28 novembre au 1er décembre

De la force de «La glorieuse fragilité»

Denis-Daniel Boullé
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De la force de La  	glorieuse fragilité

Au moment d’écrire ces lignes, la chorégraphe et danseuse, Karine Ledoyen était en plein processus de création. La ligne directrice était tracée, le matériel était choisi. Mais comme dans tout processus de création, de nouvelles avenues se dessinent, d’autres s’évanouissent apportant des colorations imprévues à la ligne directrice fixée. La création est fragile, ce qui est peut-être sa gloire au final.

Karine Ledoyen aime bien se présenter comme une artiste de Québec, là où elle évolue. Certain.es connaissent son concept Osez !, présenté sur différents quais du Québec et de grandes villes d’ici et bien sûr à Québec. Chaque soir pendant une semaine, entre 16 et 25 danseurs se réunissaient chaque jour pour élaborer une chorégraphie présentée le soir même. La compagnie qu’elle a créée, Danse K par K, compte à son actif six chorégraphies et est depuis 2017, résidente à la Maison de la danse de Québec.
 
Avec De la glorieuse fragilité, la chorégraphe fera une exception à sa règle puisque sa dernière pièce sera présentée pour la première fois à Montréal et non à son port d’attache, Québec. Ce qui stresse un peu Karine Ledoyen. « Comme tout artiste, le stress fait partie de toute création, de toute présentation devant public, ajoute-t-elle dans un éclat de rire, mais c’est à Québec où j’ai présenté toutes mes autres créations ». Un point de départ marque ce nouveau projet, la rupture accidentelle qui peut se produire dans une vie et qui nous oblige à faire un deuil et à redéfinir notre avenir. « Bien sûr, dans le texte de présentation publié dans le programme, on mentionne le deuil, explique Karine Ledoyen. Ma porte d’entrée était au départ le deuil, et ma réflexion m’a portée vers les danseurs et le moment où ils arrêtaient de danser pour de multiples raisons différentes, de tourner en fait une page, et donc d’un deuil à faire. J’ai réalisé des entrevues avec de nombreux danseurs de tous âges, mais ô surprise, cela m’a plutôt conduit vers une célébration de la danse, bien loin du deuil. La majorité des danseurs m’ont dit qu’ils n’avaient pas arrêté de danser. Oui, ils avaient quitté la scène mais tous disaient qu’ils dansaient autrement. Il y avait donc une continuité, avec une transition, certes, mais pas un arrêt. Ces entrevues seront comme une trame narrative dans le spectacle et je les utilise de différentes façons au cours de la pièce puisque que je veux qu’il y ait une interaction avec les dan-seurs sur scènes, les projections et même des moments où les dan-seurs prennent la parole ».
 
Mais, dans le mouvement des dan-seurs, comment la rupture ou la transition peut-elle se modaliser sur scène? La chorégraphe, qui aime les défis, a construit la chorégraphie comme un jeu. «Ce qui m’intéresse le plus, c’est le brut de la création, comment on arrive à cette étape-là, puis comment on focalise dessus, continue la chorégraphe. Pour garder ce caractère brut dans De la glorieuse fragilité, j’ai créé des jeux à l’intérieur de la pièce. Les danseurs vont avoir des éléments qui vont venir percuter leur performance. Ce ne sont pas des parties improvisées car quand ces éléments interviennent dans la performance, les danseurs ont des critères et des règles du jeu à respecter. Ils ont des choix établis à l’avance. Et ce sera aussi teinté de ce qu’ils ressentent dans le moment présent, cela permet une relation directe avec le public. Les danseurs ont une relative liberté, mais ce n’est pas de l’improvisation. Ils peuvent, par exemple ralentir ou accélérer leurs déplacements comme ils le souhaitent».
 
Pour l’accompagner dans ce voyage et dans cette réflexion, Karine Ledoyen s’est entourée d’Ariane Voineau avec qui elle collabore régulièrement, de Jason Martin et Simon Renaud avec lesquels elle souhaitait travailler depuis longtemps, et d’Elinor Fueter. « C’est toujours un processus de collaboration avec les danseurs, dans ce qu’ils peuvent apporter dans toute création, mais encore plus dans De la glorieuse fragilité. Ils doivent être mis en avant car ils sont énormément sollicités puisqu’ils parlent du métier de danseur », conclut Karine Ledoyen. 
 
De la glorieuse fragilité de Karine Ledoyen
28 au 30 novembre à 19 h et le 1er décembre 2018 à 16 h
Agora de la danse, 1435, rue De Bleury, Montréal, Métro Place-des-Arts
Billetterie : 514 525-1500 / agoradanse.com 
 
Midi-coulisses : Jeudi 22 novembre, à 12 h, venez assister à un extrait de l’œuvre – quelques jours avant la première – et rencontrez Karine Ledoyen et son équipe de création. Un temps gratuit (environ 40 min), durant lequel vous pouvez apporter votre lunch, et profitez d’une pause artistique