Une vidéo-performance réalisée au MBAM

Une autre plume à la coiffe de Kent Monkman

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L’hiver est décidemment Monkman à Montréal. En plus de loger au Musée McCord jusqu’au 5 mai, où est présenté l’exposition majeure  Honte et préjugés : une histoire de résilience— qu’il vous faut voir absolument —, Kent Monkman investit aussi le Musée des beaux-arts de Montréal grâce à son Théâtre de cristal, scintillant tipi composé de 350 billes de verre offert à l’établissement en souvenir du mariage symbolique qu’elle présidait en 2017 entre le couturier Jean Paul Gaultier et Miss Chief Eagle Testickle, lors de l’exposition Love is love : le mariage pour tous selon Jean Paul Gaultier

Le 8 septembre 2017, à l’invitation du MBAM et avec la complicité de Jean Paul Gaultier, Kent Monkman avait présenté une performance, en marge de l’exposition Love Is Love : le mariage pour tous selon Jean Paul Gaultier.Relevant et défiant tous les clichés de l’amour romantique, hétérosexuel et cisgenre du western, Monkman en a tiré une vidéo de mariage classique : Une autre plume à sa coiffe, maintenant dévoilée au public. 

Cette vidéo témoigne du « mariage » symbolique entre Miss Chief Eagle Testickle ? alter ego non binaire de Monkman, qui a le pouvoir de voyager dans le temps et de se métamorphoser ?et Jean Paul Gaultier, deux ardents défenseurs de la diversité sexuelle. La présentation intègre également l’installation Théâtre de cristal, récemment offerte par l’artiste au Musée.

La performance s’était déroulée sous le Théâtre de cristal, un tipi de perles de verre conçu par Monkman. La mise en scène scellait l’union inclusive et engagée entre « l’enfant terrible de la mode » et Miss Chief Eagle Testickle. Les artistes échangèrent leurs vœux d’amitié et de respect en présence de deux témoins, Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, et Thierry-Maxime Loriot, commissaire de l’exposition Love Is Love. Le comédien Andrew Schiver jouait le rôle du célébrant, et la Québécoise Ève Salvail, muse et mannequin du couturier, celui de la demoiselle d’honneur.

Pour ce mariage symbolique, Miss Chief portait une coiffe créée par le couturier, complément de la robe de mariée de la collection haute couture automne-hiver 2002-2003 Les Hussardes. Inspirée de celles qu’arborent les Premières Nations des Plaines, cette coiffe était également présentée dans l’exposition Love Is Love : le mariage pour tous selon Jean Paul Gaultier. 

Dans un contexte où l’appropriation culturelle faisait débat, la présence de cette même parure dans l’exposition Love Is Loveexigeait une réponse. Le MBAM a alors demandé à Monkman d’émettre un commentaire artistique. Sa réponse a pris la forme suivante :  Miss Chief accepterait la demande en mariage de Jean Paul Gaultier. 

« Grâce au mariage, nous apprenons à mieux appréhender et à pardonner les manquements de nos conjoints ainsi qu’à établir une connaissance authentique de l’autre. Le mariage stimule et nourrit une nouvelle vie et de nouvelles expériences. Aujourd’hui, Miss Chief accepte l’offre d’union artistique de Jean Paul Gaultier comme une alliance esthétique sous le signe du respect mutuel et de la reconnaissance interculturelle », déclarait Kent Monkman.

La coiffe des Premières Nations est empreinte de spiritualité, une distinction assortie de règles et de responsabilités. La revendication artistique de Monkman concernant la fausse coiffe va au-delà du stéréotype de la femme autochtone perpétué par le regard colonial. Par le truchement de Miss Chief Eagle Testickle, Monkman évoque les personnes au genre fluide et/ou bispirituel, vénérées et acceptées par la plupart des nations autochtones de l’époque précoloniale, dont les travestissements scandalisaient les colons venus d’Europe.

« Probablement poussé par une inspiration créative subconsciente émergeant d’un pli dans l’étoffe de l’espace-temps, Jean Paul Gaultier a créé cette coiffe destinée à sa future collaboratrice, la ravissante Miss Eagle Testickle. Miss Chief a accepté la proposition de Jean Paul Gaultier de consolider une alliance artistique mutuellement enrichissante. Désormais, elle sera la seule, l’illusionniste superbe, guerrière de son peuple, autorisée à porter cette parure », a conclu Monkman.

Pour accompagner la performance, Monkman s’est adjoint les talents du photographe torontoisChris Chapman.L’artiste a créé les œuvres photographiques, d’inspiration portrait de mariage, sur lesquelles figurent Miss Chief et Jean Paul Gaultier, adoptant le style esthétique et la présentation d’un format cabinet, un type de photo-carte d’invention française datant du 19esiècle.

Parallèlement à la présentation de la vidéo Une autre plume à sa coiffe, le Musée révèle une nouvelle acquisition : Théâtre de Cristal. L’installation consiste en un élégant tipi de perles de verre scintillantes courant le long de fils translucides. À son sommet est suspendu un grand lustre de salle de bal. Sur le sol, sous une pluie de rayons étincelants, apparaît un écran semblable à une peau de bison étirée, allusion au lien qui unissait les Premières Nations des Plaines au bison ; celui-ci était au cœur de leur subsistance spirituelle et physique, et sa population a été décimée par l’activité coloniale. 

La vidéo Group of Seven Inchesprojetée sur l’écran raconte la recherche que Miss Chief Eagle Testickle a entreprise avec deux colons. Monkman y renverse totalement le regard colonial du 19esiècle des artistes aventuriers en conférant à Miss Chief le rang d’artiste autochtone interprétant les us et coutumes de l’homme blanc. Monkman invite à réfléchir sur les perceptions biaisées, tant celles d’hier que celles d’aujourd’hui, qui pèsent sur les Premières Nations.

 

Pour voir Une autre plume à sa coiffe,Théâtre de CristaletGroup of Seven Inches et une douzaine d’autres œuvres de Kent Monkman, visitez le Musée des beaux Arts de Montréal

mbam.qc.ca

Pour découvir Kent Monkman - Honte et préjugés: une histoire de résilience, visitez le Musée McCord, d’ici le 5 mai 2019.

musee-mccord.qc.ca

Pour lire l’article Se réapproprier l’histoire  à travers la culture, portant sur l’exposition MONKMAN au Musée McCord