Tueur en série

Il y a un an, l’arrestation de McArthur confirmait les pires craintes de la communauté

Bien que la communauté LGBTQ  de Toronto sonnait l’alarme depuis des années de manière régulière, des hommes gais, pour la plupart originaires du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud, disparaissaient du quartier sans laisser de traces et sans que des enquêtes vraiment sérieuses ne soient faites. Retour sur les événements-clés de l’affaire qui ont mené à l’arrestation de Bruce McArthur en janvier 2018.

Un reportage diffusée sur la CBC fait le retour chonologique de ce que l'ont sait de cette affaire...

Le matin du 18 janvier 2018, une fine neige tombait sur la ville Reine quand l'unité de filature ce matin-là a opté pour intervenir alors qu'un jeune homme pénétrait sans le savoir dans l'appartement d'un présumé tueur en série. Peu après, il assistait sain et sauf à l'arrestation de Bruce McArthur, un jardinier de 67 ans qui — sous le nez de ses proches et de ses clients — aurait tué, démembré et enterré dans des bacs à fleurs près d’une dizaine d’hommes.

C'est alros que s'entamait l'enquête médico-légale la plus complexe de l'histoire de Toronto. Ni le public, ni même les enquêteurs ne se doutaient de l'étendue du scénario d'horreur qui allait peu à peu se dévoiler.  

Un passé flou

On connaît très peu de détails sur la vie de Bruce McArthur avant les années 2000 à part qu’il soit né en 1951 dans la région des Kawarthas, qu’il épouse sa petite amie du secondaire, Janice Campbell, et que le couple déménage à Toronto vers le milieu des années 70.

Mais, entre 1975 et 1978, 14 hommes sont assassinés dans le quartier gai de Toronto sans que la police ne parviennent à établir de liens bien que plusieurs des cas présentent des similarités frappantes, mais ne sont jamais élucidés. Bien qu’aucune preuve ne le démontre pour l’instant, l’enquêteur Hank Idsinga de la police de Toronto a déclaré qu’il serait « peu surpris » si Bruce McArthur était lié à ces meurtres. Les détectives ont d’ailleurs rouvert plusieurs des enquêtes de cette époque depuis l’arrestation de McArthur.

Des signes de violence

Bruce McArthur entreprend une relation avec un homme « peu avant son divorce, vers la fin des années 90 ». En 1999, il rencontre sa première présumée victime, Skandaraj Navaratnam. Les deux hommes entameront par la suite une relation tumultueuse qui durera plusieurs années. 

En octobre 2001, Bruce McArthur commet agresse violemment un travailleur du sexe avec un tuyau en métal, mais soutient qu’il ne se souvient pas de l’incident. À la demande de son avocat, la psychiatre Marie-France Dionne soumet un rapport statuant qu’il présente un risque « minimal » de récidive. Il plaide coupable en 2003. Selon la transcription du tribunal, le juge ne « croit pas qu’il est dans l’intérêt du public que M. McArthur soit incarcéré », et lui impose plutôt une condamnation avec sursis de deux ans avec interdiction de fréquenter le quartier gai de Toronto.

Trois disparitions et une première enquête en 2012-2013

Début septembre 2010, Skandaraj Navaratnam disparaît du quartier gai de Toronto. L’homme de 40 ans est aperçu pour la dernière fois à la sortie du défunt bar Zipperz aux petites heures du matin en compagnie d’un homme non identifié. Son ami Jean-Guy Cloutier signale sa disparition.

Quelques semaines plus tard, le 29 décembre, Abdulbasir Faiz itéléphone à son épouse pour lui dire qu’il travaillera tard. L’homme de 44 ans se rend plutôt au bar gai The Black Eagle, dont il est un habitué. Le lendemain, son cousin signale sa disparition à la police. Sa Nissan Sentra 2002 est retrouvée abandonnée avenue Moore, près de la résidence de Mallory Crescent où Bruce McArthur entreposait son équipement et où les corps démembrés ont par la suite été découverts. 

Fin octobre 2012, le fils de Majeed Kayhan signale sa disparition à la police. L’homme de 58 ans a été vu pour la dernière fois par un ami dans le quartier gai. Quelques semaines plus tard, la police de Toronto décide de lancer le Projet Houstonpour enquêter sur les trois disparitions.

Après plusieurs fausses pistes, l’enquête spéciale est abandonnée 18 mois plus tard. La communauté, inquiète, reste convaincue qu’un tueur en série est à l’œuvre. 

Une série d’autres disparitions et une deuxième enquête

Entre 2014 et 2017, Bruce McArthur est interrogé par les policiers, selon une source policière, qui refuse toutefois de nous révéler la raison. L’unité des normes professionnelles de la police de Toronto a d’ailleurs lancé une enquête interne à ce sujet en mars dernier. 

Le 15 août 2015, Soroush Mahmudi est vu pour la dernière fois près de son domicile à Scarborough. L’homme de 50 ans est porté disparu par son gendre. 

Durant la même période, Kirushna Kumar Kanagaratnam cesse de contacter sa famille au Sri Lanka. Puisque sa demande d’asile a été refusée en appel, ses parents supposent longtemps qu’il se cache des autorités pour éviter d’être expulsées policiers, mais les policiers croient qu’il aurait été assassiné au cours des semaines qui ont suivi.

L’année suivante, Dean Lisowick disparaît. Ce travailleur du sexe n’a pas de domicile fixe et n’est jamais porté disparu. Il aurait été tué en 2016 ou en 2017, selon la police.

En avril 2017, Selim Essen disparaît. Les policiers sont chargés du dossier deux semaines plus tard, mais trouvent peu de pistes. 

La disparition d’Andrew Kinsman, en juin, change la donne. Dans les 72 heures, les policiers mettent la main sur des indices cruciaux. Ils mettent sur pied le Projet Prismpour enquêter sur les deux disparitions et passent au peigne fin les relevés bancaires et téléphoniques des hommes.

Rapidement, Bruce McArthur devient une personne d’intérêt. La police surveille ses déplacements dès le mois de septembre et saisit sa camionnette lorsqu’il tente de s’en débarrasser chez un vendeur de pièces usagées. Selon des documents de cour obtenus, ils y trouvent des traces de sang d'Andrew Kinsman.

Bruce McArthur devient le suspect numéro un. À plusieurs reprises durant les mois de novembre et de décembre, les agents pénètrent chez lui à son insu pour copier le disque dur de son ordinateur et fouiller son appartement. Publiquement, ils assurent néanmoinsqu’aucune preuve n’indique qu’un tueur en série est à l’oeuvre.

Le jardinier est arrêté en janvier 2018

Le 18 janvier 2018, les enquêteurs surveillent toujours Bruce McArthur, mais doivent intervenirlorsqu’un jeune homme pénètre dans son appartement. Le jardinier est arrêté et accusé des meurtres prémédités d’Andrew Kinsman et de Selim Essen.

L’affaire sordide fait couler de l’encre aux quatre coins de la planète. Entre-temps, la communauté craint le pire. Des photos des trois hommes gais du Projet Houston hantent toujours les vitrines et les poteaux de téléphone du village.

Les détectives saisissent 10 clés USB étiquetées. Le contenu est expurgé dans les demandes de mandats que CBC/Radio-Canada a obtenus. Selon une source policière, des photographies de présumées victimes sont trouvées dans l'ordinateur de Bruce McArthur.

Les enquêteurs obtiennent des mandats pour fouiller la propriété de Mallory Crescent. Quelques jours plus tard, l'anthropologue médicolégale Kathy Gruspier reçoit une douzaine de bacs à fleurs congelés dans son laboratoire de Toronto. Elle y trouvera les restes de sept corps d’hommes démembrés.

Au cours des semaines suivantes, la liste des victimes présumées s’allonge : Soroush MahmudiMajeed KayhanDean LisowickSkandaraj Navaratnamet Abdulbasir Faizi, mais une huitième victime n’est toujours pas identifiée. 

En mars, la police prend la décision de publier la photo du cadavre. On apprend le mois suivantqu’il s’agit de Kirushna Kumar Kanagaratnam, qui a fui le Sri Lanka à bord du cargo Sun Sea en août 2010.

Au printemps, la police fouille plus de 100 propriétés appartenant à d’anciens clients de McArthur. Ils sont toujours à la recherche d’un huitième corps, celui de Majeed Kayhan. Son cadavre démembré est finalement retrouvé en juillet dans un ravin derrière la propriété de Mallory Crescent. 

En octobre, la police de Toronto met sur piedune unité spéciale pour les personnes disparues. La mesure est demandée depuis longtemps par des militants et des membres de la communauté LGBTQ, qui accusent la police d'avoir trop attendu avant de prévenir le public de la présence d'un possible tueur en série.

En octobre, Bruce McArthur renonce à son droitd'avoir une enquête préliminaire. 

En novembre 2018, un juge de la Cour supérieure de l'Ontario fixe la date du procès au 6 janvier 2020.

Sources : CBC Ontario / Ici Radio-Canada


Pour en savoir plus (en anglais) :

'A big dose of reality': Toronto homicide detective on lasting effects of Bruce McArthur case

https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/bruce-mcarthur-one-year-later-idsinga-1.4982928

'This is still very raw': One year since arrest of accused serial killer Bruce McArthur

https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/bruce-mcarthur-case-arrest-year-1.4983548

Murder in the Village: Bruce McArthur and the Mysterious Deaths in the 1970s

https://www.cbc.ca/fifth/episodes/2017-2018/murder-in-the-village-bruce-mcarthur-and-the-mysterious-deaths-in-the-1970s

One year to the day when Bruce McArthur was arrested we hear from the LGBTQ community

https://www.cbc.ca/news/canada/toronto/programs/metromorning/one-year-to-the-day-when-bruce-mcarthur-was-arrested-we-hear-from-the-lgbtq-community-1.4983438