Lipodystrophie

Des études démontrent l’efficacité de l’Egrifta à faire baisser le gras

André-Constantin Passiour
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La lipodystrophie est une condition vécue par certaines personnes vivant avec le VIH-sida (PVVIH). Avec le temps et la prise de traitements antirétroviraux (ARV), surtout les premières molécules servant à contrôler et à faire baisser la charge virale d’un patient – appelés Inhibiteurs de protéase (IP) –, celles-ci entraînaient une accumulation de gras (ou gras viscéral) dans certaines parties du corps et l’amincissement ailleurs, c’est ce qu’on a appelé la «lipodystrophie». L’an dernier, après bien des formalités et étapes, la Tésamoréline, ou de son nom commercial Egrifta, a été approuvé, par Santé Canada. Et c’est une entreprise québécoise, Theratechnologies, qui a développé l’Egrifta, un médicament qui s’injecte avec une seringue à raison d’une fois par jour (2mg) le matin et qui sert à éliminer ce type de gras.

On pourrait croire que certains séropositifs s’empiffrent à n’en plus finir ou boivent de la bière d’où leurs gros ventres… Hélas, ces personnes souffrent bel et bien d’une condition, à divers degrés, appelée la lipodystrophie, soit l’accumulation de gras dans l’abdomen, en arrière du cou (bosse de bison) et dans d’autres parties du corps, mais en même temps elles subissent une perte de gras dans les joues qui deviennent creuses ainsi que les jambes qui s’amaigrissent… Cela peut avoir des conséquences sur leur qualité de vie : maladies cardiaques, cholestérol élevé et diabète… Malgré les divers programmes pour maigrir, manger plus sainement, etc., la variation du gras n’était qu’à peine perceptible. C’est que le problème était ailleurs… Il venait de la prise de médicaments de la famille des IP, soit les premiers traitements qui combattaient le virus du VIH mais qui, d’un autre côté, causaient de telles situations d’augmentation de la masse graisseuse…
 
«Le gras viscéral est un problème important chez 20 à 25 % des patients vivant avec le VIH et peut entraîner des maladies graves», explique Christian Marsolais, le vice-président senior – affaires médicales chez Theratechnologies et qui possède un doctorat en biochimie. «Chez les personnes séropositives, celles-ci souvent ne perdent pas le gras viscéral qui s’accumule dans l’abdomen particulièrement. Notre produit, l’Egrifta, aide donc de manière significative ces personnes à perdre ce type de gras qui, autrement, entraînerait avec le temps des conséquences comme les maladies cardiaques ou encore du diabète… L’Egrifta permet de relâcher l’hormone de croissance et ainsi diminuer ce type de gras chez les personnes séropositives», poursuit Christian Marsolais.
 
Mais qu’est-ce que la tésomoréline ? «La tésamoréline est une petite molécule (il s’agit d’un peptide). Ce médicament stimule la glande hypophyse, une glande située dans le cerveau, afin qu’elle libère de l’hormone de croissance. L’augmentation de la production d’hormone de croissance peut faire en sorte que l’excès de graisse abdominale diminue», peut-on lire sur le site de CATIE (Community AIDS Treatment Information Exchange).
 
Une étude importante vient à peine d’être révélée concernant le gras viscéral lors du congrès du CROI 2016 (Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes), qui s’est déroulée à Boston du 22 au 25 février dernier. La Dre Grace A. McComsey, de la Case Western Reserve University de Cleveland (Ohio), a présenté une étude appelée «Visceral Adiposity in Modern HIV Treatment», une enquête qui a suivi 60 patients séropositifs. On y a fait une découverte importante. À priori, on pensait que la toxicité des premiers médicaments jouaient sur l’augmentation du gras. Or, les médecins qui ont participé à l’enquête croient qu’il est «peut-être temps de repenser les études en lien direct avec la toxicité des traitements pour se tourner vers l’interrelation entre le virus (lui-même) et la réponse immunitaire d’une personne […] Nous avons découvert qu’une charge virale élevée, avant la prise de trithérapie, déterminait les augmentations de gras et ce, peu importe le type de traitements», peut-on lire dans le résumé de la recherche publiée le 20 janvier 2016. «Cela vient corroborer une autre indiquant que la sévérité du virus du VIH soit associée à une forte prévalence de la lipodystrophie», poursuivent ici les médecins de l’enquête. «Jusqu’à présent, personne n’avait réussi à expliquer la lipodystrophie aussi bien que dans l’étude de la Dre McComsey […], commente M. Marsolais. On voit qu’il y a une autre cause que les traitements antirétroviraux et que le niveau élevé de l’infection semble avoir un impact sur l’augmentation du gras viscéral. Cela aidera à repositionner les traitements et cela aidera, également, à démystifier la lipodystrophie.» L’enquête de la Dre McComsey avait été menée sur un sous-groupe de 60 patients associés à une étude plus large sur le VIH.
 
Concernant directement l’utilisation de la tésamoréline, l’étude du Dr Steven K. Greenspoon et de son équipe a suivi, durant deux ans, 50 patients séropositifs aux prises avec la lipodystrophie. Ceux-ci ont reçu la tésamoréline durant au moins six mois. On a observé une baisse moyenne de 16,6% du gras viscéral dans les tissus adipeux, avec des baisses allant de 9,9% à 19,7% pour le groupe témoin et de 6,6% à 4,1% pour le groupe placébo. Ce qui est intéressant ici est que, bien que modeste, cette recherche démontre que la tésamoréline a un effet bénéfique également sur le gras du foie qui fléchit ainsi. «La dimi-nution du gras du foie pendant l’étude a été associée significativement à cette du gras viscéral dans les tissus adipeux», constatent les médecins de cette enquête menée à l’Hôpital général de Boston. «Il s’agit d’une étude importante qui démontre une baisse du gras hépatique chez les patients séropositifs et ce, grâce à la tésamoréline. C’est très significatif parce qu’on n’avait pas encore d’études à ce sujet-là. D’ailleurs, l’équipe du Dr Greenspoon vient d’obtenir une autre subvention des NIH (Instituts Nationaux de la Santé) pour une 2e étude d’une durée d’un an afin de pouvoir amasser plus de données sur la tésamoréline et le gras hépatique. Donc, c’est une bonne nouvelle», souligne Christian Marsolais chez Theratechnologies.
 
Pour l’instant, les patients devront s’injecter quotidiennement les 2mg d’Egrifta à l’aide des seringues et du matériel fournis. «Étant donné la commercialisation et la profitabilité à l’horizon, on commence à regarder comment on pourrait améliorer la prise du médicament et qui faciliterait ainsi l’adhérence. Mais cela serait très coûteux et pren-drait encore des années à développer. Mais quand les gens voient une diminution de leur gras, ils sont encouragés à poursuivre le traitement même si cela signifie de devoir préparer à chaque jour leur injection», dit M. Marsolais.
 
Theratechnologies a mis sur pied un programme de soutien aux patients, le Egrifta Support, pour obtenir de l’assistance ou des réponses concernant les assurances privées, des conseils quant à l’utilisation de la tésamoréline, la préparation de l’injection, etc.
 
 
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