Le 29 novembre, dans le cadre du Festival Bach Montréal

La voix de Jakub, une caresse pour l’âme

Denis-Daniel Boullé
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Jakub Jozef Orlinski
  • Jakub Jozef Orlinski

Les contre-ténors de la nouvelle génération connaissent l’engouement du public. Jakub Józef Orlinki en est une de ces étoiles montantes. Participant à une émission de France Musique en juin 2017, le jeune Polonais est arrivé sur scène avec son pianiste en tenue décontracté. Il ne savait pas qu’il serait en direct sur la toile. Une vidéo qui aujourd’hui a été vu par 1 million de personnes sur Youtube et 2 millions sur Facebook. Une reconnaissance dont il sera le premier surpris. Jakub Józef Orlinski sera à Montréal le 29 novembre prochain dans le cadre du Festival Bach, l’occasion de découvrir non seulement une voix superbe, mais aussi l’expressivité d’un chanteur qui a une autre passion: le break dance!

Rejoint par Skype en France, alors qu’il termine son premier album solo Anima Sacra avec l’orchestre Pomo d’Oro, Jakub Józef Orlinski refuse de se considérer comme une star malgré cette toute récente reconnaissance, et préfère se considérer comme un passeur d’émotions. Il n’a pas grandi dans une famille de musiciens, mais de peintres et d’architectes. «J’ai commencé à chanter dans une chorale, c’est là que ma passion s’est développée pour la musique. Et puis, le fait d’avoir une voix de contre-ténor m’a permis aussi de me distinguer des autres chanteurs». Études et concours vont dès lors occuper la vie du chanteur jusqu’à la reconnaissance d’aujourd’hui.
 
À Lille, où il se trouve au moment de notre entrevue, il finit d’enregistrer son premier album solo Anima Sacra, tout en étant se préparant à être sur la scène de l’opéra de Lille dans Rodelinda de Haendel. Le chanteur lyrique a choisi des airs de compositeurs baroques moins connus ou méconnus du XIIIe siècle mais qui résument l’amour que porte le contre-ténor à la musique baroque. Un amour né de ces premières années passées dans un chœur.
 
Pourquoi des compositeurs moins connus que Vivaldi, Bach, Monteverdi ou Haendel? «Avec des compositeurs moins connus, nous avons trouvé des partitions et des livrets qui sont au croisement des musiques religieuses et de l’opéra. L’opéra permet de mettre en avant les émotions, les sentiments qui sont souvent plus retenus dans les airs spécifiquement religieux», nous explique le jeune chanteur lyrique qui n’a que 27 ans.
 
 
 
«Yannis François, le recherchiste, et moi avons pris plus de 14 mois pour choisir les pièces qui nous plaisaient le plus dans le répertoire baroque, et qui rejoignaient aussi cette dimension sacrée et spirituelle qui venait déjà me chercher lorsque j’ai commencé à chanter dans un chœur». On comprend pourquoi l’album porte le titre d’Anima Sacra. Et d’ajouter que pour lui ce n’est pas une question de religion puisque tout le monde peut être touché par cette musique.
 
On pourrait penser qu’il existe un hiatus dans la vie de Jakub Józef Orlinski entre sa passion pour la musique et celle qu’il a développé pour le break dance. Et bien, pas du tout. «J’ai commencé le break dance à 18 ans, et je m’y suis senti tout à fait à l’aise. En fait, le chant et la danse sont pour moi la même façon d’exprimer ce que je suis, et de partager des émotions avec un public. Et puis, que ce soit dans le chant baroque ou dans ce style de danse, il y a aussi une partie d’improvisation, les partitions baroques laissant une grande liberté dans l’interprétation, tout comme le break dance», nous confie-t-il. Et il n’est toujours pas facile de concilier les deux à moins que, comme au Festival d’Aix-en-Provence en 2017, dans la production d’Erismena de Cavalli, un opéra baroque, on laisse à Jakub Józef Orlinski le soin d’intégrer une courte séquence de break dance.
 
Avec son physique de jeune premier, une voix enchanteresse comme une caresse à l’âme, Jakub Józef Orlinski se produit aujourd’hui sur toutes les scènes, en récital, ou dans des opéras baroques. Son agenda est rempli pour les années à venir ce qui lui laisse que très peu de temps. «Dès que j’ai un moment, je retourne en Pologne pour passer du temps, avec mes parents, mon frère, sa femme et leurs enfants. Et puis j’en profite pour retrouver mon groupe de break dance, avance-t-il, mais j’aime actuellement la vie que je mène, je voyage, je rencontre beaucoup de monde, et j’adore cela».
 
Montréal sera sa toute première visite au Canada. Un arrêt bien trop court pour qu’il puisse découvrir la ville, appelé à se produire sur d’autres scènes. Dans le cadre du Festival Bach, le jeune chanteur lyrique reviendra à des compositeurs baroques dont les noms sont connus de toutes et de tous: Vivaldi, Handel, et bien évidemment Bach dont un arrangement que ce dernier fit du Stabat Mater de Pergolese. Plus deux autres compositions qui se retrouvent sur l’album à en préparation, L’agnalletta timiditta de Gaetano Maria Schassi et Donec Ponam de Domènec Terradellas.
 
 
Et quant à savoir pourquoi il y a un regain du public pour les contre-ténors, Jakub Józef Orlinski avance quelques hypothèses. «Il y a eu depuis plusieurs années un retour vers la musique baroque, et il était donc normal d’entendre des contre-ténors. Mais je pense que les gens sont tout d’abord intrigués puis séduits par le timbre de voix des contre-ténors qu’ils ne savent pas trop classer, qu’ils trouvent étranges (Rires!)», conclut-il.
 

Jakub Józef Orlinski, le 29 novembre 2018, à l’Église St Andrew et St-Paul, dans le cadre du Festival Bach Montréal, qui se déroule du 22 novembre au 7 décembre.

Pour informations, visitez le site www.festivalbachmontreal.com