Où sont les lesbiennes?

Hypocrisies papales

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

Mes grands-parents paternels étaient de fervents croyants et la religion catholique occupait une place prépondérante dans leur vie. Le curé du village était reçu tel Louis XIV à la tablée des Vaillancourt, puisqu’il se voulait le digne représentant de Dieu, en cette petite localité des Laurentides.

Très jeune, j’ai été exposée à cette croyance - pour ne pas dire adulation - que prodiguaient mes grands-parents à l’autorité religieuse. La bénédiction apostolique qu’avaient reçue mes grands-parents pour leur 60e anniversaire de mariage trônait fièrement sur les murs de la salle à manger. En d’autres termes, c’est un parchemin qui atteste du nihilisme obstat ou de l’accord formel de l’Autorité ecclésiastique. Administrativement parlant, c’est le curé du village qui communique avec un représentant du Vatican qui faxe un papier, sur lequel le pape te félicite d’avoir fait le voeu d’unir ta destinée par les liens sacrés du mariage sous le couvert de l’Église catholique et d’avoir réussit à vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire, pendant six décennies. J’avoue que j’étais grandement impressionnée par les 60 ans de vie commune de mes grands-parents. Pour ce qui est de la face de Jean-Paul II, sur un papier blanc orné de feuilles d’or (ou d’imitation), ça m’impressionnait pas vraiment… Mes parents avaient jadis fréquenté les églises, mais c’était avant de devenir des révolutionnaires tranquilles.
 
À 18 ans, je suis partie avec une amie faire le tour de l’Europe pendant six mois. En formule backpack. Ça, c’est faire vœu de pauvreté. Notre périple s’arrêtait bien sûr à la Cité du Vatican, ce pays (car c’est un pays) si petit, mais pourtant si riche. Ses représentants, qui dit-on auraient fait vœux de pauvreté, n’ont rien du pauvre typique. Les murs de leurs maisons (que vous pouvez visiter avec entrée payante: 16 euros, soit près de 25$) ne représentent rien de moins que l’opulence. Parmi les attractions, la célèbre chapelle Sixtine est d’une rare beauté, lorsque vous regardez les cieux… La fresque illustre tout le talent de Michel-Ange, mais amplifie l’hypocrisie de l’Église catholique. Feuilles d’or, immenses constructions architecturales, sans oublier ces longs corridors qui pourraient loger des centaines d’affamés. Pourtant, vous n’y voyez que des gardes de sécurité qui protègent les orfèvreries et diktats du pouvoir clérical.
 
À n’en point douter, la jeune étudiante en Arts a été éblouie par les tableaux et l’architecture de ces lieux. C’est magistral. La jeune descendante des Vaillancourt a, l’espace de quelques minutes, été fière que ses grands-parents aient reçu une bénédiction apostolique d’un pays visiblement imposant, bien nanti et socialement important. Puis, la jeune adulte baptisée, pas si naïve (aujourd’hui athée), s’est rappelée de ses cours de catéchisme et des préceptes religieux enseignés: le don de soi, le vœu de pauvreté, puis quelques-uns des 7 péchés capitaux dont l’orgueil, la gourmandise (qui implique l’idée de démesure), sans oublier l’avarice (lire l’accumulation des richesses)… Ajoutons à cela, le discours hypocrite de l’Église catholique qui constitue en soi un péché.
 
À Lourdes, je n’ai été témoin d’aucun miracle, sinon de ces fervents croyants qui n’attendent que le miracle. Les églises sont de fabuleux musées. Mais elles sont vides. Vides de gens. À l’époque contemporaine, elles deviennent aussi vides de sens, annexées aux hypocrisies constantes. Les propos papaux récents, ont «Christ-ment» fait déborder mon «calice». En août dernier, en plein mois de la Fierté (juste pour casser le party, ou pour nous rappeler que ces célébrations sont nécessaires), le pape François a recommandé «le recours à la psychiatrie lorsque des pa-rents constatent des penchants homosexuels dès l'enfance chez leur progéniture». 
 
En d’autres termes, associer l’homosexualité à la psychiatrie, c’est retourner des décennies en arrière, bafouer les luttes de nombreux militants pionniers. En 1973, l’American Psychiatric Association (APA) retire l’homosexualité de sa liste de maladies mentales et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en fait autant en 1990. En 2018, le pape François fait ses «recommandations» et rajoute 25 cents, prouvant le recul de l’Église catholique sur la question. Je ne possède pas de férule papale (ornée d’or), certes je recommande d’écou-ter son cœur (qui vaut tout l’or du monde).
 
Je n’ai jamais avoué mon homosexualité à (feu) mes grands-parents. Je me suis toujours demandé si, malgré leur forte croyance en la religion catholique, ils m’auraient comprise, acceptée. Puis, j’y ai réfléchi. Ils étaient avant tout d’honnêtes citoyens qui trouvaient en la croyance la force de vivre un quotidien souvent difficile, au contraire de bien des représentants de l’Église qui se cachent derrière des préceptes pour diriger les masses. D’ailleurs, un pape ayant fait vœu de chasteté et de célibat sacerdotal, qui félicite un couple pour son 60e anniversaire de mariage me semble hypocrite. Qu’est-ce qu’il en sait du mariage? Du quotidien des couples mariés? En quoi ses félicitations et ses recommandations devraient-elles être accueillies comme une autorité en la matière?
 
Je crois que mes grands-pa-rents nonagénaires n’auraient pas jugé mon homosexualité. Au contraire de nombreux représentants de l’Église, mes grands-parents savaient ce que c’est que de «s’aimer les uns les autres». Lorsqu’on connait l’Amour, on ne peut que le célébrer. C’est bien plus qu’un papier, qu’une cuillère dorée, que des paroles en or, qu’une dîme ou qu’une Bible. Ce sont deux personnes en chair et en os, qui entrent en relation l’une avec l’autre et qui partagent leur quotidien. Quand une religion (peu importe la religion) dit que c’est mal de s’aimer, le cœur 
a ses raisons. Davantage va-lables qu’une autorité papale qui s’autoproclame sacrée et porte-parole d’un «je ne sais quoi» au nom d’un «je ne sais qui».