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Le Costa Rica, bon élève d'Amérique centrale pour les droits LGBT

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Dans une région fortement marquée par le catholicisme et l'instabilité politique, le Costa Rica s'apprête à ouvrir le mariage aux personnes de même sexe.

Une série de rendez-vous manqués avec l’histoire : voilà comment peut être qualifiée la lente marche qui devrait bientôt pousser le Costa Rica à légaliser le mariage pour tous, après des années de confusion et de lutte.

Dépénalisée dès 1870 dans ce pays d’Amérique centrale de 4,9 millions d’habitantes et habitants, l’homosexualité y bénéficie depuis d’une certaine clémence, malgré l’omniprésence du catholicisme romain, considéré comme une religion d’État par la Constitution –un particularisme très local, qui ne concerne qu’un seul autre pays sur le continent américain, la République dominicaine.

En 2013, la mauvaise lecture d'un texte par un grand nombre de parlementaires les fait voter à l’unanimité un amendement modifiant le Code de la famille, leur faisant craindre la reconnaissance de nouveaux droits –dont le mariage– pour les couples homos. La loi n’est finalement pas passée : plus de peur que de mal pour les membres ultra-conservateurs de l'Assemblée 

En 2015, par le truchement d’une erreur administrative, Jazmín Elizondo et Laura Florez-Estrada deviennent les premières lesbiennes à s’unir légalement dans le pays. À sa naissance, Jazmín Elizondo a été enregistrée par l’état civil costaricain comme étant de sexe masculin. Coup de pouce du destin, son certificat de naissance erroné lui permet de faire passer un message en faveur de l’union des couples de même sexe. Le mariage est cependant rapidement annulé par le Registre civil qui, assez rancunier, en profite pour poursuivre en justice les deux femmes.

En janvier 2018, à la faveur d’une décision symbolique de la Commission interaméricaine des droits humains [CIDH, une institution dépendant de l’Organisation des États américains] sur le mariage pour tous motivée par la demande de l’ex-président Luis Guillermo Solís, Mario Arias et Roberth Castillo prévoient de s’unir en fanfare dans un bar de San José, la capitale.

Mais le Conseil notarial national coupe l’herbe sous le pied du potentiel premier couple gai marié du Costa Rica, en déclarant en amont l’union inconstitutionnelle. « Cela nous a donné l’occasion de commencer à nous battre, avant même que le Registre civil ne se manifeste », expliquent les deux hommes, soutenus par l’ex-ministre de la Justice Marco Feoli, qui dénonce lui aussi l'injustice de cette décision.

«Droit à une vie commune, oui ; mariage, non», semble marteler la loi, tandis qu'en coulisse, un homme politique de centre gauche, Carlos Alvarado, s’apprête à devenir président. Élu en avril, il fait notamment campagne sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, sur fond de réveil d’un conservatisme religieux mené par les évangéliques du pays.

Quelques mois plus tard, en août 2018, la Cour suprême du Costa Rica rend un avis historique sur l’interdiction du mariage homosexuel, reconnaissant l’existence d’une discrimination de facto. Le Parlement, composé en partie de membres du Parti chrétien évangélique, a désormais dix-huit mois pour modifier la loi, faute de quoi cette interdiction deviendrait caduque. 

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