AU-DELÀ DU CLICHÉ

Le jour où j’ai compris l’utilité de la PrEP

Samuel Larochelle
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Samuel Larochelle

L’acronyme est dans l’air du temps. Certains amis prennent la PrEP, d’autres condamnent son usage. Moi, monsieur opinion, j’ai longtemps été incapable de prendre position. Comme si ce traitement de prévention contre la transmission du VIH venait avec un sous-texte, un chuchotement insidieux, des préjugés tenaces: les usagers de la prophylaxie pré-exposition sont des courailleux qui veulent courailler davantage (le sexe, c’est mal, tsé...), ils se croient immunisés contre le sida, ils cessent d’utiliser le condom et ils favorisent la prolifération des ITS. Pourtant, le jour où l’éditeur du Fugues m’a demandé si j’avais envie d’écrire sur le sujet, j’ai fait des recherches et j’ai compris à quel point ces arguments étaient loin de la réalité.

Ce qu’il y a de bien avec le métier de journaliste, c’est qu’il vient avec l’obligation de comprendre, de fouiller, de poser des questions et d’apprendre. Alors que 2018 tire à sa fin et que je me considère comme un homme éduqué, qui ne plie pas sous le poids de ses préjugés, il était grand temps que je me fasse une idée sur ce traitement médicamenteux destiné aux personnes qui n’ont pas encore été contaminées par un agent viral. Depuis des années, je me contentais de demi-informations, d’une compréhension approximative et de la perception populaire.
 
La pire chose que j’ai entendue est d’une brutalité sans nom: la PrEP, c’est pour les «salopes», ceux qui ont une vie sexuelle débridée, qui enchaînent les amants à un rythme si élevé qu’ils n’ont pas le temps de retenir leurs prénoms, qui participent à des sexe-partys et que certains vertueux résument à des «dompes et des pompes à sperme». Comme si le risque de contamination au VIH dépendait uniquement de l’intensité des activités sexuelles. Dans les faits, le jeune homme en couple et fidèle depuis dix ans, qui couche avec un nouveau partenaire – en apparences sans danger - peut être contaminé après une seule relation sexuelle non protégée, alors que des hommes qui enchaînent les baises, en se protégeant ou non, n’attrapent parfois rien de leur vie. Peut-être que cela semble injuste aux yeux de certains, mais les apparences ne garantissent rien et la fréquence sexuelle non plus.
 
Au-delà de l’intensité sexuelle, il est impératif de considérer le groupe sexuel auquel on appartient. Qu’on le veuille ou non, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ont 200 fois plus de risques de contracter le VIH que ceux qui conjuguent uniquement le sexe au féminin. En résumé: peu importe le nombre de pénis avec lesquels vous avez joué dans votre vie, les probabilités de contracter le VIH existent et les moyens de prévenir la contamination représentent une bonne nouvelle, et non une raison supplémentaire pour stigmatiser ceux qui ont du sexe de façon plus débridée que vous.
 
Autre idée détruite grâce à quelques minutes de recherches: celle voulant que la PrEP encourage les gars à ne plus mettre de condom, ce qui augmenterait la prolifération desinfections transmises sexuellement (ITS). Dans un premier temps, il faut souligner l’intérêt et l’importance de disposer d’un outil complémen- taire au préservatif pour lutter contre le VIH. La PrEP permet aux personnes de choisir le moyen de prévention qui convient le mieux à leur situation. Un peu comme c’est le cas dans un contexte de prévention de grossesse où les partenaires peuvent choisir entre la pilule, la capote, la pilule du lendemain, l’anneau, le stérilet, etc. Par ailleurs, les études n’ont pas démontré, à ce jour, que l’usage de la PrEP augmentait le nombre d’ITS. Le suivi médical inhérent à l’usage de la PrEP permet un dépistage plus fréquent des ITS, un traitement plus rapide et une diminution de la transmission. Plusieurs personnes se concentrent uniquement sur les coûts de la PrEP et s’insurgent contre l’idée de donner un médicament à des personnes en santé. Ils oublient probablement le principe fondamental des traitements préventifs (comme les vaccins), qui visent à prévenir plutôt que guérir. Et surtout, ils ignorent que les coûts de la prévention ciblée sont moins élevés que les soins.
 
Lorsqu’on possède toutes ces informations, il n’y a qu’un pas à franchir avant de proposer un usage à grande échelle de la PrEP dans une population à risque, comme c’est le cas des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Il y aura bien sûr des gens pour critiquer une dépense gouvernementale couvrant un traitement préventif qui offre plus de sécurité à ses usagers, donc parfois plus de liberté, une vie sexuelle plus active et des comportements socialement mal vus, selon nos mœurs bien plus judéo-chrétiennes qu’on le pense. Du genre: tu ne tromperas point, tu ne sexeras pas trop et tu jugeras tous ceux qui pratiquent le sexe comme une discipline sportive de haut niveau, afin de mériter ton ciel ou le statut de bonne personne, en assumant une bonne dose d’hypocrisie. Pourtant, on devrait seulement considérer cette équation: plus il y a aura d’usagers de la PrEP, moins le VIH fera de nouvelles victimes.