Liban

Pour HRW, l'ONU devrait ouvrir une enquête après la répression injustifiée d'activités LGBT

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Les forces de sécurité libanaises ont à plusieurs reprises perturbé des événements relatifs à la sexualité et à l'identité de genre, en violation des protections garanties par le droit international, estime Human Rights Watch dans une plainte adressée aux responsables des Nations Unies en matière de droits humains. 

Cette plainte fait suite à des tentatives infructueuses de Human Rights Watch de rencontrer des responsables de la Direction générale de la Sûreté générale au sujet de récentes interventions des forces de sécurité qui ont eu pour effet de remettre en cause les droits des minorités sexuelles et des défenseurs des droits humains au Liban.

"Les interdictions d'événements de ce genre constituent non seulement une discrimination à l'encontre des minorités sexuelles et de leurs défenseurs, mais aussi une remise en cause des droits de chacun aux libertés de réunion, d'association et d'expression au Liban", a déclaré Lama Fakih, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. 

La plainte a été soumise aux rapporteurs spéciaux de l'ONU sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association, et sur les défenseurs des droits humains, ainsi qu'à l'expert indépendant de l'ONU sur la protection contre la violence et la discrimination fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Human Rights Watch a exhorté les responsables onusiens à insister auprès du gouvernement libanais pour qu'il fasse rendre des comptes à ses forces de sécurité pour leurs violations du droit international et qu'il s'abstienne d'invoquer des motifs injustifiés, tels que de vagues revendications de "moralité", pour remettre en cause les droits des minorités sexuelles.

Le 29 septembre 2018, la Sûreté générale libanaise a tenté de fermer la conférence annuelle NEDWA de la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité, qui travaille à l'avancement des droits des personnes LGBT et d'autres droits humains.

Les agents de la Sûreté générale ont également relevé les informations concernant tous les participants à la conférence dans le registre de l'hôtel où celle-ci se déroulait, y compris de participants en provenance de pays comme l'Égypte, où la police a arrêté plus de 70 personnes en 2018 pour le simple fait qu'elles étaient homosexuelles ou transgenres, et l'Irak, où des groupes armés ont assassiné des personnes LGBT en toute impunité.

Cette conférence de quatre jours se tient chaque année au Liban depuis 2013 et réunit des personnes de diverses orientations sexuelles et identités de genre. L'ingérence de la Sûreté générale a fait suite à des déclarations publiques de l'Association des oulémas musulmans dans lesquelles ceux-ci accusaient les organisateurs de promouvoir l'homosexualité et l'abus de drogue. L'association a appelé à l'arrestation des organisateurs et à l'annulation de la conférence pour "incitation à l'immoralité". 

Cette organisation a également porté plainte contre le programme de prévention contre le virus VIH du sida de la Fondation arabe, affirmant qu'il équivaut à promouvoir la débauche. Les Forces de sécurité intérieure, réagissant à la plainte, ont convoqué le directeur de la fondation, Georges Azzi, pour interrogatoire en décembre.

En mai, les Forces de sécurité intérieure du Liban ont arrêté un activiste et fait pression sur lui pour qu'il annule des événements associés à la Beirut Pride, dont une lecture de poésies, une soirée karaoké, une discussion sur la santé sexuelle et le VIH, et un atelier d'initiation au droit.

Source HRW