Lancement

La vie en rose d’Éric Duhaime

Éric Whittom
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 La vie en rose d’Éric Duhaime
Photo prise par © Éric Whittom

L’animateur du midi au FM 93, Éric Duhaime, dont les opinions plaisent à certains et en irritent d’autres, a lancé en grande pompe son dernier livre «La fin de l’homosexualité et le dernier gay», un lundi soir de fin de mars. 

Une imposante sécurité attendait les visiteurs au Savini, un restaurant de la Grande-Allée pour lequel il est un porte-parole publicitaire. «Ça n’a aucun rapport avec les gais. Chaque fois que je lance un livre, c’est comme ça, parce qu’il y a eu beaucoup de violence à mes autres lancements», a-t-il expliqué dans une entrevue à Fugues. Plus d’une cinquantaine de personnes ont assisté à son lancement, notamment son «amoureux», ses parents, des amis et des collègues de travail. Durant son allocution, il a réaffirmé son droit de dénoncer «l’industrie de la victimisation qui s’est construite malheureusement au fil du temps», dont il a identifié «le mouvement féministe et le lobby gay». «C’est peut-être ce qui fait le plus de vagues présentement. Ça ne plaît pas à tout le monde. Vous savez, plaire à tout le monde, ce n’est pas ma marque de commerce tout le temps.» Il a aussi mentionné que les gais et les lesbiennes étaient «privilégiés» de vivre au Québec, notamment en raison des diverses protections qui n’existent pas ailleurs dans le monde. « Il faut le souligner et dire merci à la majorité pour le travail accompli. Il n’est pas question qu’on retourne en arrière.» À son avis, il est peut-être temps «de descendre les affiches un peu, de mettre le drapeau [arc-en-ciel] en berne un certain temps et de sortir le champagne pour fêter, parce qu’on a parcouru tout un chemin en tant que peuple depuis un demi-siècle.» En entrevue à Fugues, il a indiqué qu’il avait eu quelques commentaires injurieux de nature homophobe à la suite de la révélation publique de son homosexualité. «J’aime ça que les gens disent ce qu’ils pensent. S’ils ne veulent plus m’écouter parce qu’ils n’ont plus envie d’écouter quelqu’un qui est gai, c’est leur problème, pas le mien.» Il ne s’attendait pas à des «réactions aussi vives» de certains «activistes» et de certains chroniqueurs. Il n’a pas aimé notamment qu’un chroniqueur d’un média gai, Fugues, lui dise qu’il aurait dû rester dans le placard. «Christ!, c’est réactionnaire comme impact.» Durant son allocution, il a souligné qu’aucune des entreprises pour lesquelles il est porte-parole ne lui a retiré ses contrats publicitaires. Il les avait rencontrées avant la sortie de son livre pour les aviser et leur laisser le libre choix de poursuivre ou non leur association. 
 
«Combat» à poursuivre selon son coanimateur Drainville 
«Il a suscité un débat qui à mon avis est nécessaire et utile, est d’avis son coanimateur du midi Bernard Drainville. Au minimum, il a attiré l’attention sur les immenses progrès que la communauté gaie a réalisés au fil des dernières décennies. […] Le Québec, c’est une des sociétés les plus progressistes, les plus tolérantes et les plus avant-gardistes, pour l’avancement des gais dans le monde. C’est indéniable.» Par contre, il pense que le «combat» des personnes gaies n’est pas terminé. «Je pense que la réalité qu’il décrit est beaucoup une réalité urbaine, sinon métropolitaine, et qu’un peu partout dans le Québec rural et semi-rural, il y des gais, des jeunes en particulier, qui se sentent rejetés, ostracisés, stigmatisés et qui ont des idées noires, parce qu’ils ne se sentent pas acceptés. […] Même si on avait réali-sé tous les gains possibles, la bataille resterait quand même importante et le combat devrait quand même se poursuivre pour préserver les gains.» 
 
Duhaime n’influencera pas l’Alliance Arc-en-ciel 
« Nous sommes bien contents que ça se passe bien pour monsieur Duhaime, mais ça ne veut pas dire que ça se passe aussi bien pour d’autres personnes, a fait valoir le directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, Louis-Filip Tremblay. À l’Alliance, nous ne sommes pas dans une logique de victimisation des personnes LGBT+, contrairement à ce qu’il pense. Nous propageons le plus possible une vision positive, mais quand nous partageons des cas d’homophobie et de transphobie, il s’agit de situations réelles. N’en déplaise à monsieur Duhaime, nous allons continuer notre travail de défense des droits des personnes LGBT+. »