Pour que vieillir soit gai

Un programme de formation qui roule

Denis-Daniel Boullé
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veiller gay

En 2009, la Fondation Émergence mettait en place le programme «Pour que vieillir soit gai», destiné à tous les intervenant.es du milieu des aîné.es sur les réalités et le vécu des personnes LGBTQ vieillissantes. Recension des bonnes pratiques, guide d’information, charte de bienveillance envers les aîné.es LGBTQ, formation d’intervenants, vidéos de sensibilisation, exposition itinérante. Après une courte période plus silencieuse, en attente de financement, «Pour que vieillir soit gai» a pris un second souffle depuis 2017, avec un lancement «en grand», consacré aux personnes trans vieillissantes. 

Ce second souffle est lié au travail du directeur de la Fondation Émergence, Laurent Brault, et du chargé du programme «Pour que vieillir soit gai», Julien Rougerie. Ce dernier a une formation de chargé de programme pour les organismes à but non lucratif (OSBL). «Je suis arrivé au Québec via les Etats-Unis où je suis resté quatre ans, à San Francisco au début puis à New York, explique Julien Rougerie. J’ai une maîtrise en gestion de projets internationaux, et quand je suis arrivé à Montréal, j’ai commencé dans le domaine culturel avant de me tourner vers le communautaire.»
 
Et comme beaucoup, son point de vue sur le vieillissement a changé depuis qu’il travaille à la Fondation Émergence. Bien sûr son expérience dans la mise en place de projets, dans la gestion des bénévoles ou encore tout ce qui touche à la pédagogie et à la communication a pu s’exprimer en collant parfaitement avec la mission de l’organisme. «J’ai appris beaucoup en prenant conscience de deux niveaux de discrimination systémique, les personnes vieillissantes et les personnes LGBTQ, continue Julien, cela met beaucoup de choses en relief quand on comprend les mécanismes de discrimination.»
 
L’année 2017 a vu la mise en place de formation auprès des intervenants qui œuvrent auprès des aîné.es. Beaucoup considèrent que l’orientation sexuelle et l’identité de genre n’ont aucune importance une fois que l’on atteint un certain âge, ou encore ne connaissent rien à ces réalités. «Depuis la mise en place de la formation, nous avons rencontré plus 800 intervenant.es sur l’île de Montréal; des formations d’une heure et demie, détaille le chargé de programme, et une cinquantaine d’intervenant.es de plus si l’on considère la grande région de Montréal. La subvention du ministère provincial nous limite à l’île de Montréal, mais nous avons reçu en 2017 une petite subvention du fédéral qui nous a permis de sortir de Montréal.»
 
Formation des intervenant.es mais aussi mise à jour des documents d’information, et relance des contacts, parce que le programme était en dormance faute de financement. Bien évidemment, Julien Rougerie s’est entouré d’un certain nombre d’aîné.e.s de nos communautés qui bénévolement participent activement à la promotion du programme «Pour que vieillir soit gai», dont des personnes trans. «Il était important pour nous que les aîné.e.s de nos communautés soient engagés dans ce programme, avance-t-il. Sans elles et eux, nous ne pourrions avancer, nous ne pourrions profiter de leur expérience et de leur expertise, elles et ils sont les premier.ères concerné.es.»
 
Regroupé.es au sein d’un comité, l’implication de ces bénévoles aîné.es LGBTQ2S est vitale pour la réussite du programme. Les bénévoles relisent les documents qui vont être publiés, donnent leur opinion, participent à des vidéos d’information tout comme elles et ils accompagnent Julien Rougerie dans les sessions de formation. Un de ces bénévoles, Jean Lalonde, a d’ailleurs reçu le prix Hommage Bénévolat-Québec 2018 pour les aîné.es dans la région de Montréal, un prix remis par le gouvernement du Québec.
 
Ces aîné.es bénévoles apparaissent en photo dans l’exposition qui circule à travers le Québec. «L’exposition est gratuite, seuls les frais de livraison sont à la charge de ceux qui nous invitent, explique Julien Rougerie. Elle a été présentée en Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue, et à Montréal. Les trois versions de l’exposition sont actuellement retenues. Une communauté autochtone l’a même présentée tout comme la paroisse de Saint-Pierre-Apôtre dans le Village.» En majorité, ce sont des organismes d’aîné.es, des associations de défense des aîné.es, des centres communautaires, des résidences d’aîné.es voire des paroisses. Le succès de l’exposition montre que les aîné.es et les intervenant.es souhaitent en connaître plus sur les réalités LGBTQ. L’exposition est aussi disponible en anglais, tient à préciser Julien Rougerie.
 
Le programme Pour que Vieillir soit gai a été financé par le ministère responsable des aînés avec à l’époque Marguerite Blais. Réélue pour la Coalition Avenir Québec en octobre dernier, Marguerite Blais a retrouvé sous le nouveau gouvernement le portefeuille de Ministre des aînés et des proches aidants. Bonne nouvelle pour le programme «Pour que vieillir soit gai», qui demande une subvention afin que la formation puisse toucher l’ensemble des intervenant.es auprès des aîné.es de toute la province.
 
En attendant des fonds publics, la Fondation Émergence a commencé une campagne de dons auquel on peut contribuer via son site. Lors de votre visite sur le site de la Fondation Émergence, jetez un œil sur le programme «Pour que vieillir soit gai» pour y découvrir des informations pertinentes et découvrir celles et ceux qui s’y investissent, des personnes extrêmement enrichissantes humainement. Et pui,s si vous avez le goût et/ou peut-être l’âge pour donner de votre temps, c’est avec plaisir que l’équipe du programme vous recevra.