujourd'hui, j'ai relevé un défi majeur» avec cette révélation, a-t-il confié aux téléspectateurs mardi soir, journée mondiale de lutte contre le sida.

Le présentateur, connu pour son franc-parler, a raconté qu'un médecin lui a annoncé en 2003 en lui montrant un dossier où était inscrit «HIV+» au feutre rouge, qu'il ne pouvait plus se faire soigner dans sa clinique parce qu'il était séropositif.

Dans le cabinet où le recevait le docteur, il y «avait une fenêtre ouverte, très haute», précise-t-il, révélant qu'il a alors songé à se suicider.

Plus de 930 000 personnes sont actuellement porteurs du virus du sida en Russie, soit près de deux fois plus qu'en 2010, quand le pays en comptait 500 000, selon des statistiques officielles récentes qui pour de nombreux experts sous-estiment la réalité.

La barre symbolique du million de séropositifs pourrait être dépassée début 2016, selon le Centre fédéral russe de lutte contre le sida, qui souligne que la Russie est l'un des rares pays où l'épidémie continue de progresser.

Si l'obtention de trithérapies n'est pas un problème, la connaissance du virus est très faible et le sujet reste tabou pour de nombreux Russes.

En révélant sa séropositivité, Pavel Lobkov a suscité l'émotion sur les réseaux sociaux. «Franchir une telle étape n'est pas anodin pour quelqu'un de sa stature», a applaudi sur Twitter Pavel Tchikov, le fondateur d'Agora, une association regroupant des avocats qui apportent leur aide aux militants dans le collimateur du Kremlin. Mais le présentateur a également subi insultes et menaces, la plupart à caractère homophobe.

Le virus du sida est en partie lié dans l'imaginaire populaire russe aux relations homosexuelles et adultérines, sous l'influence de la puissante Église orthodoxe, qui s'oppose à l'utilisation du préservatif. Une campagne de sensibilisation dans les rues de Moscou a ainsi appelé les Russes à rester «fidèles» à leur partenaire pour lutter contre le virus du sida.