AU-DELÀ DU CLICHÉ

Peut-on remettre en question son homosexualité?

Samuel Larochelle
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SAMUEL LAROCHELLE

On sait qu’il existe plusieurs hommes et femmes hétérosexuels qui ont à l’occasion des relations sexuelles et/ou affectives avec des personnes du même sexe. À l’inverse, on parle peu des gais et lesbiennes qui ont parfois des aventures ou des relations avec des personnes de sexe opposé. On pense rarement aux interrogations qui traversent leur esprit, aux réactions de leurs proches et au repositionnement social que cela peut générer. Jusqu’à ce qu’on y soit soi-même confronté.

La pensée m’a traversé l’esprit il y a quelques mois en raison de ma relation avec une femme que je connais depuis longtemps. Un être humain comme il s’en fait peu. Une beauté sans efforts. Un sourire foudroyant. Un regard d’une telle profondeur que j’ai envie de m’y perdre à jamais. Un joli teint basané qui me rappelle Jasmine dans Aladdin. Un accent qui sonne comme de la musique à mes oreilles. Une joie de vivre qui me happe chaque fois que je la croise. Une connivence qui s’est installée entre nous dès que nos regards se sont croisés, dans les couloirs d’une école de yoga, il y a des années. Aucun mot n’avait été échangé, mais nous pouvions aisément percevoir les étincelles entre nous. Lorsque la discussion s’est mise de la partie, nous avons confirmé l’inévitable: nous étions tombés sous le charme l’un de l’autre. À l’époque et durant les années qui ont suivi, je la voyais comme une amie et je trouvais tout à fait normal de roucouler pour un humain sur qui je ne fantasmais pas sexuellement.
 
Pourtant, un flou s’est installé l’hiver dernier. Considérant que nous méritions plus que des sourires complices et de brèves discussions entre deux salutations au soleil, je lui ai proposé qu’on se voit en-dehors de l’école de yoga pour qu’on se connaisse davantage et qu’on devienne des amis. Elle a suggéré à la blague un brunch ou une soirée aux chandelles. Trop heureux de croiser quelqu’un capable de transformer une soirée en occasion spéciale, je me suis emballé et lui ai proposé une soirée dans mon salon, assis sur des oreillers, avec des chandelles partout. On a continué à déconner, jusqu’à ce qu’elle ressente le besoin de vérifier si j’étais en train de la draguer. Sérieusement. Je suis tombé des nues. Je savais qu’elle connaissait mon orientation sexuelle. J’ai toujours aimé charmer. Mais à ma connaissance, c’était la première fois qu’une femme imaginait que j’essayais de la séduire. Et aussi la première fois que je me demandais si c’était peut-être le cas, inconsciemment.
 
Je peux affirmer avec certitude que si j’étais hétérosexuel, je flancherais pour elle. Sauf que je me suis toujours identifié comme un homme gai. Et soudainement, je m’interroge à savoir si je me suis enfermé dans une vision rigide des choses. Je me questionne si je suis capable, moi aussi, de me concentrer sur la personnalité de l’humain et d’être excité sexuellement par le corps d’une femme autant que par celui d’un homme. J’ai toujours trouvé la physionomie féminine magnifique. Mais comme le sexe des femmes est l’équivalent d’une terra incognita sur laquelle je ne peux que spéculer, je me suis dit que je saurais si ça m’intéresse si je m’y rends un jour. Pas si je me force à vérifier. Seulement si j’ai la curiosité naturelle.
 
Avec le temps, j’ai poussé la réflexion un cran plus loin. Comment réagiraient les gens autour de moi? Sans vouloir tomber dans le piège du regard des autres, j’ai quand même fait un coming-out fort significatif auprès de mes proches à 17 ans. Et j’ai établi de nombreuses relations amicales avec des filles en profitant de l’énorme avantage qui vient avec mon homosexualité: l’absence totale d’ambiguïté sexuelle. Entre elles et moi, les espoirs de rappro-chements sont inexistants. 
 
On peut dormir ensemble dans le même lit sans la moindre gêne. Certaines se changent devant moi sans pudeur. La plupart d’entre elles se confient sur leurs relations amoureuses/sexuelles, parce que je peux leur offrir une perspective différente ET parce que je ne serai jamais un gars avec qui elles pourraient visiter cette zone relationnelle. N’ayant pas peur d’être jugées, elles sont d’autant plus ouvertes et franches, ce qui décuple la puissance de notre amitié. Alors, si je réalisais un jour que je suis parfois attiré par des femmes, est-ce que la nature de mes amitiés avec ces filles se transformerait complètement? Y aurait-il un petit doute qui bousillerait tout?
 
Il y a quelque temps, j’ai posé la question à certaines de mes amies. Elles m’ont toutes répondu que ça ne changerait rien à leurs confidences et à leur aisance. Peut-être parce qu’elles sont convaincues que je score très fort en tant qu’homosexuel sur l’échelle de Kingsey. Mais si les choses évoluaient avec le temps, si je faisais des expériences avec une ou des femmes qui me plaisaient, en démontrant que l’être humain est en constante évolution tout au long de sa vie et qu’on ne peut prédire la tangente de sa personnalité ou de son attirance… que se passerait-il?