Crystal Meth

Il est urgent de parler des ravages du crystal meth

André-Constantin Passiour
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Tunus

Le «Parté RÉZO», le 6 décembre dernier, a vu plus de 120 personnes environ assiter à cette fête dans les bureaux de cet organisme. On en profitait pour dévoiler une œuvre monumentale de l’artiste peintre Yunus Chkirate intitulée «Portraits of Community Liberations» ! Conscient que bien des hommes gais et bisexuels vivent en ce moment avec une dépendance au crystal meth, voilà plus d’un an que Yunus Chkirate appuie le travail de RÉZO qui vient en aide à ceux qui «tombent» dans cette drogue sournoise qui continue à détruire bien des vies… Une rencontre touchante, au-lendemain de cet événement, avec un artiste engagé et sensible au monde qui l’entoure…

Le matin même du 7 décembre, Yunus Chkirate publiait un commentaire sur Facebook où il avouait simplement, qu’il y a un an, il perdait le contrôle de sa vie, qu’il ne faisait pas face à des situations dans sa vie. «J’ai pris la décision consciente d’arrêter de boire de l’alcool. Après deux semaines, j’ai commencé à me questionner si j’avais vraiment un problème et j’ai décidé d’aller à des rencontres des AA afin d’explorer les choses. J’y suis allé avec ouverture d’esprit et dans le but de m’améliorer. C’est à travers ces rencontres et un bon réseau d’appui que j’ai réalisé que je n’avais pas de réel problème d’addiction, mais plutôt que je devais faire face à d’autres aspects de ma vie. Cette expérience m’a aidé à comprendre l’addiction et à contribué à faire en sorte à vouloir aider les autres. Et je suis reconnaissant pour ça. Au fil des mois, j’ai commencé à voir de plus en plus de gens se perdre dans le crystal meth. Mais les gens ne voulaient pas en parler. […] La soirée d’hier a été pour moi le mariage de toutes mes expériences : mon art, une orga-nisation incroyable [RÉZO], notre communauté et de l’amour. Je suis tellement reconnaissant pour chacun et chaque moment. S’ouvrir sur nos vulnérabilités et trouver la force en chacun de nous peut nous conduire très loin», écrit-il…
 
«Je voulais parler de cette expérience-là avec ce commentaire, je voulais raconter mon histoire. J’ai vécu beaucoup de choses personnelles en tant qu’être humain et en tant qu’artiste. Je ne veux pas jouer aux anges, je ne suis pas Nancy Reagan [la femme de l’ex-président américain Ronald Reagan]. Je voulais parler de mon expérience. La force est dans la vérité, quand tu t’ouvres, les gens s’ouvrent aussi. J’ai d’ailleurs été ému de voir la réaction des gens ce matin lorsque le commentaire est sorti», dit Yunus Chkirate qui fêtera bientôt ses 33 ans. 
 
«Depuis un couple d’années, j’essaie de travailler sur moi, le physique, mais aussi la santé, le spirituel, etc., poursuit-il. La consommation vient de choses plus profondes, on désire s’échapper de certaines choses dans sa vie, on a tous des bas et des hauts… Moi, je suis en changement, il y a des moments difficiles, mais il y a mon art qui m’aide. L’art c’est aussi une sorte de thérapie, pour d’autres c’est le gym. Il faut seulement en parler. Je suis tanné que, dans la communauté, on n’en parle pas. C’est presque à la blague que certains disent «I’m just a Tina Queen» [Je suis une queen du crystal meth] ! Non, c’est très sérieux, il faut en parler. La drogue et l’alcool ont toujours faits partie de la communauté, et c’est correct, mais c’est lorsqu’on va vers les extrêmes, comme avec le crystal, que ça devient dangereux.»
 
Yunus Chkirate constate que, même autour de lui, dertains de ses amis font partie des gens qui sont tombés dans le crystal meth. Il constate aussi que, même sur certaines applications de rencontres, le crystal est présent. Des gars recherchent d’autres partenaires pour du «chemsex» (sexe et consommation de drogues, comme du crystal, entre autres). «Il faut en parler plus dans la communauté. C’est le fun la première fois, c’est cool, on s’ouvre sexuellement, les barrières tombent. On se sent bien. Et on comprend très bien pourquoi. Il faut rejoindre justement les gens qui essaient le crystal, et parler des conséquences. Ce n’est pas vrai qu’on peut garder le contrôle là-dessus. On peut leur dire, regarde, fais tes recherches par toi-même, informe-toi. ‘cause Tina is a bitch !», souligne-t-il.
 
«Je sais que c’est quelque chose de très sensible ici parce que cela touche à la sexualité, c’est quelque chose de très intime. Et c’est bon le sexe ! Je n’ai rien contre ça. Je ne suis pas là pour juger. Mais il faut réaliser que tout ce qui est extrême fait mal. Donc, il faut inciter les gens à se questionner. Il ne s’agit pas de juger, on comprend, je comprends ces situations. J’ai vécu avec des gens très, très proches de moi qui ont eu ce problème et c’est cela qui me permet d’en parler. C’est très facile de nos jours avec les applications. On peut le voir aisément lorsqu’on est sensibilisé. À RÉZO, on a développé un outil très simple à utiliser pour faire le bilan de sa consommation et le sexe, on peut aller sur monbuzz.ca. Cela a été encore simplifié et c’est en ligne ! Moi, je ne suis pas un intervenant, je n’ai pas de formation pour aider les gens, mais chez RÉZO il y a plusieurs groupes qui peuvent aider les gars à s’en sortir. Il ne faut pas attendre, comme certains, à aller jusqu’au suicide…»
 
 «Pour moi, il y a une certaine urgence à parler de crystal meth. Tout comme il y a eu urgence, autrefois, de conscientiser et mobiliser la communauté gaie autour du VIH/sida, il est maintenant important de voir les ravages causés par le crystal meth, comment cela brise des vies et brise les vies des gens qui sont autour de ceux qui consomment. Ce n’est pas l’affaire d’un seul individu, de celui qui consomme, mais c’est aussi l’affaire de tout un entourage qui voit la personne s’enfoncer, qui voit la personne changer et se perdre et peut-être même perdre sa vie. C’est très triste. Mais on peut faire quelque chose. C’est là mon implication depuis plus d’un an et demi avec RÉZO maintenant…», commente Yunus Chkirate. 
 
Est-ce que c’est cela qu’il a voulu faire avec la murale, conscientiser? «Oui, la murale va dans ce sens-là, dans ce contexte-là. On voit la personne dans un moment de libération. C’était là l’inspiration pour la murale, se libérer [du crystal]», évoque l’artiste…