Par ici ma sortie

Moins de vœux, plus de gestes

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel Boullé

Heure des bilans, comme chaque fin d’année avec à la clef tous les vœux pour l’année à venir, des vœux pour chacun comme des vœux pour l’ensemble de la planète, quoique celle-ci se contenterait bien plus de gestes que d’intentions aussi sincères soient-elles.

Si les communautés LGBTQ2S+ ont eu de quoi se réjouir cette année, avec entre autres les excuses du gouvernement canadien pour celles et ceux qui ont subi de la violence et de l’exclusion de la part des forces militaires et de la fonction publique en raison de leur orientation sexuelle ou de leur genre, tout n’est pas pour autant réglé. Entre autres pour faire du Québec et du Canada, un espace en tout temps sécuritaire pour les minorités sexuelles.
 
Au Québec, la politique nationale contre l’homophobie et la transphobie continuera avec le nouveau gouvernement de la CAQ. En fait, le second volet lancé par le gouvernement sortant pour les cinq ans à venir sera maintenu. On peut tout de même se demander si les caquistes auront envie d’y apporter leur touche en le modifiant voire le bonifiant. Il y a des surplus budgétaires, un petit geste pour bien commencer l’année serait le bienvenu après les années de rigueur – pour ne pas dire d’austérité – imposées par les libéraux. D’autant plus qu’en augmentant un peu l’enveloppe budgétaire pour les minorités sexuelles, il y a peu de risques de mettre le ministère des finances au bord de la faillite. Même le soutien à Bombardier n’a pas gêné le ministre des finances précédent d’engranger des économies.
 
On souhaite aussi que l’on en finisse une bonne fois pour toute avec le dossier des personnes trans-migrantes d’autant qu’il est sûr aujourd’hui que cela relève exclusivement du Québec, et non du fédéral comme on a tenté de nous le faire croire.
 
Maintenant que nous avons laissé le temps à Sonia Lebel de prendre ses fonctions comme procureure générale du Québec et ministre de la Justice, nous lui demanderons à quelle sauce seront apprêtés les organismes communautaires pour les quatre ans à venir.
 
Après presqu’un mois dans l’alma mater, la France, à repasser d’anciens chemins souvent empruntés autrefois, je n’ai pu que constater les contrastes qu’il existe dans ce pays, entre l’ouverture réelle de la population et la violence des actes homopho-bes et transphobes. Les gars qui se promènent main dans la main ne sont pas rares. À Paris, comme en province. Ému de voir deux gars s’embrasser avant de se séparer à la gare de Lyon un dimanche soir. Les gens passaient autour d’eux sans que cela ne suscite aucune réaction, même pas de regards amusés, ou ironiques. Et pourtant, nombreuses et nombreux sont ceux qui ont été victimes d’agressions et au cours d’activités les plus quotidiennes, les plus banales. Il semblerait que le gouvernement français ait décidé de mettre en place des mesures pour contrer cette vague d’agressions en concertation avec les associations LGBTQ. Peut-être une campagne nationale? À moins que la grogne populaire ne gagne du terrain et que le locataire de l’Élysée estime que ce n’est plus une priorité.
 
Paris, mais sans oublier le Québec. La comédienne Sophie Cadieux a remporté un franc succès sur les planches d’un théâtre parisien dans la pièce de Sarah Kane, Psychose 4.48, dans une mise en scène de Florent Siaud. Les critiques dans la presse française (Le Monde, Libération) ont été élogieuses pour ce moment de pur bonheur théâtral. Sophie Cadieux, éblouissante dans un rôle particulièrement difficile, a conquis le public le soir où j’assistais à la représentation. Créé à Montréal l’année dernière, on souhaiterait que la pièce soit reprise pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vue.
 
Des petits moments de bonheur dans un monde troublé et pouvant faire naître de l’inquiétude. La montée des po-pulismes, le repli vers des nationalismes que l’on croyait appartenir au passé, n’augu-rent rien de bon pour les droits de la personne et bien entendu pour les minorités sexuelles. Toujours en première ligne pour servir de boucs émissaires aux États-Unis, au Brésil, dans tant de pays encore. Et puis les changements climatiques qui sont plus rapides que le changement de nos comportements pour s’y adapter ou pour éviter la catastrophe qui, n’en déplaise aux antimondia-listes et climato-sceptiques, sera planétaire.
 
Que souhaiter pour 2019? La même chose que souhaitent toutes les Miss Monde de la planète. L’éradication de la faim dans le monde, la paix, une meilleure répartition des richesses, une meilleure protection de la nature pour que les ours polaires puissent encore faire du surf sur des bancs de glace, une égalité réelle entre les hommes, les femmes, etc. Les mêmes vœux que l’on se souhaite autour ou après les douze coups de minuit qui nous feront entrer dans 2019 officiellement.
 
Peut-être de s’engager un peu plus, chacun à son niveau, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle, pour porter le changement, pour pouvoir aussi se compter, et ne plus répéter simplement: Mais qu’est-ce que j’y peux? Rien effectivement. Et encore moins que rien si on ne bouge pas, si on ne décide pas d’apporter sa contribution. Ne pas laisser les décideur.es économiques et politiques, élu.es ou non, prendre des décisions sans nous. Car comme le dit si bien un proverbe: Si tu fais quelque chose pour moi, mais sans moi, tu risques fort de le faire contre moi!