35 ans de Fugues

Les personnes transgenres ont le vent en poupe

Denis-Daniel Boullé
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tremblay

Il y a trente-cinq ans, personne ne s’intéressait aux personnes transgenres et à leur réalité. Même les groupes communautaires LGBT ne savaient comment «dealer» avec ce groupe extrêmement marginalisé. De même les personnes transgenres ne se sentaient pas les bienvenues dans les groupes communautaires d’autant que certains et certaines militant.es considéraient que leurs revendications spécifiques ne pouvaient être endossées par les gais et par les lesbiennes. Socialement, les personnes trans étaient inexistantes dans l’espace social. Perçues comme des êtres étranges, comme des prostituées pour les femmes transgenres, très peu d’espaces leur donnaient la possibilité d’être elles-mêmes en toute sécurité.

Ignorées, invisibilisées, ridiculisées, et souvent victimes de violence, les personnes transgenres vivaient la marginalité au quotidien. On ne peut que souligner l’extraordinaire travail d’une femme transgenre, Marie-Marcelle Godbout, décédée en juillet 2017, qui seule, chez elle, avec un téléphone, a initié un centre d’écoute et d’aide pour les personnes transgenres en 1981. L’Aide aux trans du Québec (ATQ) était née. Une mission pour elle. Marie-Marcelle avait été témoin de toute la violence aussi bien psychologique et physique dont étaient victimes les personnes transgenres, qui ne trouvaient nulle part du soutien et de l’aide. Jusqu’à la fin, Marie-Marcelle aura continué à se donner à la cause des personnes transgenres. De nombreuses personnes transgenres ne cessent de rappeler que sans Marie-Marcelle, elles n’auraient jamais pu affronter seules les défis qui s’élevaient devant elles. Parmi elles, la comédienne Gabrielle Boulianne-Tremblay, remerciant spécifiquement Marie-Marcelle lorsque que la jeune femme a reçu le prix de lutte contre l’homophobie, ou encore Pascale Drevillon que l’on retrouve sur différentes scènes de théâtre à Montréal.
 
Il est encore trop tôt pour connaître les raisons qui ont, en une quinzaine d’années à peine, mis enfin le projecteur sur cette catégorie de la diversité sexuelle et de genre, et comment ce qui était considéré comme un phénomène est devenu une réalité un peu plus banalisée dans l’espace public. Bien sûr, on pense à des stars de la musique ou du cinéma (Caitlyn Jenner, Laverne Cox, Carmen Carrera, Chaz Bono), voire des top-modèles (comme Laith qui fait la couverture de Fugues avant de devenir le premier mo-dèle trans pour des sous-vêtements pour homme) qui ont parlé publiquement de leur réassignation sexuelle et revendiquant de pouvoir continuer à travailler dans leur genre choisi. Le cinéma a mis aussi l’accent sur le thème de l’identité de genre, on pense à Laurence Anyways, à The Danish Girl, plusieurs films ont aussi parlé de l’identité de genre.  Le Québec a simplifié le processus de changement de mention de nom et de sexe en enlevant la plupart des critères qui contraignaient les personnes transgenres à se plier à des chirurgies, à se faire suivre pendant deux ans par des thérapeutes. Plus remarquable, la question de l’identité de genre se pose aussi pour les enfants, les adolescents, et de les accompagner et les aider dans leur cheminement. Ainsi la création d’Enfants Transgenres Canada, par des parents d’enfants transgenres, offre du soutien mais aussi lutte pour une plus grande acceptation de la différence en milieu scolaire et sportif.