35 ans de Fugues

Il était une fois Fugues

André-Constantin Passiour
Commentaires
Gay fugues magazine

Oui, Fugues célèbre ce mois-ci son 35e anniversaire ! C’est un certain Martin Hamel, un homme dans la jeune vingtaine qui a vu l’opportunité de publier la toute première édition de Fugues alors que Montréal Attitude cessait sa publication. Et, dès ses débuts en avril 1984, Fugues sera un magazine au diapason de la communauté gaie de l’époque, en pleine expansion…

Fugues avril 84Bien sûr, bien de l’eau a coulé sous le pont entre la toute première parution, en noir et blanc, et celle en couleur d’aujourd’hui. «Suivez le guide» sera l’un des slogans de Fugues à ce moment-là : guides des événements, des sorties et des partys dans les clubs, des soirées organisées par les premiers groupes communautaires, etc. Sous la direction de Martin Hamel, le Fugues sera le témoin privilégié de la transition entre le centre-ville ouest et le nouveau «Village de l’Est» qui se constitue à une certaine cadence et qui sera d’ailleurs annoncé comme tel dans le magazine dès 1985. 
 
Les débuts de la revue sont bien modestes, un petit appartement dans le Village sert de bureau à Martin Hamel. À la fois directeur, photographe et représentant des ventes, pour ne mentionner que ça, Martin Hamel fait presque tout, jusqu’à l’arrivée de Réal Lefebvre, en 1987. 
 
Ce nouveau magazine va vite appuyer la communauté, ses organismes communautaires, ses commerces, ses bars et restaurants, ses entrepreneurs, etc., puis ses revendications… Si, au commencement, il ne s’agissait que de sorties ou d’activités artistiques, bien vite, les choses évoluent. Fugues sera là lorsqu’un jeune homme est victime d’une attaque homophobe dans un autobus de la STCUM, en 1989 et cet étudiant de Dawson s’appelait Joe Rose. Il a été pris à parti par trois adolescents et poignardé à mort. 
 
Fugues  sera le témoin privilégié aussi, en 1989, lorsque des activistes de ACT UP s’invitent à la Conférence internationale sur le sida à Montréal pour faire bouger les intervenants. C’est que, entre temps, le sida (VIH) a fait son apparition et à débuté son œuvre malheureuse emportant ainsi, à Montréal, plusieurs centaines de personnes depuis les années 1983-1984. 
 
Le magazine sera encore là lorsque la police, dans la nuit du 14 juillet 1990, donne l’assaut littéralement sur un party appelé Sex Garage, dans un loft de la rue De la Gauchetière Ouest. Le service de police arrête ainsi plusieurs dizaines de personnes. Cet ultime acte d’homophobie policière deviendra l’équivalent de «Stonewall» pour la communauté gaie montréalaise. Le jour suivant, une manifestation devant le poste de police de la rue Saint-Mathieu, fini aussi en queue de poisson alors que les policiers frappent sans discrimination hommes et femmes. Les semaines qui suivent verra un événement bénéfice pour le défense des personnes accusées de Sex Garage, dans le parc Lafontaine, devenir un élément fondateur de ce qui deviendra Divers/Cité créé par Puelo Deir et Suzanne Girard
 
L’année d’après, voyant des amis mourir du VIH-sida, un certain Robert Vézina, avec d’autres amis, mis sur pied le tout premier party appelé Black & Blue et dont l’objectif est d’amasser des fonds pour venir en aide aux personnes vivant avec le VIH. 
 
En 1993, suite à une série de meurtres ou d’agressions homophobes, Michael Hendricks, Roger Leclerc, Claudine Metcalfe (collaboratrice de Fugues à l’époque) et le regretté Douglas Buckley-Couvrette deviennent des figures de proue de la communauté gaie et lesbienne de l’époque et menacent de «outing» des ministres de l’époque si on ne met pas sur pied rapidement une commission sur l’homophobie. 
 
Bien entendu, à cette époque, Martin Hamel s’est adjoint toute une équipe à la rédaction, aux ventes et à la production, dont Yves Lafontaine et Éric Perrier. En 2002, après environ 18 ans à la barre des Éditions Nitram, Martin Hamel quittera les destinées de cette maison d’édition pour prendre des vacances bien méritées. Sous la gouverne d’Yves Lafontaine, Fugues  devient encore plus le véhicule des revendications des avancées de la communauté et le témoin de l’adoption de plusieurs lois ont été votées en faveur de l’égalité des conjoints de même sexe, des droits des conjoints survivants après le décès de leur compagnon, etc., jusqu’au mariage adopté au fédéral en 2005.
 
De l’époque où les personnalités étaient frileuses d’apparaître en couverture de Fugues, ce dernier a évolué au rythme de la société et, 460 couvertures plus tard, ce magazine et son site web sont, plus que jamais, les témoins des changements, des bouleversements et des améliorations de notre monde, ici et ailleurs…  
 
Fugues