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En Inde, les marques traditionnelles se ruent sur le pouvoir d'achat des LGBT

Michel Alary
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Après la dépénalisation de l'homosexualité en Inde le mois dernier, les marques traditionnelles se sont ruées sur la communauté LGBT, qu'elles présument raffinée et au pouvoir d'achat plus élevé que la moyenne. Le marché, pour elles, pourraient représenter quelque 100 millions de consommateurs.

Il y a un mois, la cour suprême indienne dépénalisait l'homosexualité, abrogeant une loi datant de l'époque coloniale et consacrant la libération de dizaines de millions de personnes. Pour la communauté LGBT, c'est donc l'heure de l'émancipation sociale mais aussi économique : les commerces LGBT vont pouvoir œuvrer au grand jour, sans crainte de répressions. Et même les marques traditionnelles commencent à charmer cette communauté qu'elles présument raffinée et au pouvoir d'achat plus élevé que la moyenne.

Les entreprises ont approché la communauté LGBT dès le jour de la dépénalisation de l'homosexualité par la cour suprême. Si ce jour était bien sûr très attendu par la communauté LGBT, des cris et des larmes de joie ont retenti dans tout le pays quand les juges ont déclaré cette discrimination inconstitutionnelle, beaucoup d'entreprises ont saisi cette occasion pour charmer la communauté. Depuis, les grandes marques de restauration jusqu'aux compagnies de tourisme, des dizaines d'entreprises ont redécoré leur logo aux couleurs de l'arc en ciel le 6 septembre dernier. L'objectif est clair : montrer qu'elles accompagnent le changement, qu'elles sont libérales et bien sûr prêtes à servir les homosexuels indiens. C'est certes opportuniste, mais cela montre que le tabou social autour de cette question est tombé grâce à ce jugement unanime de la plus haute cour du pays. Ces marques d'autant plus intéressées qu'il y a un énorme marché à conquérir. En effet, il n'y a pas de chiffre fiable pour mesurer la taille de la communauté LGBT, mais en Occident, entre 7 et 9 % de la population se définit comme tel. Rapporté à l'Inde, cela revient à plus de 100 millions de personnes et consommateurs.

Les commerces spécialisés pour la communauté ont, eux, déjà bénéficié de cette dépénalisation. Ainsi, ce Français, qui a récemment ouvert un centre de bien-être LGBT à New delhi, appelé Mykhonos, qui comprend spa, hôtel et restaurant. Jérome Cousin, homosexuel âgé de 57 ans, explique qu'il a vu de nouveaux clients arriver ces dernières semaines. Principalement des hommes qui se définissent comme bisexuels ou qui cachent leur homosexualité à leur famille. "Il y a des gens qui n’osaient pas, explique-t-il. Un célibataire, ça va. Mais un homme marié qui se fait arrêter par la police et passe la nuit au poste, comment pouvait-il expliquer à son épouse où il était, ou pourquoi il était en prison ?" Aujourd'hui, grâce à la dépénalisation, Jérome Cousin affirme qu'il va pouvoir faire davantage de publicités dans les médias traditionnels, sans peur de se faire poursuivre par les autorités pour incitation au crime.  

Source : LePoint.fr