France

Les dessous d’un projet d’attentat contre la communauté gaie

Collaboration Spéciale
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Depuis le 12 juin, deux amis radicalisés de Seine-et-Marne, une région à l’est de Paris, sont en prison pour terrorisme. L’un est soupçonné d’avoir ciblé de jeunes homosexuels sur des sites de rencontre. Révélations.

Dans ce duo de fanatiques de Daech, le premier est un jeune Français d’origine pakistanaise accro à Internet. À 23 ans, A.B. est soupçonné de s’être inscrit sur des sites de rencontres afin de piéger un jeune homosexuel. Le second est un Tchétchène de 21 ans. Artiste dans l’âme et habile de ses mains, B.E. aurait confectionné des armes artisanales en vue d’une action violente. 

Amis décole, ils ont été cueillis le 9 juin à leur domicile par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure avant d’être mis en examen pour terrorisme et écroués trois jours plus tard. C’est l’un des derniers projets d’attentats islamistes déjoués en 2018.

 

L’affaire démarre au début de l’année lorsque A.B. est repéré lors d’une veille de la DGSI sur les réseaux sociaux. « Il était identifié comme membre de la mouvance djihadiste», relèvent les enquêteurs dans leur rapport de synthèse. Le 31 mai, ces derniers remarquent que le jeune titulaire d’un bac professionnel, qui a appris le Coran lors d’un séjour au Pakistan, cherche « à entrer en contact, de manière non habituelle, avec des membres de la communauté gaie ». 

Des connexions sur des applications telles que « Lovoo » ou « Rencontre Ados » sont relevées.

 

Un jeune garçon a témoigné sous X de ses échanges avec le suspect. Bisexuel, il raconte avoir été contacté par un utilisateur dont la photo de profil est celle « d’un homme aux cheveux blonds ». Celui-ci explique « chercher quelque chose de sérieux » et réclame de lui téléphoner, se disant peu à l’aise sur les sites de rencontre. « J’ai trouvé cela rapide mais par curiosité, je l’ai appelé depuis chez ma mère […], raconte le mineur aux policiers. Pendant notre conversation, il m’envoyait des messages exprimant son désir de m’épouser. Il le disait aussi de vive voix. »

 

L’appel prend fin au bout de 10 minutes lorsque l’adolescent prend peur. Son interlocuteur insiste pour le voir en province : « On habite loin mais cela ne me fait pas peur de faire le voyage jusqu’à chez toi ». Il remarque aussi que ce soi-disant amoureux transi parle avec un accent, ce qui ne collerait pas avec sa photo. Le 8 juin, le garçon se manifeste à la police avec sa mère, soupçonnant un guet-apens terroriste !

 

Le lendemain, A.B. est placé en garde à vue. « Je suis musulman pratiquant mais contre le terrorisme », se défend-il devant les policiers. L’appel au jeune bisexuel ? « Ça ne peut pas être moi », rétorque-t-il, tout en admettant que personne d’autre n’aurait pu utiliser son téléphone. « Que pensez-vous des homosexuels ? C’est bien, c’est mal ? », esquivent les enquêteurs, pour tenter de déceler une homophobie violente ou à l’inverse une préférence sexuelle. Réponse : « C’est pas bien. Je n’ai rien à voir avec eux. » Une vingtaine de garçons aurait répondu aux invitations du compte d’A.B. sur les applications.

 

Si aucun lien formel n’a pu être fait entre ses connexions répétées sur des sites de rencontre et sa radicalisation, les policiers retrouvent sur son téléphone des messages Telegram dans lesquels il évoque « un projet » pour lequel il est « motivé » et doit rester « discret ». 7000 images d’exactions de l’État islamique (EI) sont aussi exhumées. Les investigations mènent jusqu’à son camarade B.E. Au domicile et dans la voiture de ce jeune Tchétchène au profil de « Géo Trouvetou », les policiers font de surprenantes découvertes : une bague aux symboles de Daech, deux couteaux, des composants électriques, ainsi qu’un étrange pistolet artisanal supportant un tube… « Depuis tout petit, j’ai des outils et je teste des trucs », reste-t-il évasif en garde à vue, refusant de répondre aux questions sur la religion.

Selon les experts, l’un des boîtiers, s’il n’est pas équipé de matière explosive, dispose d’un système capable de « déclencher une explosion d’atmosphère (gaz, essence) ou de matière explosive (type TATP) ». Quant à l’arme à la forme baroque, c’est A.B qui passe aux aveux : elle sert à envoyer des projectiles longue portée après introduction de poudre de munition à kalachnikov. Elle aurait déjà fonctionné lors d’un essai dans un parc. S’il reconnaît avoir cherché à se procurer des balles, le suspect nie tout lien avec un projet d’attentat : « Je voulais juste faire comme Mac Gyver à la télé. Je voulais fabriquer un bazooka avec des boules de pétanque remplies de poudre ». Les deux amis sont depuis incarcérés.

 

Sources : Le Parisien