Interventions en milieux scolaires

Les réactions aux bénévoles du GRIS, selon les régions

Samuel Larochelle
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Anthony Laroche

En faisant des interventions dans des milieux scolaires à travers la province (grands centres, banlieues, régions ex-centrées), certains bénévoles du GRIS peuvent identifier les questions qui reviennent.

Frédéric SavardBénévole depuis 18 ans, Frédéric Savard rappelle d’entrée de jeu que les bénévoles du GRIS ne doivent pas se laisser influencer par les idées préconçues sur les lieux d’intervention. «Le GRIS déconstruit les préjugés, alors on doit nous aussi garder l’esprit ouvert. Quand je me rends dans une région éloignée, je n’imagine pas que les jeunes vont mal réagir et ça m’a toujours bien servi.» Son expérience lui a aussi permis d’observer une différence majeure dans les écoles loin des grands centres urbains. «Il y a beaucoup plus d’isolement pour les gais et lesbiennes en régions. Pas parce que les gens sont plus homophobes, mais puisque la plupart des gais ont quitté pour les grandes villes, ceux qui restent sont souvent seuls dans leur patelin. Quand un adolescent gai est le seul à 50 kilomètre à la ronde, ça crée parfois trop de pression de s’afficher ouvertement.»
 
Plusieurs autres différences existent entre les territoires. Par exemple, les élèves sont parfois plus ouverts que leurs professeurs, aux yeux d’Anthony Laroche, bénévole au GRIS depuis quatre ans. «Quand je suis en Mauricie ou dans les Laurentides, ce sont souvent les profs qui posent les questions les plus abasourdissantes. Par exemple, on m’a déjà dit "Toi, je te regarde, t’es correct. T’es pas habillé serré… Pourquoi y en a qui sont de même?" En entendant ça, les jeunes se sont regardés, surpris que leur prof ait dit ça, comme s’ils étaient plus au courant des préjugés.» Par ailleurs, les élèves des régions sont souvent plus curieux que ceux de Québec ou de Montréal, selon Frédéric Savard. «Quand je demande à ceux qui connaissent une personne homosexuelle de lever la main, la plupart des ados de 14 à 17 ans que j’ai rencontrés en ont parmi leur famille ou les amis des parents. Ce n’est pas extraterrestre pour eux. En région, ils en ont peut-être vu à la télévision, mais souvent jamais en vrai. Ils ne font pas preuve de fermeture, au contraire. Leur intérêt est accru, car ils en côtoient pas ou peu.»
 
Même si la présence de membres de la communauté LGBTQ+ est plus élevée dans la métropole, les réactions ne sont pas automatiquement positives devant les bénévoles. «Dans les quartiers davantage multi-ethniques, il y a plus d’opposition: certains élèves se couchent la tête sur leur bureau, ils n’écoutent pas, ils parlent avec leurs amis, ils échangent des clins d’œil ou ils soupirent fort. Ce sont mes interventions préférées, car j’ai l’impression de faire encore plus une différence. Je suis probablement le premier gai à qui ils parlent et qui se présentent à eux avec fierté», souligne Anthony. Lorsqu’il se présente en banlieue de Montréal, les réactions sont plus lisses. «Si les élèves ont des préjugés, ils n’osent jamais les exprimer devant nous. Ça ne signifie pas nécessairement qu’ils en ont moins, mais ils savent peut-être mieux les cacher.» Frédéric Savard note lui aussi que des étudiants se censurent à l’occasion. «Les jeunes veulent éviter de nous froisser ou d’être trop intrusifs. On doit les rassurer et leur dire qu’on ne se fâchera pas. Cela dit, les questions crunchy sont très rares, peu importe où.»
 
Selon la section, il arrive parfois qu’une certaine distance s’établisse entre les bénévoles et les étudiants. «À Montréal, les jeunes se positionnent davantage, en nous félicitant pour la conférence chaleureusement ou en écrivant dans leurs commentaires qu’il n’y aura jamais de gais dans leur famille. En banlieue, ils nous écrivent souvent que ça ne les dérange pas, que les gais et lesbiennes peuvent faire ce qu’ils veulent. Leurs commentaires sont moins personnels et souvent très vagues. Comme s’ils se détachaient du sujet. Quand je fais des interventions en banlieue, je fais un effort pour leur dire que je viens de Sainte-Thérèse pour qu’ils comprennent qui je suis. Si je disais seulement que je vis à Montréal, je pense qu’ils se sentiraient moins concertés. Comme si l’homosexualité, ça ne se passait pas chez eux», analyse Anthony. 

Plus d'informations : 
GRIS-MONTRÉAL https://www.gris.ca/
GRIS-QUÉBEC https://www.grisquebec.org/
GRIS-CHAUDIÈRE-APPALACHES https://www.grischap.org/
GRIS-MAURICIE/CENTRE-DU-QUÉBEC https://www.grismcdq.org/
GRIS-ESTRIE http://grisestrie.org/