Témoignages

En guerre contre le mot «clean»

Yannick LeClerc
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Témoignage
Un militant français de la lutte contre le VIH/sida a signé, fin août, un texte intéressant sur la sérophobie où il part en guerre contre l’utilisation du mot « clean ».
Dans ce texte, Fred Colby raconte qu’il a souvent été confronté à quelqu’un qui lui demandait s’il était «clean» (c’est à dire séronégatif) sur les applis ou dans la vie.
 
« Les premières années, j’assumais mal mon statut sérologique, j’en avais presque honte», se souvient-il. «Donc je répondais presque tête baissée que j’étais séropo et une fois sur deux le mec me bloquait en virtuel ou sortait de la cabine si j’étais au sauna… » Avec les années, il a appris à mieux assumer son statut. Et sa réponse a changé : « Je répondais alors avec humour que OUI j’étais propre car j’avais pris une douche et je demandais au mec où il en était de ses dépistages en lui expliquant au passage qu’il est plus sûr d’avoir un rapport sexuel avec un séropo sous TASP (Treatment As Prevention = traité et indétectable donc non contaminant) qu’avec un séroneg qui ne se pas fait dépister régulièrement et qui est potentiellement séropo, sans le savoir, donc non traité et avec une charge virale probablement élevé donc contaminant… »
 
Aujourd’hui, il dit avoir moins de patience. D’abord parce qu’il n’a plus envie de s’exposer au rejet et surtout parce qu’étant sous TASP lui-même il sait qu’il ne fait courir aucun risque à son partenaire. Mais, conclut-il: « les mots ont un sens et peuvent blesser. Je suis blindé aujourd’hui heureusement, mais je pense à tous les séropos isolés qui m’écrivent en messages privés  pour me remercier des messages que je fais passer et me dire que c’est pas toujours facile à garder pour soi. J’ai envie de vous dire que vous n’êtes pas sales. Soyez fier-e-s. »