Élections provinciales

Bourrasque de changement et sanction contre les vieux partis

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

Au terme d'un marathon électoral de plus de 5 semaines, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault formera un gouvernement confortablement majoritaire. Québec Solidaire est aussi sorti gagnant des élections, réussissant à faire élire 10 député.e.s, un gain de 7 par rapport aux dernières élections.

(texte rédigé avec la collaboration d'Yves Lafontaine et André C. Passiour)

Aucun sondage n’avait prévu une victoire aussi éclatante de la CAQ de François Legault avec 74 des 125 circonscriptions. Aucun sondage n’avait prévu l’écrasement du Parti libéral du Québec (PLQ) avec 32 candidat.es élu.e.s. Et ce qui était pressenti pour le Parti Québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) s’est réalisé. Le PQ a péniblement conservé 9 sièges, alors que QS triple son score avec 10 député.es élu.e.s au centre de l’ile de Montréal, mais aussi une percée en régions et à Québec. 

Une redistribution importante des cartes mais au final une certaine continuité pour les quatre années à venir. Les électeurs-trices ont préféré la CAQ, un parti légèrement plus à droite, et certains progressistes indépendantistes semblent avoir choisi QS plutôt que le PQ, dont la débâcle a fait dire aux analystes qu’elle ressemble à celle du Bloc québecois aux dernières élections fédérales. 

Jean-François Lisée, lui-même battu dans Rosemont par un solidaire (Vincent Marissal), a annoncé qu'il quittait son poste de chef du Parti québécois. Une course à la chefferie aura donc lieu dans les prochains mois. De son côté, le premier ministre sortant Philippe Couillard, réélu dans Roberval, a dit entreprendre une réflexion sur son avenir politique, mais là aussi on peut spéculer sur une éventuelle course à la chefferie chez les Libéraux. 

Certains observateurs expliquent la progression de QS par le vote des jeunes. Plus sensibles aux enjeux environnementaux, elles et ils ont été sensibles aux propos de Manon Massé et des solidaires qui, depuis le début de la campagne, ont martelé l’importance de s’attaquer aux changements climatiques et à la gratuité de l’éducation. Quant au PQ, ses appels du pied pour une alliance avec QS ont peut-être eu comme conséquence de rebuter des indépendantistes nationalistes qui se sont plus reconnus dans le programme de la CAQ beaucoup moins fédéraliste que le PLQ.  

Qu’en sera-t-il pour les communautés LGBTQ avec un gouvernement caquiste ? 

Habituées à travailler depuis des décennies avec le PQ et le PLQ, il est évident que pour les organismes communautaires les contacts seront à refaire avec un gouvernement composé de nouvelles têtes. D’autant que la CAQ ne s’est pas toujours montrée aux faits des enjeux LGBTQ durant la campagne lors de différents débats locaux où ceux-ci ont été abordés. 

Cela dit, il est vrai que les réponses de la CAQ à nos questions en début de campagne sur les enjeux LGBTQ, s’inscrivent dans la continuité et dans le respect des acquis et laissent espérer qu’il n’y aura pas de trop grands changements (voir en bas du texte pour l’ensemble des questions et des réponses de la CAQ). Encore faudra-t-il voir quels seront les premiers gestes en direction des communautés issues de la diversité de genre (LGBTQ+), une terminologie avec laquelle la CAQ n’est pas encore totalement familière.

Au niveau des élu.e.s caquistes, Marguerite Blais, dans Prévost, a une expérience avec nos communautés. Elle avait été élue à quatre reprises sous la bannière libérale et occupée de fonctions ministérielles toujours en lien avec les aîné.es. Et il ne serait pas surprenant qu’elle soit de nouveau en charge de ce dossier avec le gouvernement Legault. Marguerite Blais a été une alliée de taille, entre autres, pour le soutien aux programmes de la Fondation Émergence et spécialement dans la mise en place du programme «Pour que vieillir soit gai». 

Le Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie (et les subventions qui y sont rattachées) relève du ministère de la Justice. On peut imaginer facilement que Sonia Lebel, l’ex-procureure de la commission Charbonneau, élue dans Champlain, pourrait devenir l’interlocutrice des organismes LGBTQ, en devenant la procureure générale du Québec. Reste à savoir si c’est à elle que François Legault confiera ce dossier et si la répartition des taches des ministres sera modifiée ou non.

Élue dans Pointe-aux-Trembles a de fortes chances de se voir un confier un mandat ministériel.

 

Ouvertement lesbienne, Chantal Rouleau, l’ex-mairesse de Rivière-des-Prairies, donne, avec son élection dans Pointe-aux-Trembles, une entrée sur l’île de Montréal à la CAQ. Plusieurs la voient ministrable. 

Dans les Basses-Laurentides, c'est par une majorité écrasante que Youri Chassin a été élu dans Saint-Jérôme. « Je suis heureux d’avoir fait une campagne positive. J’ai des priorités qui rejoignent les Jérômiens et le travail commence et j’ai hâte de m’y mettre », a-t-il souligné (en entrevue avec le Journal du Nord). Youri Chassin, lui non plus n’a jamais caché son orientation sexuelle. Il s’était dit ouvert a mieux faire connaître les communautés LGBTQ au reste de la Coalition.  


Élu dans Saint-Jérôme, Youri Chassin pourrait vraisembblalement recevoir un mandat énonomique dans le premier cabinet Legault.

 

Évidemment les communautés pourront compter sur la bonne oreille et le soutien d’élu.es de tous les partis, dont Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois et l’équipe augmentée de Québec Solidaire (qui, fait notable, présentait le plus grand nombre de candidat.e.s issu.es. de la diversité sexuelle et de genre). La percée de QS dans les quartiers centraux de l'ile-de Montréal (Sainte-Marie-Saint-Jacques, Mercier, Gouin, Hochelaga-Maisonneuve, Laurier-Dorion et Rosemont) et de Québec (Jean-Lesage et Taschereau), ainsi que dans Rouyn-Noranda et Sherbrooke, doit sans doute en partie sa poussée au jeune électorat issu de la diversité sexuelle et de genre

Manon Massé a été lue par une majorité de plus de 7000 voix (alors qu'elle avait arrachée la victoire avec seulement 91 voix à l'élection précédente). 

  

Seul élu gai élu du PQ, Sylvain Gaudreault a échappé à la vague caquiste. Il continuera de représenter les électeurs de Jonquière à l’Assemblée nationale pour les quatre prochaines années.

Les communautés LGBTQ pourront également compter sur des allié.es de longue date comme Katleen Weil, Christine Saint-Pierre réélues pour le PLQ, ou encore Véronique Hivon, Catherine Fournier et Sylvain Gaudreault qui ont sauvé leur tête pour le PQ.  

 

Seul élu gai élu du PQ, Sylvain Gaudreault a échappé à la vague caquiste. Il continuera de représenter les électeurs de Jonquière à l’Assemblée nationale pour les quatre prochaines années.

 

La campagne électorale de 2018 aura été marquée par une cascade de promesses, comme si chaque parti jouait la surenchère. Porté par la vague du changement, François Legault a les coudées franches pour mener à bien son programme, mais la marche est haute. 

Fatigué.es des atermoiements des vieux parties, les Québécoises et les Québécois souhaitent que la marchandise soit livrée, et qu’elles et ils soient plus écouté.es, qu’elles et ils puissent avoir de nouveau confiance en leurs élu.es. Pour l’ensemble des député.es caquistes dont la majorité foulera pour la première fois les marches de l’Assemblée, l’épreuve de la réalité commence dès aujourd’hui. 

Plus de parité

Les Québécois ont élu un nombre record de femmes à l’Assemblée nationale, avec 51 députées. L’Assemblée nationale sera composée de 41 % de femmes, dépassant de loin le record de l’élection de 2012, qui était de 33 %. Avant le déclenchement des élections, cette proportion était de 29 %.

Taux de participation

Au moment où ces lignes étaient écrites, selon les chiffres du Directeur général des élections du Québec, le taux de participation oscillait autour de 68 %. À l’exception de 2008, où seulement 57,43 % des électeurs avaient exercé leur droit de vote, il faut remonter à l’élection provinciale de 1927 pour tomber sous la barre des 70 % de taux de participation.

-----------------

VOICI LES ENGAGEMENTS ÉMIS PAR LA CAQ EN DÉBUT DE CAMPAGNE ÉLECTORALE

LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE 

1. Comment vous positionnez-vous par rapport à la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Votre parti, s’il est (ré)élu, s’engagera-t-il à poursuivre le plan lancé par le gouvernement sortant ou un autre semblable?

La lutte contre l’homophobie et la transphobie est un enjeu de grande importance. Nous allons continuer de supporter les nombreux organismes de défense des droits des personnes LGBT du Québec dans leur mission fondamentale. Nous avons pris acte du Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2016-2021. Nous en appuyons les grands principes et nous nous engageons à poursuivre sa réalisation.

2. Le budget de lutte contre l’homophobie et la transphobie sera-t-il maintenu ou même augmenté? 

Nous respecterons les budgets qui ont été alloués à la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Nous sommes aussi ouverts à les bonifier si les besoins le justifient.

PROMOTION DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ET DE GENRE

3. Quelles mesures, comme gouvernement, entendez-vous prendre si votre parti est (ré)élu pour favoriser une meilleure acceptation de la population à la diversité sexuelle et de genre?

Un gouvernement de la CAQ poursuivra la lutte contre l’intimidation et la discrimination basées sur des motifs d’orientation sexuelle, notamment dès le plus jeune âge. Nous proposons d’ailleurs de donner plus de pouvoirs et plus d’indépendance au protecteur de l’élève afin de mieux intervenir auprès des enfants. Nous poursuivrons également les efforts de promotion de l’égalité des droits, notamment ceux de la communauté LBGTQ, tant sur le plan national qu’international. 

4. Estimez-vous que l’inclusion des diversités est un enjeu d’importance pour les entreprises du Québec? Si oui, quelles sont les mesures que vous mettrez en place afin d’assurer l’inclusion de la diversité en milieu de travail, dont celles LGBT.

Nous estimons effectivement que l’inclusion des diversités est un enjeu d’importance pour les entreprises du Québec. À cet égard, plusieurs défis doivent être relevés, notamment par une meilleure sensibilisation. Il faut mieux accompagner les dirigeants d’entreprises afin de favoriser l’inclusion et le maintien en emploi de toutes les diversités.

FINANCEMENT — AFFAIRES, MÉDIAS et CULTURE

5. Vous engagez-vous à assurer le financement d’initiatives du milieu visant le monde des affaires et du travail qui favorisent une meilleure inclusion et intégration des personnes LGBT? 

Un gouvernement de la CAQ appuiera les initiatives qui favoriseront l’intégration et l’inclusion des personnes LGBT dans les milieux de travail. Nous serons très ouverts à financer les initiatives du milieu qui auront un impact considérable et positif pour les personnes LGBT. 

6. Dans un univers où l’avenir des médias québécois (journaux, magazines d’information et communautaires) est mis en danger par Google et Facebook (rappelons que plus de 75% des revenus se retrouvent dorénavant chez ces 2 entreprises), un gouvernement dirigé par votre parti, s’engage-t-il à prendre les mesures économiques pour protéger l’avenir des journaux, des magazines d’information ou communautaires, comme Fugues? Si oui, lesquelles?

Le monde des médias vit présentement d’importants bouleversements. Un gouvernement de la CAQ se penchera sur des solutions durables permettant d’assurer la pérennité des différents médias québécois, cela incluant les journaux et magazines d’information ou communautaires. Il faut notamment accompagner les médias vers une transition numérique afin de mieux assurer leur avenir et des sources de revenus stables. 

7. Vous engagez-vous à soutenir un meilleur financement afin d’assurer la diversité et la pérennité d’un plus grand nombre d’événements culturels LGBTQ? 

Pour la CAQ, la culture est l’âme d’une nation et les événements culturels sont des expressions de notre identité. Le Québec pourrait mieux soutenir ses créateurs, ses artistes, ses événements culturels et mieux les faire connaître auprès des publics. Nous sommes favorables à l’augmentation du nombre d’événements culturels LGBTQ et nous nous engageons à favoriser tant leur diversité que leur pérennité.

8. Vous engagez-vous à apporter des changements à la politique culturelle de financement des festivals et évènements touristiques — comme Le Festival Fierté Montréal, Image+nation festival de films LGBTQ, le Festival Black & Blue —, sachant qu’actuellement de nombreux critères de financement les défavorisent?

La CAQ est consciente qu’au cours des dernières années, plusieurs événements culturels ont eu de la difficulté à obtenir du financement parce qu’ils ne remplissaient pas les critères préétablis. Un gouvernement de la CAQ s’assoiera avec les différents acteurs concernés afin de trouver des solutions à ces difficultés et voir comment il est possible de mieux définir ou de mieux adapter les critères de financement.

PRÉVENTION DU VIH ET DES ITS

9. Depuis des années, le Québec a cessé de faire des campagnes de prévention nationales concernant le VIH. Avec le succès de la PrEP (le traitement médicamenteux destiné à empêcher l’infection, par le VIH) et les générations de jeunes qui n’ont jamais vraiment été sensibilisés à la question du VIH, votre parti s’engage-t-il à faire plus de prévention au sujet de la transmission du VIH et des ITS, surtout en regard des objectifs d’ONUSIDA d’atteindre 90 % de gens dépistés, 90 % de gens sous traitement et donc 90 % de personnes devenant indétectables?

La CAQ est consciente qu’au cours des dernières années, la prévention concernant le VIH a été grandement négligée. La CAQ a d’ailleurs milité et appuyé le retour des cours d’éducation sexuelle au primaire et au secondaire, lesquels permettront une meilleure compréhension des ITS et VIH, de l’identité du genre et de l’homophobie. Il faut également faire davantage de sensibilisation et de dépistage en dehors des écoles et intervenir notamment auprès des jeunes adultes.

RECONNAISSANCE DES TRANS EN PROCESSUS DE MIGRATION

10. Êtes-vous favorable à des mesures transitoires pour faciliter la vie des personnes trans en processus de migration au Québec sur la reconnaissance de leur nom et de leur sexe par l’État civil? 

La CAQ est consciente que le Québec est la seule province au Canada à ne pas permettre à une personne transgenre immigrante de changer son prénom et la mention de son sexe sur ses documents d’identité avant de devenir citoyenne, ce qui peut prendre plusieurs années. La CAQ est favorable à des mesures transitoires qui permettront de mieux soutenir et de faire respecter les droits des personnes trans.

DÉFENSE DES DROITS LGBTQ À L’INTERNATIONAL 

11. Soutenez-vous l’initiative du gouvernement sortant, concernant la mise en place d’un réseau international francophone LGBTQ? Avez-vous l’intention de poursuivre dans cette direction?

Un gouvernement de la CAQ poursuivra la mise en place du réseau international francophone LGBTQ. Le Québec peut et doit jouer un rôle actif sur la scène internationale afin de promouvoir et de défendre les droits des personnes LGBTQ.

12. Votre parti, s’il était (ré)élu, prendrait-il la parole pour défendre les droits et les libertés des personnes LGBTQ à travers le monde dans les rencontres internationales et lorsque des événements malheureux concernant des LGBT surviennent sur la scène internationale, pour que l’on sente que le Québec appuie autant les personnes LGBT ici qu’à l’étranger?

Le Québec peut et doit jouer un rôle actif sur la scène internationale afin de promouvoir et de défendre les droits des personnes LGBTQ. Il s’agit d’une responsabilité qu’un gouvernement de la CAQ entend remplir.