2019

Sexualité, un mot bientôt tabou sur Facebook?

Yves Lafontaine
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Après avoir mis au ciblage en fonction de lorientation sexuelle, la modification des «standards de la communauté» sur la plateforme Facebook — y compris dans les outils de discussion privée —, fait craindre une censure frappant en premier lieu les utilisateurs LGBT.

Peut-on encore parler de sexualité sur Facebook, quelel soit hétéro ou gaie? C’est la question qui se pose après que le réseau social a discrètement mis à jour ses «standards de la communauté» le mois dernier. Après avoir banni «la sollicitation sexuelle» («tentatives de coordination ou de recrutement pour des activités sexuelles adultes») au nom de la «protection des personnes sensibles», la plateforme a modifié son règlement pour y intégrer le concept vague de «sollicitations implicites», citant notamment les «déclarations suggestives» sur les «rôles» et «préférences» sexuelles.

Dans une traduction française qui semble tout droit sortie d’un algorithme, les «standards de la communauté» citent encore «l’état d’excitation, l’acte sexuel ou l’activité sexuelle (pénétration sexuelle ou plaisir de soi), les zones du corps couramment érogènes comme les seins, l’entrejambe, les fesses, l’état de l’hygiène génitale ou des fesses» comme étant hors-limite.

The Daily Dot note que ces principes – désormais en vigueur non seulement sur Facebook, mais aussi sur les plateformes affiliées (Instagram, Messenger) – soulèvent des inquiétudes auprès de la communauté LGBTQ. Des groupes servant d’espace de discussion sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre, ainsi que les groupes de drague virtuelle semblent dans la ligne de mire de Facebook.

Espace de liberté ?
Poser la question, c'est en partie, y répondre... par la négative. Ian Mahler, un utilisateur queer non binaire cité par The Daily Dot, dit s’inquièter de voir disparaître un espace de liberté et un outil de libération. «En tant qu’ado trans, par le passé, j’ai pu me connecter avec d’autres personnes trans, ça m’a probablement sauvé la vie. Je ne peux pas vraiment imaginer ce qui se serait passé si je n’avais pas trouvé des discussions mentionnant la sexualité, les traitements hormonaux ou les différentes parties du corps.»

On ignore les conditions de mise en œuvre de ces «nouveaux» standards tout en sachant que Facebook est capable de scanner et supprimer par logiciels robots les photos et conversations privées, et ne s’en prive d'ailleurs pas. Rappelons que la page Facebook de Fugues a été bloquée a deux reprises : une fois quelques jours à cause de photos de l'exposition Mapplethorpe qui se tenait au Musée des Beaux arts) et une autre fois, presque une semaine, à cause de photos accompagnant un article sur le calendrier des Dieux du Stade... Ce qui nous forcé Fugues à reveoir sa propoe politique interne quant à la diffusion d'images sur les réseaux sociaux.

Les LGBT plus touché.e.s...

Rappellons qu’en mars dernier, en pleine tourmente dans l’affaire Cambridge Analytica, Facebook avait suspendu les critères de sélection permettant de promouvoir des publications auprès des internautes gais, lesbiennes, bi et trans. L’option, qui apparaissait sous la catégorie «genre» ou «intérêts» dans les outils de promotion, n’est dorénavant plus disponible. Le critère s’affiche toutefois encore dans les «audiences» mémorisées.

Certaines organisations LGBT ont déploré cette mesure qui complique leurs efforts pour atteindre le public. C’est le cas de plusieurs organismes LGBt québécois qui offrent des services de soutien aux jeunes touchés par le harcèlement et l’homophobie. Il est important pour ces organismes que ce ciblage soit disponible. Leurs services sauvent potentiellement des vies.

De plus en plus, Facebook semble abuser de sa position dominante en exerçant une censure scandaleuse, qui peine à se justifier. Sous couvert de créer des espace de sécurité, elle créée de la discrimination et de l’homophobie, car tous les utilisateurs n’ont plus les mêmes possibilités de communiquer. 

Ce durcissement survient au même moment où la plateforme Tumblr (propriété de Yahoo) annonce la suppression imminente de tous les contenus à caractère sexuel, un coup porté aux utilisateurs queer, aux travailleurs du sexe et à de nombreux artistes travaillant sur le corps et la nudité.

Sources : 360.ch et PinkNews