23 septembre 2019

Projection de Sauvage à Montréal

Denis-Daniel Boullé
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Plusieurs films ont été faits sur la prostitution masculine, dont les plus remarqués ont été HUSTLER WHITE de Bruce Labruce en 1996, et L’AMOUR AU TEMPS DE LA GUERRE CIVILE du Québécois Rodrigue Jean, en 2014, à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. SAUVAGE de Camille Vidal-Naquet s’inscrit dans la même lignée. Après la première montréalaise l'an dernier au Festival Image+Nation (en présence de l'acteur principal), une  rare projection de ce film à Montréal aura lieu au Centre Phi le 23 septembre prochain.

Entre les travailleurs du sexe qui vendent leur corps pour différentes raisons, la drogue, simplement l’argent, et les fantasmes les plus étranges des clients, nous ne sommes pas dépaysés sinon que cela se passe dans la toute proche banlieue de Paris. Là où le film nous surprend agréablement, c’est que tout s’articule autour d’un jeune de la rue, Léo, interprété par Félix Maritaud (120 BATTEMENTS PAR MINUTE et UN COUTEAU DANS LE COEUR) qui déjoue tous les clichés et stéréotypes liés au travail du sexe.

 

On ne sait rien de Léo. Sinon qu’il vit la plupart du temps dans la rue. Quand il n’a plus d’argent, il cherche un peu de bouffe dans les poubelles, et dort sous des portes cochères si un client ne lui propose pas de passer la nuit chez lui. Il en va de même avec le sexe où il n’a de plaisir que dans le plaisir qu’il donne à l’autre. Il ne semble exister que dans le désir de l’autre. Électron libre au regard des autres prostitués qui ne le comprennent pas, il ne semble ni heureux, ni malheureux. Bien sûr Léo aimerait une relation plus stable avec un autre prostitué, Ahd (Éric Bernard), un gars hétéro qui tapine pour se constituer une cagnotte et partir ouvrir avec sa blonde un commerce en Espagne.

 

Léo ne comprend pas qu’Ahd se refuse à lui mais s’il en éprouve une tristesse, n’en ressent pourtant aucune rancœur. Et, entre les rencontres avec les clients, les nuits passés à la belle étoile, et son insistance à fréquenter Ahd, Léo échappe à toute lecture psychologique. Les seuls dialogues qui pourraient apporter quelques éléments de réponse sont ceux que Léo a avec des docteur.es mais qui ne font que ressortir la distance qu’il existe entre le monde réel et celui de Léo. Tout tient dans le jeu talentueux de Félix Maritaud qui livre un Léo touchant, attendrissant, d’une candeur saisissante, que l’on aurait envie de protéger contre un monde dans lequel il ne trouve pas sa place, dans lequel il n’a pas sa place. Un peu comme dans la fable de Lafontaine, Le Loup et le Chien, quand le loup préfère la dure liberté au confort de porter un collier et d’être attaché.

 

Le réalisateur de SAUVAGE, Camille Vidal-Naquet, a travaillé comme bénévole plusieurs années avec une association qui vient en aide aux prostitués masculins dans la région parisienne. Il a, de ce fait, écouté nombre d’histoires différentes de la part de gars pour qui il a développé une très grande empathie, voire de l’amitié. Il était important pour lui de montrer une facette différente, l’envers du décor de la prostitution. Bien sûr certaines scènes sont relativement explicites dans les actes sexuels. Et les tatouages qu’arborent Félix Maritaud sont vraiment les siens. 

 

SAUVAGE sera présenté au Centre Phi le 23 septembre prochain, grâce à la collaboration du festival de film de Namur en Belgique

Portes: 19h    Projection: 19h30    Billets: 13,50$ (aînés et étudiants: 10,99$)   Taxes et frais inclus

Où: Espace A (1er étage)  Formule cabaret

https://phi-centre.com/evenement/fiff-namur-sauvage-fr/