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Et si on parlait de consentement entre hommes?

André-Constantin Passiour
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Le 20 février dernier, aux bureaux de RÉZO, c’était presque jour de fête. Avec fébrilité, on procédait au lancement d’une campagne sur le consentement sexuel entre hommes. Dans la foulée du mouvement #moiaussi (#metoo), l’organisme qui s’occupe de la santé et du mieux-être des hommes gais et bisexuels cherche à faire réfléchir les hommes sur certains de leurs comportements par une campagne qui comprend une vidéo humoristique et des affiches et qui capte l’attention. 

Le clip réalisé par la firme Upperkut, avec la voix du comédien Jean-Pierre Bergeron, cherche, sur un ton drôle, à faire réfléchir sur le comportement que peuvent avoir des hommes entre eux, que ce soit au sauna, sur les applications de rencontres ou ailleurs… Le message véhiculé ici étant «si on n’a pas le consentement sexuel de l’autre», aussi bien rester chez soi et s’amuser seul. D’où un homme qui fait du tricot, un autre avec un cube Rubic et un 3e qui s’amuse avec un yoyo!
 
consentement
© Photo Serge Blais 


Trois affiches, avec un lettrage blanc sur fond noir, font également partie de cette campagne avec des messages qui font référence à divers contextes de rencontres, dans un bar, au sauna ou encore sur les applications de rencontres ou les réseaux sociaux:
 
«Pogne pas le cul d’un gars sans son consentement. 
Le consentement sexuel entre hommes? Oui.»
 
«Regarde pas la bite du voisin sans invitation. 
Le consentement sexuel entre hommes? Oui. La pognes-tu?»
 
«Transmettre des dickpics non sollicitées, ça pogne pas.
Le consentement sexuel entre hommes? Oui.»
 
«La genèse de la campagne remonte à deux ans, en 2017, lorsque Éric Duhaime sort son livre (La fin de l’homosexualité et le dernier gay), explique Alexandre Dumont Blais, le codirecteur général, communications et ressources chez RÉZO. «En entrevue, Duhaime avait alors dit que le consentement entre gais n’était pas nécessaire, que c’était juste de la baise. Nous avions réagi alors fortement avec Marie-Pier Boisvert, la directrice générale du Conseil québécois LGBT. On ne trouvait pas que de tels propos étaient acceptables de la part de quelqu’un aussi en vue dans les médias. Cela nous avait déjà fait réfléchir. Puis, il y a eu tout le mouvement #metoo et ce qui en est suivi. Tranquillement, la question du consentement chez les hommes surgissait dans nos interventions sur le terrain, nos bénévoles en parlaient ainsi que les membres du conseil d’administration. Il y avait des commentaires ici et là au sujet de gestes non désirés ou sollicités… On dirait que tout cela avait libéré quelque chose chez certains hommes qui, en tant que gais, n’en parlaient pas. Cela nous a donc fait réfléchir à ce que nous pourrions faire».
 
«Nous voulions faire une campagne de sensibilisation sur des choses qui passent sous le rada, renchérit Gabriel Giroux, en charge de ce projet. Ce n’est pas une campagne sur les agressions sexuelles. On s’est énormément questionné sur la façon de faire cette campagne pour qu’elle ne soit pas moralisatrice. Nous ne sommes pas là pour faire la morale, mais plutôt pour faire réfléchir la communauté sur le consentement sexuel.»
 
La campagne a été pilotée par l’agence Upperkut, «la même qui a fait la campagne de Valérie Plante avec le slogan «L’homme de la situation», souligne Alexandre Dumont Blais. C’est un message qui est articulé et direct».
 
Les affiches seront distribuées essentiellement dans des établissements du Village durant une période de six semaines, alors que l’une d’entre elles est visible au Métro Berri-UQAM en direction de Côte-Vertu. «Je suis convaincu que la campagne de RÉZO va faire réfléchir la communauté sur cette problé-matique. […] Est-ce que cela allait choquer? Est-ce que c’était représentatif de la diversité culturelle? Est-ce que le message passerait bien? Est-ce que ce serait trop cru? Ce sont là toutes des questions qui nous ont habités pendant des mois et des mois lorsqu’on préparait cette campagne. […] On voulait démarrer une campagne franche et directe, mais sans heurter les gens», ajoute Gabriel Giroux.
 
À partir du mois de mars, RÉZO débute des ateliers qui couvriront, entre autres, le sujet de la violence sexuelle. «Bien sûr, il n’y a pas que le consentement, mais cet atelier comprendra cette question-là», dit Alexandre Dumont Blais. 
 

On peut visionner ici la vidéo sous ce lien rezosante.org

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© Photo Serge Blais