Du 13 au 16 février — Xenos d’Akram Khan

XENOS, une épopée pour un danseur et cinq musiciens

Denis-Daniel Boullé
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Xenos d’Akram Khan

Le danseur et chorégraphe Akram Khan est devenu un habitué des saisons de Danse Danse. Acclamé dès sa première prestation en 2006, avec Ma. Il l’est de nouveau dans ce duo improbable, In-I, qu’il crée avec l’actrice française Juliette Binoche, présenté à Montréal en 2009. Il est invité de nouveau pour présenter Vertical Road en 2012. Enfin, en 2017, avec Until The Lions, le chorégraphe présente une autre facette de sa création. Avec XENOS (étranger en grec) présenté cette année, Akram Khan est seul en scène pour une allégorie sur la Première guerre mondiale.  

Akram Khan se singularise par une création qui lie deux cultures, occidentale et sud-asiatique. De là sa formation en danse contemporaine et une danse indo-persane, le Kathak. Dès son premier solo Loose in Flight, le jeune danseur est remarqué et encensé par la critique. Depuis, la Akram Khan Company tourne sur tous les continents. Le métissage des cultures est aujourd’hui la signature et l’écriture chorégraphique d’Akram Khan, toujours en recherche d’explorer le langage du corps. Chacune de ses créations est une réinvention, avec l’idée de repartir d’une page blanche et de l’investir des préoccupations de l’artiste mais qui sont aussi les nôtres.
 
Pour sa dernière apparition sur scène comme interprète soliste, Akram Khan et son équipe de collaborateurs puisent dans les archives du XXe siècle pour révéler l’histoire occultée de millions d'hommes non occidentaux mobilisés par les armées européennes et américaines pendant la Première Guerre mondiale. Plus d’un million d’entre eux étaient venus de l’Inde, enrôlés par l’Empire britannique. Ces soldats ont combattu et sont morts en Europe, en Afrique et au Moyen Orient. Ils sont souvent oubliés quand on évoque les deux grandes guerres mondiales. Dans XENOS, Khan réanime ce pan méconnu de l’histoire, représentant autant le «nous» de l’humanité entière que cet «autre» anonyme, oublié de tous..
 
En entrevue dans d’autres médias, Akram Khan assurait qu’il s’agit de son dernier solo, mais pas de sa dernière création. Comme toujours, le chorégraphe oriente sa création vers l’idée du spectacle total, ce qui inclut entre autres cinq musicien.nes et chanteur.ses sur scène qui joue déjà sur scène lors de l’entrée des spectateurs dans la salle invitant chacun à s’immerger dans l’univers de Khan. La violence, la mort, la lutte pour sa survie dans un monde dévasté par la guerre où chaque seconde peut-être la toute dernière. 
 
Si l’aventure de XENOS peut sembler au départ une plongée dramatique dans l’horreur, c’est aussi une réflexion sur la découverte et l’acceptation de l’Autre, dans ses différences, dans son histoire et sa culture singulières, d’où l’importance pour Akram Khan de se perdre dans la danse Kathak, un retour aux liens les plus sacrés avec la vie, l’espoir qu’est la culture, qu’est chaque culture. La culture pour rassembler face à la violence qui sépare. 
 
Akram Khan, par ses origines, a toujours revendiqué le désir de porter des messages, de bousculer nos perceptions rejoignant ainsi la grande majorité des artistes tout art confondu sur la résistance politique qui se dégage de toute œuvre, si nous savons voir, si nous savons écouter, si nous sommes encore capables de nous indigner comme de nous émerveiller. 
 
Xenos, une épopée pour un danseur et cinq musiciens
 
Danseur talentueux, engagé, inspiré et inspirant, Akram Khan, encore une fois dévoile ce que le corps peut nous dire, ce que le mouvement peut nous donner en termes d’émotions, avec une physicalité exceptionnelle et époustouflante. XENOS est peut-être aussi le chant du cygne du danseur comme solo, un testament, un requiem, ou tout simplement une ode à la vie, même dans ce qu’elle a de plus tragique.   
 
XENOS, au Théâtre Maisonneuve, les 13, 14, 15, 16 février 2019, à 20h,
Chorégraphié et interprété par Akram Khan, dans le cadre de Danse Danse.  

dansedanse.ca