Julie Lemieux

La première mairesse trans au Canada

Denis-Daniel Boullé
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Julie Lemieux

On en a parlé jusqu’en France par la voix du Quotidien Libération. Un village de la Montérégie a élu une femme trans pour veiller à la destinée des quelque 920 âmes. Très-Saint-Rédempteur, cela ne s’invente pas est très fier de son clocher. D’autant que Julie Lemieux, nouvelle mairesse, s’est fait connaître dans la sauvegarde de l’église, transformée aujourd’hui en centre culturel et social. Une seconde vocation peut-être rédemptrice. Julie Lemieux qui est tombée en amour avec ce village et sa population en 2009, et qu’elle a décidé de s’impliquer dans la communauté. 

Elle a 45 ans, ne s’est jamais cachée du fait qu’elle était transgenre, et qu’elle était toujours prête à en parler à celles et ceux qui s’en inquiéteraient. Éner-gique, directe, mais toujours avec un grand sourire, Julie Lemieux croit que l’attitude et le fait d’être bien avec soi-même est un atout pour être bien avec les autres et que les autres soient aussi tout à fait à l’aise. « Je ne me suis jamais cachée, j’en ai parlé quand on me posait la question, mais je n’ai jamais brandi cette partie de moi-même comme un étendard. Si on me pose des questions, je réponds ouvertement, mais ce n’est pas moi qui amène le sujet », nous confie Julie. 
 
Originaire de Drummondville, Julie Lemieux s’installe à Très-Saint-Rédempteur pour transformer une grange en maison. Passionnée d’histoire et d’héritage culturel, elle s’intéresse au sort de l’église du Village, menacée de disparaître. Elle fonde avec quelques passionnés comme elle, la Fondation des amis du patrimoine de Très-Saint-Rédempteur. Leur action portera ses fruits puisque la municipalité se portera acquéreuse de l’église et en fera leur social et culturel du village. Une première implication politique pour Julie Lemieux qui très vite siégera au conseil municipal. Elle y fera ses premières armes. «Je me suis impliquée dans la vie du village dès mon arrivée, participant comme bénévole à de nombreuses activités organisées, et comme c’est une petite communauté, tout le monde m’a rapidement connue, encore plus au moment où je participais au conseil municipal», témoigne Julie. 
 
Bien sûr, l’idée de conquérir la mairie l’a plusieurs fois effleurée, mais sans pour autant faire le pas. L’étincelle s’est fait deux jours avant la fin du dépôt des candidatures. « Je me suis dit qu’il fallait du changement, du sang neuf à la mairie. Comme depuis 2013, j’étais conseillère municipale, je connaissais bien les enjeux et les problématiques du village. Donc, un soir j’ai appelé quatre personnes proches en qui j’avais confiance, et les quatre ont trouvé que c’était une très bonne idée et ont décidé de me soutenir. Sans eux, je ne me serai pas présentée », ajoute-t-elle. La suite on la connaît, elle est élue sachant que cette élection ne passerait pas inaperçue. « Je m’étais préparée à ce que les médias soient intéressées par le fait que je sois une femme trans. Je ne savais pas simplement quelle forme cela prendrait, continue-t-elle, mais maintenant que c’est fait, je ne crois pas que l’on en parlera encore ». Puis Julie embarque sur la façon dont elle souhaite fonctionner avec ses concitoyens. « Il faut respecter les gens, prendre le temps de discuter avec eux, de leur expliquer même sur des dossiers plus complexes, d’arriver à vulgariser le plus possible pour qu’ils puissent prendre les décisions les plus éclairées ». Et aller à la rencontre des autres, Julie Lemieux sait le faire. «Je pense que cela se passe bien parce que je suis à l’aise d’être qui je suis, que je n’ai rien à cacher, et les gens le sentent et de ce fait, ils sont à l’aise avec moi de discuter des sujets qui les touchent particulièrement. Être mairesse, c’est d’être au service d’une communauté, et de voir ce que l’on peut faire de plus pour elle». 
 
Si Julie Lemieux est optimiste, elle n’en est pas moins réaliste. « Je sais que l’on me regardera un peu différemment quand j’arriverai par exemple à la première rencontre des 23 municipalités de la MRC de Vaudreuil-Soulanges, tout comme je sais que comme toute personne issue d’une minorité qui accède à un poste décisionnel, je suis condamnée à être irré-prochable, mais c’est aussi le sort de toutes les femmes en politique». 
 
Joyeuse, aimant l’humour, nous finissons notre conversation dans un grand éclat de rire quand je lui demande si on ne devrait pas rebaptiser le village Très-Sainte-Rédemptrice. Et la nouvelle mairesse de répondre très rapidement « Qui sait ? Il y a déjà un chemin sur la commune qui s’appelle Chemin Ste-Julie. »