Élections provinciales 2018

Débat avec les candidats sur les communautés LGBTQ2S+

Denis-Daniel Boullé
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Ces rencontres entre les candidats avec des groupes généraux ou ciblés de la population représentent un exercice démocratique toujours intéressant. L’exercice a ses contraintes, le temps accordé à chacun des candidats et le temps pour que le plus grand nombre des personnes présentes puissent poser leur propre question. Mercredi 19 septembre à la Maison du devéloppement durable, le Conseil québécois LGBTQ (CQ-LGBTQ) et la Coalition montréalaise des organismes jeunesses LGBTQ avaient invité des candidats de 5 partis différents à répondre aux préoccupations des communautés LGBTQ2S+.

Étaient donc réunis celles et ceux dont on attendait qu’ils soient les porteurs des dossiers LGBTQ2S+. Louis Charron pour le Parti libéral du Québec (PLQ) est un acteur depuis longtemps de nos communautés, tout en étant le candidat dans Sainte-Marie-Saint-Jacques où se trouve le Village. Tout comme Jennifer Drouin pour le Parti québécois (PQ) qui tentent comme Louis Charron de ravir la place de la députée sortante de Québec solidaire (QS), Manon Massé. Pour QS, le candidat dans Sainte-Rose, Simon Charron a démontré une solide connaissance des problématiques et des enjeux, tout comme Vincent J. Carbonneau, du Parti vert (PV), candidat dans Mont-Royal-Outremont. Enfin pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), l’ex-animatrice Caroline Proulx qui tente sa chance dans la circonscription de Berthier, qui tentait tant bien que mal de rester ouverte à des améliorations tout en déclarant que sur certains sujets évoqués, elle n’avait aucune connaissance.

Un point commun entre tous les candidats : Elles et ils nous aiment et ils elles veulent notre bonheur. Sur ce point, nous pouvons nous sentir rassurés. 

Reste qu’en termes d’intégration, de reconnaissance, d’acceptation et de protection, il y a encore des bouts de terrains plus ou moins grands non labourés, voire en friche, et il est donc de voir comment et jusqu’où un futur gouvernement sera capable de s’engager, et surtout de mettre en place les mesures qu’il préconisera. Les thèmes soulevés et les questions posées aussi bien par des représentants d’organismes et du public tentaient de faire le tour du propriétaire.

Bien évidemment tous les sujets de l’heure ont été touchés, le droit au changement de mention de nom et de sexe pour les personnes trans migrantes, le droit de la famille pour mieux protéger les enfants dans le cadre des nouveaux modèles de famille, l’accès à la sécurité en cas d’agressions homophobes et/ou transphobes, l’itinérance de jeunes LGBTQ2S+ l’accès aux soins de santé pour les LGBTQ2S+, le financement des organismes communautaires qui travaillent à la défense des droits LGBTQ2S. 

Bien sûr, chaque parti est revenu sur ses propres engagements, tout comme chacun est revenu sur la nécessité de continuer le Plan de lutte contre l’homophobie et contre la transphobie. Seul, Simon Charron de QS a mentionné que son parti voulait bonifier le Plan de lutte.  

Certaines questions ont permis aussi aux candidat.es de sortir du cadre LGBTQ2S+. Comme Vincent J. Carbonneau, qui a souvent inclus la question autochtone, sans pour autant que ces collègues n’en profitent pour aborder ce qu’elles et ils comptaient faire pour les autochtones LGBTQ ou bi-spirituelles, ou encore Simon Charron de QS, de créer un plan général pour lutter contre toutes formes de discriminations aussi bien pour les LGBTQ2S+, que pour lutter contre le sexisme, le racisme, etc. à l’échelle du Québec. 

La toute dernière question a ramené l’immigration dans les enjeux. Un jeune trans queer racisé a interpelé la candidate du PQ lui reprochant d’instrumentaliser les personnes racisées LGBTQ2S+ pour stigmatiser des groupes racisés et leurs religions et plus particulièrement les Musulmans. Selon cette personne, Jennifer Drouin, ciblerait les communautés musulmanes comme homophobes et transphobes. Choquée d’être ainsi soupçonnée, elle et son parti, de racisme ou de promouvoir des idées racistes, Jennifer Drouin avec beaucoup d’émotion dans la voix a dû se justifier. Les relents de la tentative de Charte des valeurs initiée par le Parti québécois se sont invités lors du débat, permettant aux représentants des trois autres partis, le PV, le PLQ et QS, de réaffirmer au nom du droit individuel, la libre expression religieuse, et surtout de ne pas amalgamer toute personne portant un voile ou un hidjab avec l’idéologie religieuse extrémiste.

Il aurait été intéressant de connaître le point de vue de la candidate de la CAQ, Caroline Proulx, mais celle-ci a dû interrompre sa présence au bout de la première heure ayant d’autres obligations dans le comté qu’elle tente de remporter d’autant que le chef de son parti semble bien empêtré dans sa piètre connaissance du processus d’immigration au Québec. 

Exercice toujours pertinent, même si la plupart des personnes qui ont posé des questions était des représentant.es d’organismes communautaires et approuvées par les organisatrices du débat.