Entrevue avec Daniel-Claude Gendron

Addict à la solidarité

Denis-Daniel Boullé
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Daniel-Claude Gendron

C’est autour d’une bière que nous rencontrons Daniel-Claude Gendron. L’action communautaire, il connaît, les relations d’aide aussi. Et à son arc, une autre passion, le dessin. Et après avoir longtemps hésité entre une carrière artistique ou dans le communautaire, il a choisi d’allier les deux par des ateliers d’Art-Thérapie entre autres. Séropositif depuis 1998, il a connu les vagues de découragement puis d’espoir qui ont marqué le début du millénaire. Aujourd’hui, en charge de l’Institut de Développement du Leadership Positif (IDLP), un volet développé par la COCQ-Sida, il développe des outils et des stratégies spécifiques pour les personnes séropositives pour qu’elles puissent devenir leur propre chef de file.

Daniel-Claude vient de passer le cap de la cinquantaine, et découpe sa vie en tranche de dix ans. «En 1998, j’ai appris que j’étais séropositif et bien sûr il fallait s’adapter. À l’époque, on commençait les trithérapies et donc il n’y avait pas encore assez de recul pour savoir si cela fonctionnait. Je pensais donc qu’il me restait que quelques années à vivre». Heureusement, l’arrivée de nouveaux traitements et qui fonctionnent lui demandent de regarder son avenir autrement. «J’ai dû faire deux deuils en quelques années dit-il avec un brin d’ironie, le deuil de la vie, puis le deuil du fait que je n’allais pas mourir et que j’avais de nouveau un futur dans lequel me projeter».
 
Étant né et ayant grandi à Montréal, Daniel-Claude a suivi en alternance plusieurs pistes ne sachant pas très bien celle avec laquelle il se sentirait le plus à l’aise. «J’avais suivi des études pour devenir auxiliaire familial et social, mais le dessin, la peinture m’intéressait toujours autant. Mais j’avais aussi le besoin de me sentir utile, donc je suis allé vers la Maison Plein-Cœur, où j’ai occupé différents postes pendant plusieurs années, coordonnateurs des bénévoles et organisateur communautaire. Je collabore aussi avec la revue Remaides (une revue trimestrielle d’information francophone pour les personnes vivant avec le VIH, ndr.) avec une bande dessinée». Le héros créé par Daniel-Claude Gendron, Super Séropo, est confronté aux difficultés que rencontrent dans la société les personnes séropositives.
 
En 2010, l’artiste et l’engagé communautaire décide de prendre une pose. «J’avais besoin de prendre du recul, puis j’ai eu quelques sérieux problèmes de santé. Il y a trois ans, j’ai failli mourir suite à une pneumonie, continue-t-il, et je me suis rendu compte qu’en étant dans la solidarité, l’engagement me manquait. En fait je crois, que je suis addict à la solidarité, que j’aime profondément cela. J’avais ce goût profond en moi de contribuer. On pourrait résumer de cette façon le choix auquel je faisais face comme : Contribuer ou mourir (Rires!).» Au-delà de l’humour, cette déclaration témoigne d’une forme de philosophie de vie qui sous-tend le parcours de Daniel-Claude. Son choix sera confirmé lorsqu’il retourne dans le milieu communautaire sida. «Je me suis rendu compte que c’étaient les mêmes têtes avec quelques années de plus, que la relève n’était pas là, alors qu’il reste tellement de choses à faire», constate-t-il.
 
En partenariat avec Ontario Aids Network (OAN) et Pacific Aids Network (PAN) à Vancouver, la Cocq-Sida ouvre en mars dernier un volet franco-phone de l’Institut de Développement du Leadership Positif (IDLP) et tout naturellement Daniel-Claude se reconnaît dans la mission de cet organisme où il occupe une place de coordonnateur. «Le mot leadership fait peur, car on pense aux grandes entreprises, mais en fait, c’est de compter sur les capa-cités des personnes séropositives à être plus confiantes quand elles travaillent dans le communautaire et donc à développer une assurance dont aussi bien l’entourage qu’elles-mêmes profitent, entre autres d’être plus résilientes face à des manifestations de sérophobie». Daniel-Claude, qui a déjà animé plusieurs ateliers depuis la création de l’IDLP, est étonné de la très bonne réponse des participant.es. «Il y a véritablement un besoin, les personnes séropositives qui travaillent dans les organismes sida ou dans d’autres organismes doivent pouvoir développer leur plein potentiel».
 
L’addict à la solidarité est de nouveau à sa place. L’enfant solitaire qui rêvait est devenu un peu à l’image de son super héros, à aider les autres.